CHAPITRE XIX
connaissance ne le cédera, dans aucun temps, au respect sans bornes avec lequel, etc. (1). »
Si nous ne nous trompons, le ton de cette longue lettre, qui n'est point une dépêche officielle, mais une simple communication particulière, diffère sensiblement de celui des premières correspondances échangées entre le minisire et l'ambassadeur. Il semble qu'il existe aujourd'hui entre eux une certaine contrainte, à voir avec quel soin M. de Vergennes parle des « ordres » qu'il attend et de sa a parfaite docilité » à les exécuter.
Sa requête, du reste, ne reçut pas un accueil favorable. Louis XV trouva que, pour quitter son poste, le moment où de graves complications pouvaient renaître était mal choisi, et que le prétexte de l'éducation d'un fils paraissait tout à fait insuffisant. Au duc d'Aiguillon, il s'était borné à dire, à Fontainebleau, pendant un séjour de la cour : «M. de Vergennes demande à revenir en France, mais je crois que sa présence est encore nécessaire là-bas. » Quant au ministre, il fit, suivant l'expression vulgaire, la sourde oreille et ne répondit rien à son agent... pour l'instant du moins.
Le 25 novembre eut lieu, avec la plus grande solennité, la déclaration officielle du mariage du duc de Sudermanie. Tous les corps de l'Etat furent admis à féliciter la famille royale. Se rappelant l'incident du 24 janvier précédent, l'ambassadeur de France n'était pas sans inquiétude sur la façon dont seraient introduits auprès de Leurs Majestés les ministres étrangers. Aussi est-ce avec un visible soulagement qu'il constate que des « arrangements convenables » avaient été pris. « Les ministres, rapporte-t-il, se sont assemblés au château, dans l'appartement du président de la chancellerie, d'où le maître des cérémonies, qui fait fonction d'introducteur des ambassadeurs, les a conduits à l'audience du roi, des deux reines et du duc de Sudermanie.» Un grand couvert suivit celte réception; après quoi, les minisires étrangers
(1; Archives du ministère des affaires étrangères, Suède, suppl., 1769^ 1774, vol. 12.
et les personnes les plus qualifiées de la cour prirent place à des tables dressées dans le lieu des séances du Sénat Enfin la soirée s'acheva par un gala à l'Opéra et un brillant bal masqué dans la salle des États.
Les fètcs se succédèrent pendant l'hiver. Le 24 jan vier 1774, pour l'anniversaire de la naissance du roi, la reine douairière donna à son fils et à toute la cour une représentation théâtrale, à l'occasion de laquelle survint un nouvel incident d'étiquette. Louise-Ulrique avait fait, à ses frais disposer une scène dans une des dépendances du palais et 1 on devait y interpréter la tragédie de Zaïre, traduite pour la circonstance en suédois. Le jeune duc de Sudermanie avait accepté de jouer le rôle de Nérestan.
« Les ministres étrangers, explique M. de Vergennes ne pouvaient pas prétendre être admis à un spectacle où l'héritier de la couronne représentait. Cependant le roi de Suède, voulant nous y faire participer, m'aborda, le 21 à son cercle, les ministres d'Espagne et de Saxe étant à côté 'de moi. Il nous prévint d'une manière entortillée, quoique assez obligeante, qu'il y aurait des places pour nous. Je le remerciai de cette marque de bonté, et je le priai en même temps de vouloir bien me dispenser d'en profiter, eu égard au mauvais état de ma santé. Cette excuse était très valable; mais J ai du la faire céder aux instances de la reine mère, qui me ht chre, le lendemain, que je ne pourrais lui faire un plus grand plaisir, et au roi son fils, que de me trouver à celte représentation.
«Le 23, vers midi, M. le comte de Scheffer, qui allait joindre son maître à une maison de plaisance, m'écrivit et m envoya des billets d'entrée, qu'il me priait de faire distribuer aux ministres étrangers. Il ne s'agissait pas d'une invitation de cérémonie, puisque nous devions garder l'incognito Je crus pouvoir me charger d'une commission aussi indifférente. J'envoyai à chaque ministre son billet, que j'accompagna, d'un autre de ma main, très honnête, pour prévenir un chacun de la réquisition qui m'avait été faite.