‹ Le comte de VergennesChapitre 205 sur 237 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

« Je n'ai pas cru qu'il fût convenable et décent de quitter la Suède avant le mariage de M. le duc de Sudermanie, qui se célébrera dans le mois de juin; je ne pourrai donc me mettre en route avant l'été; mais je ne fixerai pas l'époque de mon départ avant d'avoir pris de nouveau votre attache (1). »

Le scrupule qui déterminait l'ambassadeur à ne pas vouloir s'éloigner avant le mariage du prince béritier de Suède, auquel Gustave III attachait une si grande importance, se justifiait de lui-même; il n'en est pas moins fort honorable, et nous reconnaissons bien là le caractère de M. de Vergennes, observateur rigide des convenances, esclave aussi timoré que scrupuleux de tous ses devoirs. Son mérile est d'autant plus digne d'éloges que la comtesse de Vergennes, sachant que lui seul a été constitué juge de l'opportunité et du moment de son départ, insiste auprès de lui pour le décidera se mettre en route. Il a le courage de résister à ces affectueuses prières, et il en réitère les motifs en quelques lignes qu'on ne saurait trop louer.

« Stockholm, le 4 niai 1774.

n Vous me parlez, ma chère amie, de nos espérances communes; je les partage bien sincèrement, mais ma perplexité n'en est pas moindre. J'ai la permission que j'ai demandée; je puis vous le confier puisque notre ministre s'en est ouvert à d'autres; mais ou me rend juge des circonstances où je pourrai en profiter : c'est me mettre dans la nécessité de faire pencher la balance contre moi.

« S'il s'agissait de tout autre intérêt que du mien, j'affirmerais sans hésiter que les circonstances n'y feraient pas un obstacle. Je ne puis pas être aussi affirmatif lorsqu'il s'agit de ma propre cause. Ce n'est pas que je n'aie de grands contre-poids dans l'intérêt de ma santé, qui a réellement besoin d'un air plus doux; mais ils ne prévaudront pas si le bien du service peut demander que je reste ici.

(1) Archives du ministère des affaires étrangères, Suède, 1774, vol. 265.

« Gomme je ne pourrai pas partir avant la fin de juin ou es premiers jours de juillet, il y a lieu d'espérer que d'ici là les choses s échurciront assez pour que notre satisfaction n'en souffre pas. Comptez, ma chère amie, que j'en suis occupé autant que vous pouvez l'être; mais vous ne me conseillerez pas de nen faire à la légère. Je suis, etc. (1). ,,

Quelques semaines allaient suffire pour bouleverser les prévisions et les projets de M. de Vergennes. Si, en Suède, les choses « s'éclairc.rent „ , un grand deuil vint affliger la France, et l'ambassadeur, sans attendre le mariage du duc de Sudermanie, célébré le 7 juillet, se voyait officiellement rappelé vers la fin de juin : mais, cette fois, il était ministre des affaires étrangères.

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