‹ Le comte de VergennesChapitre 218 sur 237 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

plutôt que de la subir, et, par ce coup de force illégal, empêchera de verser une seule goutte de sang; le second, dans son incapacité et sa faiblesse, abandonnera l'exercice de tous les droits de sa couronne à ses conseillers, plus soucieux de leur popularité que de leurs devoirs; les écoulera discuter, délibérer, hésiter; assistera inerte, beaucoup plus que désarmé, à la corruption et à la désorganisation de ses soldats; ne quittera ni ses habits de soie et de dentelle ni ses somptueux logis ; verra se préparer et s'avancer l'insurrection, sans que son âme timorée puise, dans l'extrême danger qui menace son royaume, un de ces parlis suprêmes et désespérés ayant parfois sauvé les trônes : en un mol, il laissera faire contre lui la révolution et, par celte résignation respectueuse du droit, rendra possible une ère d'illégalités, de proscriptions, d'échafauds, de terreur, dont il sera la première et la plus illustre victime.

Et pourtant, de ces deux hommes si disparates, à la conduite en tous points si différente, si opposée, la fin sera également violente. L'un et l'autre ne recueilleront que l'envie, la haine, l'ingratitude.; l'un et l'autre, à quelques mois de distance, seront, par leurs sujets, aussi lâchement, quoique diversement, condamnés et immolés (I).

De si surprenantes anomalies, de si terribles vicissitudes semblent défier la raison et la logique humaines. Elles nous révèlent, par cela même, la puissance supérieure et divine qui seule, à son gré, conduit le monde, et qui se joue, dans sa sagesse et sa justice éternelles, des calculs des rois aussi bien que des passions des peuples.

(1) A l'Appendice on trouvera le récit de la mort de Gustave III.

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MEMOIRE POUR SERVIR D INSTRUCTION AU SIEUtt COMTE DE VERGENNE.N ALLANT EN SUEDE POUR ï RÉSIDER EN QUALITÉ d'aMRASSADEUR DU ROI.

Les preuves constantes que le sieur comte de Vergennes a données au roi de son attachement à sa personne et de son zèle pour son service, dans les différentes commissions qui lui ont été confiées, les talents, la sagesse et le succès avec lesquels il a rempli pendant quatorze ans les fonctions d'ambassadeur auprès de la Porte Ottomane, ont déterminé Sa Majesté à le choisir de préférence pour résider en Suède avec le même caractère, et elle est bien persuadée qu'il y justifiera de plus en plus la bienveillance et la confiance dont elle l'honore.

Il serait superflu d'entrer ici dans un détail circonstancié concernant la forme actuelle du gouvernement suédois et sur les dispositions des esprits dans la nation et parmi les principaux membres qui la composent.

Les connaissances que le comte de Vergennes à déjà acquises sur ces objets différents, la communication qui lui a été donnée des mémoires rédigés sur le même sujet par le marquis d'Ilavrincourt et le baron de Breteuil, enfin le compte que le sieur Barthélémy lui rendra de l'état présent des choses en Suède, dispensent de surcharger ce mémoire de répétitions inutiles.

On se bornera donc à faire connaître ici quelles sont les intentions du roi et à diriger en conséquence la conduite de son ambassadeur.

Quoi qu'il en soit, la mort du roi Adolphe-Frédéric vient de faire passer sa couronne sur la tête du prince Gustave, son fils

APPENDICE

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n'est qne par une conduite prE fe e ^^T^ ^ Ce dier successivement au mal unive sol ^ \ P ° Urra remé -

fait perdre à la nation suédoi" son ScSnn^f •?, ^ ** a l'a rendue sans aucune utilité et pe „t Te H ° nSldc ' ratl0n ' et **» alliés. peut-être dangereuse pour ses

Ce jeune prince, dans les conversation* r,„>;i Heu, avec le roi, lui a *moig^&^^ ~£^ plus sincère de n'agir que conformément aux vue* de la F™ pour resserrer les nœuds qui, depuis plus dC»ï °

deux couronnes. P P un siècle, unissent les

Le comte de Verwennes aum n»i., „ ■ • • , .

le roi Gustave àJsdeTZUZsT^ ?? d ' entrete ™ et, pour cet effet, il aura s^ZmCTi? " f" iM — M «. contre toute démarche qui annoncerait d hn , ?**" ?" * arde ambition prématurée, 'et contre le onseifs"! , " ^^ " M dont le génie ardent ne lui inspi erait vr S e, ublahl '" "! ^ empressement pernicieux pour étendre le ^0,^ ^

mais il est essentiel aue sur r » j e sacour onne;

roi se conduise avec iTlZ^ÎZ" "^ * "*—*-* <*ù de proportionner ses in^l^^uEl^e^T ^ fiance que le nouveau roi pourra accorda à la Z S A • T" relativement à l'administration général ~ * douairiè ™

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r pîr: n e P r ciat:irr doit as^nrjs

santé à la Suède. Sa Majesté a résolu, en oX^ceT,"' 3 'les arrérages des subsides qui restaient dus à r-T ' paye ''

APPENDICE

plus. Elle a destiné, pour remplir cet objet, mie somme d'un million 500,000 francs par an qui seront acquittés successivement, à commencer du quartier de janvier 1772. Indépendamment. le roi veut bien encore appuyer de ses finances le succès de la Diète qui va s'assembler. Sa Majesté a déjà commencé à contribuer aux premières dépenses des élections, et elle fera remettre une lettre de crédit à son ambassadeur, mais dont il ne fera usage que successivement et suivant qu'il verra clairement la nécessité et l'utilité de l'emploi qui en sera fait.

