‹ Le comte de VergennesChapitre 207 sur 237 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

il 1

la favorite, qui de là, le 9, était, en vertu d'une lettre de cachet, conduite à l'abbaye du Pont-aux-Dames : c'était le premier pas dans la voie douloureuse qui, à travers tant d'épreuves, d'humiliations et d'outrages, devait aboutir à l'échafaud.

Croyant avoir mis, de ce côté, sa conscience en repos, le roi, « avec beaucoup de fermeté, de constance et de courage » , se prépara à la mort.

Le 5, le malade était moins bien. Le (i, on constatait « un redoublement de chaleur et même quelques moments de délire » . Dans la nuit du lendemain, quoique " la fièvre ait été modérée, le sommeil suivi, la température égale » , Louis XV, de son propre mouvement, vers sept heures du matin, fit appeler l'abbé Maudoux, son confesseur, et demanda à recevoir la communion, qui lui fut apportée en grande pompe par le cardinal de la Roche-Aymon.

« La famille royale, lit-on dans la Gazette de France, les princes et les princesses du sang, les grands officiers de la couronne, les ministres et secrétaires d'Etal, les seigneurs et les dames de la cour accompagnèrent le Saint Sacrement jusqu'aux appartements du roi et le reconduisirent à la chapelle dans le même ordre. Les gardes françaises et suisses étaient sous les armes dans la grande cour du château, et leurs tambours battaient aux champs (1). »

Le même journal ajoute : « Le roi donna à toute sa cour un spectacle aussi attendrissant qu'édifiant en chargeant le cardinal de la Roche-Aymon d'annoncer que, si Dieu lui accordait encore des jours, c'était pour les employer à la gloire de la religion et au bonheur de son peuple. »

Le duc de Penthièvre rapporte de son côté : «M. le cardinal de la Roche-Aymon, grand aumônier, qui administrait Sa Majesté, a fait un petit discours avant la communion, et après l'avoir communiée, il a prononcé de la part du roi, qui avait peine à s'énoncer lui-même, quelques mots d'édification sur le scandale que Sa Majesté avait pu donner et sur

(1) S» du 9 mai 1774.

ses dispositions relativement à la religion et à ses peuples (1) . La journée du 7 fut plus calme; mais, le 8 au matin, vers cinq heures et demie, le délire reparaissait.

« Dans la nuit du 8 de ce mois, relate la Gazette de France letat du ro, ayant encore empiré, on perdit les espérances de guenson qu'on avait conçues jusqu'à ce jour. Sa Majesté sentant le danger où elle se trouvait, demanda l'extrêmeonction, qu, lui fut administrée le 9, à neuf heures du soir par 1 evéque de Senlis, son premier aumônier.

» Le roi reçut ce sacrement dans les sentiments de la piété la plus édifiante, et, malgré ses souffrances, il ne cessa de joindre ses prières à celles qu'on faisait pour lui. Il passa l a nuit la plus douloureuse, et mourut le lendemain à trois heures après midi, à l'âge de soixante-quatre ans et trois mois, moins cinq jours.

" Ce prince, qu. a conservé sa connaissance jusqu'au dernier moment de sa vie, a montré, pendant tout le cours de sa maladie, une fermeté inébranlable, la résignation la plus entière à la volonté divine et les sentiments de religion bien dignes du fils aîné de l'Eglise (2), „

Ce n'est ni le lieu ni le moment d'apprécier le règne de Louis XV. Nous l'avons, du reste, sévèrement jugé ailleurs (3) A en croire Grimm , le feu roi méritait d'être, à bien des points de vue, pleuré et regretté ; mais nous avons peine, à distance, a ne pas croire ses éloges inspirés par une habitude invétérée de complaisance et de flatterie.

-C'est mardi 10, écrit-il, à une heure après midi (4), que Louis XV rendit le dernier soupir. Il conserva, dans tout le cours de sa maladie, une présence d'esprit infinie et montra, dans lesplusvivessouffrances,une patience et un courape vraiment héroïques. Que le peuple, rarement injuste, mais souvent précipité dans ses jugements et le plus souvent encore

(1) Mémoires.

(2) N» du 12 mai 1774.

(3) Autour de la Révolution. — M me du Barry W C est une erreur : il était trois heures et demie.

Page 1