‹ Le comte de VergennesChapitre 214 sur 237 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

maréchal : celui-là même qui avait refusé d'accepter ce poste sous le feu roi, pour ne point se trouver mêlé à des intrigues de boudoirs dont sa nature loyale et délicate réprouvait le moindre contact. Ancien menin du dauphin fils de Louis XV, très attaché à ce prince vertueux et effacé, le comte du Muy s'était vaillemment comporté à Fontenoy et avait donné des preuves d'une vraie valeur administrative dans le gouvernement de la Flandre.

Quant aux affaires étrangères, Louis XVI en remit le lourd fardeau à l'ambassadeur de France en Suède, et confia l'intérim du département à M. Berlin , ministre et secrétaire d'État, jusqu'à l'arrivée du nouveau titulaire.

« Le comte de Maurepas, croit pouvoir affirmer M. de Mayer, n'influa point au choix de MM. du Muy et de Vergennes. Louis XVI, de son propre mouvement, fit partir de la Muette les deux courriers qui allaient chercher, l'un M. du Muy dans son commandement, l'autre M. de Vergenncs à Stockholm. Le duc de Choiseul, si bien fait pour apprécier le génie, questionné sur le choix du ministre, rémotif, et j'ose vous assurer qu'elle ajoute infiniment à votre gloire. Vous avez justifié d'une manière éclatante le choix du monarque qui vous avait donne sa confiance. Vous avez donné au monde un grand exemple de la vertu la plus rare dans un homme en place : celle de savoir la perdre, quand elle devient incompatible avec les devoirs les plus sacres.

« Permettez-moi, Monsieur le duc, de vous adresser sur tout cela mes compliments les plus sincères, et soyez persuadé que votre nom, déjà respecte dans toute l'Europe par la sagesse de votre administration, le sera encore davantage par la noblesse et la grandeur d'âme avec lesquelles vous vous êtes démis.

« Le roi vous dira lui-même qu'il n'oubliera jamais toutes les marques que vous lui avez données du zèle le plus éclairé pour le bonheur et la tranquillité de notre Nord. Comme je suis sûr que cette lettre vous sera fidèlement remise, je puis vous dire sans détour qu'il a été touché jusqu'aux larmes de votre retraite.

« Je compte assez sur votre bonté et votre amitié pour user toujours de l'ancienne permission que vous m'avez accordée et pour avoir l'honneur de vous assurer, Monsieur le duc, sans compliment, de l'attachement le plus tendre et le plus inviolable avec lequel je suis, etc.

« Comte Charles DE Scheffer (*). »

(*) Archives du ministère des affaires étrangères, Suède, 1"69-1T74, vol. J2.

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