‹ Le comte de VergennesChapitre 27 sur 237 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

« Mais, comme dans la pénurie générale d'argent où tout le monde se trouve, il n'est pas lui-même dans l'abondance, je désirerais fort ne pas abuser longtemps de son secours. C'est ce cpù m'engage, Monsieur le duc, à vous prier de vouloir Lien vous rappeler la demande que j'ai eu l'honneur de vous faire pour mes arrangements. Peut-être la somme que je vous ai proposée vous parait-elle forte; cependant, elle n'est point exagérée, et je reconnais sensiblement que ma première mise excédera notablement ce à quoi je l'avais évaluée.

« Oserais-je vous prier, Monsieur le duc, lorsque vous aurez fait régler mon traitement, d'en faire passer l'avis et l'ordonnance à M. d'Harvelay, qui veut bien se charger de suivre et de presser, en mon absence, mes préparatifs?

« Assuré de presque tout ce qui m'est nécessaire pour être décemment à Stockholm, il ne me manque, Monsieur le duc, qu'un meuble bien essentiel que je ne puis me procurer par moi-même et que je ne puis tenir que de la faveur de Sa Majesté : c'est son portrait. Rien ne me flatterait plus qu'un témoignagne aussi honorable de la bonté du roi; mais c'est moins pour moi que je le réclame que pour une nation dont la plus saine partie, dévouée déjà par principes et par sentiments aux intérêts de Sa Majesté, verrait certainement avec attendrissement l'effigie du bienfaiteur de la Suéde et de l'ami le plus fidèle et le plus zélé qu'elle ait.

« Daignez, Monsieur le duc, protéger ma requête ; elle n'est point seulement motivée par l'honneur qui m'en reviendrait mais aussi par une considération qui semble promettre quelque avantage.

» Je suis avec respect, elc. (1). »

Il eut le portrait demandé. Quant à la question de chiffres, Louis XV trouva sans doute que ses libéralités étaient fort convenables, et il chargea le duc de la Vrillière de rappeler et de maintenir ce qui avait été décidé.

(1) Archives du ministère des affaires étrangères, Suède, 1771, vol. 259.

.. A Versailles, le 4 avril 1771.

« Le roi, en vous nommant, Monsieur, pour aller remplir la place d'ambassadeur de Sa Majesté en Suède, a bien voulu régler le traitement dont vous jouirez en cette qualité. Sa majesté a fixé vos appointements à 80,000 francs par an et a approuvé qu'ils fussent rappelés du 1 er janvier dernier, afin de vous procurer, par ce rappel, une gratification particulière de 20,000 francs. Le roi a eu la bonté de vous accorder aussi une gratification extraordinaire de 150,000 francs, sans retenue, pour votre dépense de première mise, frais d'ameublement, de voyage, de premier établissement et autres généralement quelconques, et de régler en même temps que vous toucherez un supplément de traitement de 7,000 francs par mois durant la Diète, pour vous mettre en état de soutenir, pendant cette assemblée, la dépense de représentation attachée à votre caractère.

«J'ai demandé à M. de Beaujon de vous payer vos appointements des quartiers de janvier et d'avril et 75,000 francs faisant la moitié de la gratification de première mise, afin de vous procurer les moyens de presser les préparatifs de votre départ (1). »

Le comte de Vergennes se le tint momentanément pour dit, et n'insista pas. Il se résigna d'assez mauvaise grâce, affectant même un air de victime qui, avouons-le, n'était guère de saison.

« Quoique les appointements, réplique-t-ilau duc le 8 avril, puissent paraître insuffisants pour remplir tout ce que la dignité du caractère dont j'ai l'honneur d'être revêtu et la circonstance particulière de l'avènement d'un nouveau roi de Suède semblent exiger, je ne renouvellerai pas, Monsieur le duc, les représentations que j'ai déjà pris la liberté de vous faire à ce sujet. J'oublie mes intérêts pécuniaires pour ne m'occuper uniquement que de me mettre en état de bien remplir les

(1) Archives du ministère des affaires étrangères, Suède, 1771, vol. 259.

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