L'esprit de justice, de discernement et d'économie dont le comte de Vergennes a constamment donné les preuves les plus sensibles, persuade au roi que la disposition de cet argent ne peut être confiée à des mains plus éclairées et plus fidèles. La France n'a que trop éprouvé, depuis près de quarante ans. que la dépense considérable qu'elle a faite pour la Suède, ou n'a pas eu de véritable objet, ou que l'application n'en a pas été faite à celui auquel elle était destinée. Une expérience si onéreuse doit servir de leçon pour l'avenir.

Les ambassadeurs et les ministres du roi, qui ont résidé pisqu'à présent à Stockholm, ont toujours été livrés au parti connu sous le nom de Chapeaux, qui marquait l'attachement à la France le plus inviolable. On a lieu de croire que les principaux chefs de ce parti étaient dans la disposition la plus sincère de persévérer dans l'alliance qui subsiste entre la France et la Suède; mais leur probité et leur bonne foi devaient nécessairement se pliera la corruption la plus vénale et la plus honteuse qui déshonorait leurs adhérents aux yeux mêmes de ceux qui alimentaient leurs avidité et cupidité.

L'autre parti, connu sous le nom de Bonnets, est noté de la même infamie, mais il compte également parmi ses sectateurs quelques hommes recominandables parleur probité et leur désintéressement.

Ces deux factions ont concouru presque également à l'avilissement et à la décadence de leur patrie. L'intérêt général n'a jamais été que le masque imposteur dont elles couvraient leurs passions personnelles d'ambition et de vengeance. Aucun abus n'a été réformé pendant que l'une des deux s'est trouvée à la tête du gouvernement, et il s'en est introduit de nouveaux encore plus dangereux et plus funestes. Elles ont successivement exercé l'une contre l'autre une persécution barbare, en enlevant les biens, la liberté et la vie même à leurs antagonistes, et ont toujours usé de la violence la plus odieuse dans le fait et la plus artificieuse dans la forme. Une administration si vicieuse et si inhumaine a fait négliger toutes les parties qui la concernent. On a vu tomber les manufactures en Suède, négliger le militaire, les fortifications et

APPENDICE

Je «le pour le bien Snért.1 II , ** l "' ,nc, P es ""'"«.nés deux pJù ,„, la d,'. °e„" „ 'ï i''° ' P .°" r "' "**• ah ° Ur '°' que de, ,„ i„ s de nihli 1? '" , "«"P»'*»" de concert

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APPENDICE

Copenhague relativement à la position actuelle des affaires en Suède. L'ancien ministre du roi était servilement aux ordres delà Russie, mais on a lieu d'enregistrer que le changement de ministre en a apporté dans le système du Danemark. Le sieur Juel, qui était employé de sa part à Stockholm, vient d'en être rappelé, et, comme il s'y conduisait uniquement par les impressions qu'il recevait des ministres d'Angleterre et de Russie, il sera vraisemblablement remplacé par un sujet plus impartial. Il est certain qu'il serait également de l'intérêt réciproque de la Suède et du Danemark de se tenir étroitement unis pour maintenir l'équilibre du Nord contre les vues de la Russie et pour mettre un frein à ses projets d'ambition et de despotisme. La France avait autrefois efficacement contribué à établir, entre ces deux anciennes couronnes du Nord, une liaison si analogue à leurs avantages, et il serait fort à désirer que l'union politique des deux cours fût une suite des liens du sang qui existent entre les deux souverains.

On remet ici au comte de Vergennes ses lettres de créance pour le roi et la reine de Suède. En les présentant, dans la première audience qu'il aura de Leurs Majestés, il leur donnera les assurances les plus précises des sentiments de Sa Majesté pour leurs personnes et pour la prospérité de leur règne. Il réservera pour ses conversations particulières avec le roi Gustave les affaires qui intéressent directement ce prince et le bien de son royaume. Il a pris le seul parti sage qu'il lui convenait de prendre à son avènement au trône, en contractant l'engagement de ne vouloir l'occuper que suivant la forme de gouvernement fixé par la Diète de 1720; et il est important qu'il démontre, par toute sa conduite, qu'il borne là toutes ses prétentions, du moins jusqu'à ce qu'il se présente dans la suite des circonstances naturelles d'ajouter quelque accroissement à son pouvoir et à son autorité.

Le choix à faire du maréchal de la Diète sera très intéressant. Le comte de Fersen, qui a rempli plusieurs fois celte place, serait sans doute le plus capable d'en exercer les fonctions avec dignité et avec succès; mais il est au moins fort douteux qu'il consente à s'en charger, et incertain si le roi voudrait de préférence le voir à la tête de l'Assemblée des Etats. L'ambassadeur du roi consultera sur ce point les intentions de Sa Majesté Suédoise et les vœux des amis de la France ; mais il les laissera entièrement maîtres du choix sans y influer en rien.

Les objets politiques sur lesquels le comte de Vergennes devra porter principalement sa vigilance, sont le degré de crédit et d'influence que les cours de Londres et de Pétersbourg ont acquis à Stockholm. On prétend qu'elles répandent un argent immense pour le soutien du parti contraire à la France ; mais il est fort vraisemblable qu'il y a beaucoup à rabattre de cette prétendue libéralité

APPENDICE

qu'on leur suppose La tzarine n'est point en état de faire de grandes dépenses a ce sujet, et l'Angleterre renfermera 1 7? s.ennes dans des bornes assez'étroites. D 1 s lïJ?T £

^X: p ° ccupée des troubles de p °S et ; ue ;

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Au reste, sur le compte que l'ambassadeur du roi rendra des dé couvertes qu'il aura faites à cet égard Sa Maiesté I , f a successivement les instructions qui hii seront " V

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F, t v „ , rodlger Un m é"»oire complet, t'ait a Versailles le 5 mai 1771. ^

Par le roi : Lows "

PllÉUPPEAUX.

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