‹ Le comte de VergennesChapitre 23 sur 237 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

adresse de Stockholm au ministère des affaires étrangères, durant cette époque tourmentée, indiquent assez combien les graves événements qui l'avaient surpris à l'improviste, sans préparation et sans instruction de son gouvernement, inquiètent et troublent sa candeur et son inexpérience. Doué de qualités sérieuses et d'une rare facilité de travail, le jeune débutant fit preuve d'un zèle et d'un dévouement sans bornes. Il eût été assurément bien étonné s'il avait pu soupçonner le rùle que lui réservaient les hasards de l'avenir et les grands succès qui l'attendaient à Bàlc lors de la signature de la paix de 1795; surtout, il eût certainement protesté si quelque indiscret, présageant sa future destinée, avait poussé l'audace jusqu'à lui affirmer que l'adolescent, inféodé à la cour de Louis XV, traiterait un jour au nom d'un gouvernement révolutionnaire, deviendrait membre d'un Directoire républicain, puis comte et sénateur d'un Empereur et pair de France d'une Restauration !

Pour l'instant, les nouvelles de Suède devenaient peu rassurantes. L'agitation des partis y apparaissait de plus en plus menaçante. Les opérations électorales préliminaires étaient commencées; la lutte se poursuivait à outrance ; le retour du roi approchait et l'ouverture de la Diète restait toujours fixée au 13 juin. Il n'y avait pas une minute à perdre pour confier à des mains fermes et sûres l'exécution des instructions du cabinet de Versailles. Convenait-il de donner au comte d'Usson l'ordre immédiat de se rendre à Stockholm? Tel était, scmhle-t-il, le désir de Gustave III, qui en adresse la demande directement à Louis XV.

h Mars 1771.

« Monsieur mon frère, indépendamment des nouvelles de Suède, dont j'avais cliargé hier au soir le comte de Scheffer d'avoir l'hopneur de rendre compte à Votre Majesté , j'ai appris, par les dépêches qu'on a déchiffrées depuis, que la faction qui ne m'est contraire que parce qu'elle connaît mon

attachement aux liaisons de la Suède avec Votre Majesté, fait déjà les plus grands efforts pour l'élection des députés dans les provinces. Tous mes bons serviteurs me pressent donc d'engager Votre Majesté à faire partir sans perdre de temps l'ambassadeur qu'elle destine à résider auprès de moi.

« La confiance entière que Votre Majesté m'a inspirée, et que je conserverai pour elle toute ma vie, m'autorise à m'adresser, dans cette occasion importante, à elle-même, pour lui rappeler la promesse qu'elle a bien voulu me donner au sujet du comte d'Usson, qui est déjà au fait de toutes mes affaires, et pour' prier Votre Majesté de donner ses ordres afin qu'il se rende en Suède aussitôt que possible.

« Votre Majesté a lu dans mon cœur tout ce que je pense pour elle, et n'a pas besoin que je m'étende sur tous les sentiments, avec lesquels je ne cesserai jamais d'être, « Monsieur mon frère,

« de Votre Majesté « son frère, cousin et ami,

" Gustave (1). »

Cette lettre ne laisse aucun doute sur l'intention qu'avait eue un instant Louis XV d'envoyer le comte d'Usson à Stockholm en l'élevant au rang d'ambassadeur. Il avait auparavant, il est vrai, proposé au roi de Suède d'accréditer auprès de lui le baron de Breteuil ; mais ce prince avait préféré le ministre déjà en possession de ce poste, parce qu'il était, comme il le dit, « au fait de toutes ses affaires » .

Mais, continuellement timoré et hésitant, Louis XV n'avait pas tardé à revenir sur sa résolution. « M. d'Usson sera-t-il assez délié pour cette Diète ? -, demande-t-il, dans un billet intime et confidentiel, au comte de Broglie (2).

Nous avons retrouvé, dans la Correspondance secrète, la réponse du comte de Broglie. Elle est datée du 6 mars 1771, et lui fait trop d'honneur pour ne pas être publiée.

(1) Archives du ministère des affaires étrangères, Suède, 1771, vol 259 {£) Boutaric, Correspondance secrète de Louis XV.

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