‹ Le comte de VergennesChapitre 29 sur 237 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

bassadcur. Il n'ignorait pas que les Bonncls comptaient, clans l' avant-dernière assemblée des Etats, la pluralité ; la dernière Diète l'avait rendue aux Chapeaux; mais ceux-ci, mal inspirés par leurs intérêts personnels, ne surent pas profiler de leur victoire, et leurs maladresses avaient semé, dans la bourgeoisie et le peuple, les ferments d'un mécontentement d'autant plus redoutable qu'il était, plus (pie jamais, alhséct exploité par les influences extérieures. Pour conjurer le péril, seconder les accords intervenus entre Louis XV et Gustave III et chercher à faire asseoir ce jeune prince sur un trône mieux affermi que celui de son regretté père, le comte de Vergcnnes ne voulait pas débarquer sans posséder ce qui, dans les pays du Nord, était le nerf aussi bien des élections que de la guerre, un portefeuille abondamment garni. Dans ce but, sans se laisser décourager, il frappe à toutes les portes ; il revient à la charge auprès du duc de la Vrillière.

« l'aris, le 30 avril 1771 .

» Monsieur le duc, je me suis présenté ce matin chez M. le contrôleur général; j'aurais désiré m'entretenir avec lui sur les objets pécuniaires qui intéressent si essentiellement ma mission. Je n'ai pu avoir accès, et je nie suis replié sur M. de Beaujon, car j'étais instruit qu'il devait avoir travaillé avec le ministre.

« Le rapport que M. de Beaujon m'a fait de sa conférence n'est point du tout encourageant; même difficulté, même impossibilité de la part de M. le contrôleur général; beaucoup de bonne volonté de la sienne, mais qui tient à des sûretés raisonnables, dont on ne lui laisse pas l'espérance. Voilà le résumé de l'entretien que j'ai eu avec lui.

« Cependant, le temps de l'ouverture de la diète de Suède approche. J'ai à peine celui qui m'est nécessaire pour m'y rendre, et je me trouve dans la triste alternative ou de différer un départ que le bien du service du roi exigerait qui fût accéléré, ou bien de m'en allcrà Stockholm, les mains vides,

y faire le cruel et mortifiant aveu d'une impuissance qu'il serait malheureux qui fût réelle.

« Daignez considérer, Monsieur le duc, quel peut être le résultat de l'un ou l'autre de ces partis : le découragement de nos amis, peut-être leur anéantissement; l'égarement de la confiance d'un jeune roi, que ses qualités personnelles doivent faire paraître intéressant; enfin la dissolution du seul fil d'influence qui nous reste dans les vastes contrées du Nord.

« Je m'arrête, Monsieur le duc; je ne dois pas m'appesantir sur une foule de conséquences non moins fâcheuses qui n'échapperont point à la prévoyance du roi et à celle de son conseil. Insuffisant pour résoudre par moi-même ce qu'il y a de mieux à faire, souffrez que je réclame de votre ministère les lumières qui me manquent et la direction précise que je dois tenir. Je suis prêta partir, si c'est l'ordre du roi; mais pesez, je vous prie, quelle figure je ferai à Stockholm, dénué des moyens qui peuvent donner quelque vigueur à la cause patriotique dont Sa Majesté a embrassé si généreusement la défense et qu'elle honore de sa protection.

« Je sais ce qu'on peut opposer avec beaucoup de raison contre les moyens dont on a adopté depuis quelque temps l'usage en Suède. Personne ne déteste plus cordialement que je le fais laA r énalité qui a corrompu la masse de cette nation; mais le moment est trop pressant pour entreprendre la réformation des mœurs. C'est à tirer le meilleur parti possible de leur état présent que l'activité d'un négociateur doit être employée. Peut-être M. le contrôleur général s'effraye-t-il de la grandeur du secours que je sollicite. J'avoue que deux millions sont une charge pesante; mais rappelez-vous, Monsieur le duc, le plan que j'ai eu l'honneurde vous communiquer et que vous avez paru approuver. Mes demandes, quelque exagérées qu'elles paraissent, ont pour but, sinon de faire des économies, qui n'en seraient pas si elles contrariaient les vues du roi et le succès de la cause que nous protégeons, du moins de tirer un fruit réel de l'argent que je me flatte que nous allons semer pour la dernière fois.

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