CHAPITRE III
En présence du règne commençant en Suède et des événements qui s'annonçaient dans le nord de l'Europe, Louis XV estima qu'il ne pouvait donner trop de prestige et d'autorité à son représentant à Stockholm. La France n'y avait alors qu'un ministre de second rang, le comte d'Usson, récemment nommé en remplacement du comte de Modène, et qui n'avait pas encore gagné son poste. La légation se trouvait, pendant cet intérim, gérée par le jeune secrétaire Barthélémy.
Neveu du célèbre abbé, auteur du Voyage d' Anacharsis, François Barthélémy devait sa précoce entrée dans la carrière diplomatique à la puissante protection du duc de Gboiseul. D'abord attaché à la légation de France en Suisse, il n'avait pas encore vingt et un ans lorsqu'il fut envoyé en Suède.
En ces temps de privilèges et de faveur arbitraire, on voyait fréquemment, aussi bien dans la diplomatie que dans la magistrature et l'armée, d'importantes fonctions accordées à de tout jeunes gens, se trouvant de la sorte appelés à donner des conseils et des ordres à un âge où ils n'auraient dû encore qu'en recevoir.
Pour ne citer qu'un exemple contemporain, c'est ainsi qu'en 1769, François de Bourgoing, à l'âge de dix-huit ans, occupait le poste de secrétaire de la légation de France à la Diète de Ratisbonne (1).
Les nombreuses et longues dépêches que M. Barthélémy
(1) Souvenirs militaires du baron de Bourgoing, publiés par le baron Pierre de Bourgoing.