‹ Le comte de VergennesChapitre 204 sur 237 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Et, comme il l'avait déjà fait à l'heure de son premier accès de découragement, une lettre particulière adressée par l'ambassadeur, quelques jours après, au ministre des affaires étrangères, remet sur le tapis l'éventualité d'un voyage en France. C'està ce moment même qu'après deux mois de silence gardé sur ce point, arrivait la réponse du duc d'Aiguillon.

« J'ai lu au roi, écrivait celui-ci le 28 janvier, la lettre particulière que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire il y a quelque temps. Sa Majesté y a vu de nouvelles preuves de votre attachement à son service et m'a chargé devons mander qu'elle y comptait trop pour ne pas vous laisser entièrement maître de fixer vous-même l'époque de l'absence que vous voulez faire, étant bien persudée que vous ne quitterez la Suède que lorsque vous y croirez votre présence inutile à ses affaires, ce qu'elle ne peut prévoir dans la crise où est le Nord actuellement (I). «

Le comte de Vcrgennes ne s'y méprit pas : il était trop avisé pour ne pas pénétrer le sens de cette permission vague, sans fixation de date, accompagnée de réserves et de commentaires singulièrement transparents. Malgré cela, il croit devoir insister. Ses intérêts de famille, il les relègue au second plan; mais sa santé lui parait à ce point ébranlée qu'il estime dangereux de ne pas revenir la soigner au milieu des siens. Il répond donc, dans une lettre particulière, au ministre :

« Stockholm, le 24 février.

« Monsieur le duc,

« Je sens, dans toute leur étendue, les bontés que vous daignez me confirmer; elles seront, dans tous les temps, ma consolation et ma gloire, et elles ne me laissent à désirer que de pouvoir les justifier convenablement et vous marquer toute l'énergie de la reconnaissance la plus respectueuse dont mon cœur est pénétré.

« C'est à vous seul que je puis être redevable de l'opinion

(1) Archives du ministère des affaires étrangères, Suède, 1774, vol. 265.

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assez avantageuse que le roi veut bien avoir de mon attachement à son service pour s'en rapporter à moi afin de fixer époque de 1 absence que Sa Majesté daigne me permettre. Je n abusera, certainement pas de ce témoignage de sa clémence et je vous supplie de vouloir bien mettre aux pieds de Sa Majesté 1 assurance que, quelque pressants que puissent être les motifs qui me fou, désirer mon retour en France ils ne 1 emporteront, dans aucun temps, sur ceux de zèle el de devo.r qui pourraient exiger ici ma présence

« Cependant, ce ne sont plus seulement des intérêts domestiques et des arrangements de famille qui sollicitent mon voyage en France; ma santé m'en fait un besoin instant Depu.s tro.s mois, je vis dans un état de souffrances habituelles et souvent très vives. Elles sont occasionnées par une gravelle cpu ne cède jusqu'ici à aucuns remèdes. Je commence même à peine à me remettre des suites d'une attaque que j a, essuyée dans les jours gras, qui a été également longue et douloureuse. Je n'ai pas, cependant, à me reprocher n. de provoquer le mal ni de rien négliger pour en arrêter les progrès; mais, soit que l'air de ce pays y soit contraire ou que 1 art des médecins suédois y soit insuffisant, les moments de soulagement sont rares et courts.

« Peut-être trouverai-je, en France, des secours. Je l'espère avec d autant plus de confiance que la maladie n'est pas invétérée. Je supporterais plus patiemment mes souffrances s., dans leur crise, elles ne me rendaient incapable d'application et de travail. rr

« Si j'entre dans ce détail, ce n'est pas, Monsieur le duc pour solhcUer votre bienfaisance et pour vous faire sentir le besoin que j aurais d'un climat moins rigoureux que celui-ci Si les circonstances m'autorisent à faire usage de la permission que vous avez bien voulu me procurer, ce sera avec 1 engagement de revenir au moment où vous le jugerez nécessaire; pour ce qu, est des arrangements relatifs à mon retour, je n en formerai d'autres que ceux que vous voudrez bien agréer et approuver.

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