‹ Le comte de VergennesChapitre 208 sur 237 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

exapéré dans ses plaintes, lui reproche les faiblesses de ses dernières années, la postérité, plus équitable, allumera toujours en lui les premières vertus d'un grand prince : la clémence et la bonté. Elle se souviendra qu'après la campagne la plus brillante, il offrit lui-même la paix à ses ennemis. Elle n'oubliera point la constance sublime avec laquelle, se voyant dans les bras de la mort, en 1744, il chargea son ministre de mander au maréchal de Noailles « qu'il se .1 souvint que le prince de Coudé gagna la bataille de Roii croy cinq jours après la mort de Louis XIII » . Elle célébrera l'humanité religieuse avec laquelle il daigna protéger la famille infortunée des Calas contre l'injustice d'un de ses premiers tribunaux et la superstition de toute une province. Elle osera dire, sans crainte et sans adulation, qu'un règne de près de soixante ans, qu'on ne saurait accuser d'aucun acte de haine et de violence, doit être mis au nombre des règnes les plus heureux. Elle osera dire qu un caractère naturellement bon étant le plus sûr contre-poids d'un pouvoir sans bornes, un prince, qui ne voulut jamais décidément le mal et qui fit le bien toutes les lois que la flatterie ou l'ambition de ses courtisans lui en laissèrent voir la possibilité, mérite bien que l'Histoire lui conserve le surnom qui lui fut donné par le vœu unanime de la nation, le surnom précieux de Bien-Aimé (1). »

L'Histoire n'a certes pas ratifié ce dernier vœu de l'écrivain. Non seulement le litre jadis donné au jeune prince convalescent et victorieux, à l'aurore des espérances qu'autorisait un long avenir, n'a jamais fait cortège au nom du roi vieilli et déconsidéré, niais on est surpris et même froissé de voir les épithètes vulgaires et malséantes qu'on rencontre sous la plume de ceux de ses ministres qu'il a le plus comblés de ses faveurs et de ses bienfaits (2).

Un revirement se produirait-il de nos jours? Après avoir été, pendant plus d'un siècle, presque unanimement décriée

(1) Correspondance, année 1774.

(Z) Mémoires du duc de Choiseul.

iU LE COMTE DE VERGENNES.

Î, fl ft e ' la r m6 T ire ^ SUCCeSseur de Louis XIV viendraitc el t Tn U1 P6U PkS (VM ^ce, faut-il plutôt dire de justice? On serait tenté de le croire. Un écrivain de grande valeur oui, l'un des premiers, s'est appliqué à pénétrer le mystère et le secret des intentions réelles et des vrais mobiles du ro . quant à sa politique extérieure, formule ainsi la conclusion de ses recherches :

« H a été condamné par son époque et par les âges qui ont sum à juste txtre ; cependant les contemporains bien informes s accordent à reconnaître en lui tout ce qu'il fallait pour faire un honnête homme et un bon roi, de la finesse d esprit, de la dignité et, qui le croirait? un sincère amour du bien. Maxs ces qualités furent annulées par des vices nombreux et par quelques-uns de ces défauts qui , chc, les princes, sont aussi funestes que les vices. Il mit la débauche sur le trône et avilit la couronne en abandonnant, par indolence, le gouvernement à des favorites, en laissant la Pompadour et la du Barry arbitres des destinées de la France

"Cet oubh honteux de tout devoir et de toute bienséance avait sa source, non pas dans une coupable indifférence, mais dans une incroyable faiblesse de caractère et dans une défiance de soi-même qui n'était égalée que par celle que lu, inspiraient les gens dont il était entouré. »

Le même auteur ajoute : . On apprendra non sans étonnement que Louis XV eut des idées politiques arrêtées ; qu'il voulut fermement la liberté de la Pologne; que l'alliance autrichienne fut son ouvrage, et qu'il s'occupa sérieusement du gouvernement, à Pinsu de ses ministres et de ses maitresses (I). »

Ce qui semble plus vrai, c'est que ce prince, qui avait tenu une cours, brillante et s, fastueuse, connaissait du luxe et des splendeurs la fragilité et le néant. . Je défends, écrivaitil dans son testament, en date du 6 janvier 1770, toutes les grandes cérémonies à mes funérailles, et j'ordonne que mon

(2) Boutamc, Correspondance secrète de Louis XV.

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