CHAPITRE III
de la personne de M. le chevalier de Vergennes pour résider ici, que flattée du caractère d'ambassadeur dont Sa Majesté Ta revêtu. Les lettres du roi do Suède, de M. le comte de Scheffer et de M. le comte de Crcutz à ce sujet, que j'ai lues moi-même, donnent la plus haute idée des talents et des mérites de M. de Vergennes. »
Il en fut tout autrement à Pétcrsbourg, où précisément a ces talents et ces mérites » étaient bien connus pour s'être affirmés et exercés à Constantinople contre la politique russe, qu ils réussirent à faire échouer. On y comprenait « qu'un homme, aussi rempli de ressources et de connaissances, ne pouvait avoir été nommé que pour quelque affaire de la plus haute importance (1) u , et on présageait qu'on allait avoir encore, à Stockholm, un redoutable adversaire, difficile à surprendre et à désarmer.
Pendant ce temps, les opérations électorales en vue de la réunion des Etats se poursuivaient en Suède; elles ne devaient pas, suivant toutes les probabilités, être terminées avant le 15 mai.
Qu'allait-il sortir de cette Diète, si impatiemment attendue par les uns et si redoutée par les autres? Nul ne pouvait le prévoir encore. Les résultats des votes déjà connus semblaient égaliser à peu de chose près la chance des partis; mais la lutte était loin d'être close. Finie dans les provinces, elle allait recommencer sur un nouveau terrain; car il était, en quelque sorte, d'usage de voir les députés, dès leur arrivée dans la capitale, épiés, circonvenus, sollicités en tous sens par les agents soit des Bonnets, soit des Chapeaux, en vue de les attirer et de les séduire par des promesses, des offres, des marchandages éhontés. C'est à qui s'efforçait d'acheter leur conscience et de soudoyer leurs suffrages.
La présence de l'ambassadeur de France devenait, en si grave occurrence, absolument indispensable ; et, cependant, il ne parlait pas. Il attendait ses instructions officielles, tou-
(1) Posselt, Histoire de Gustave III, roi de Suéde.
jours promises par le duc de la Vrillièrc, et le versement des fonds que n'avait pas encore M. de Beaujon. Cette situation ne pouvait plus se prolonger. Quant au comte de Broglie, chargé de remettre à M. de Vergennes ses instructions secrètes, il était prêt. Le 2 mai, il les soumet à Louis XV, en y joignant les lignes suivantes :
« Quoiqu'il me paraisse que le départ de M. de Vergennes soit encore incertain, je no veux pas tarder plus longtemps à avoir l'honneur de vous adresser le projet d'instructions pour cet amhassadeur, on suppliant Votre Majesté, si elle daigne l'approuver, de me le renvoyer promptement approuvé, pour qu'il puisse être promptement mis au net et dans la forme où elle doit avoir la bonté de les signer, pour être ensuite remises à M. de Vergennes avant son départ (1). »
De son côté, le représentant de Gustave III s'émeut de ces atermoiements et de ces lenteurs, et finit par écrire au duc de la Vrillièrc une lettre particulièrement pressante.
» Monsieur, « Après tous les témoignages d'amitié dont Sa Majesté Très Chrétienne vient de combler la Suède, et le désir sincère qu'elle a fait voir de resserrer plus que jamais les liens qui unissent les deux couronnes, je ne dois pas tarder plus longtemps d'exposer à Votre Excellence l'importance du moment
(1) M. de Vergennes continuait à être, par l'entremise du comte île l!roglie, mêlé à la Correspondance secrète. INous en avons une preuve certaine par ce passage d'une note remise par le comte de Broglie au roi.
•• 27 avril 1771.
« Comme il est nécessaire, Sire, de placer un secrétaire pour la Correspondance secrète auprès de M. le comte de Vergennes, je me suis déterminé à lui donner le sieur Chrestien, qui a été jusqu'ici successivement attaché dans la même qualité à M. Tercier et à M. le général Monet, et de lui donner son fils pour adjoint, afin qu'il n'y ait pas d'étranger dans toute la secrétairie de l'ambassade de Suède. Je supplie Votre Majesté de daigner agréer ces arrangements et de permettre qu'il soit attribué 1,000 francs d'appointements au fils du sieur Chrestien, ce qui, joint aux 2,500 francs qu'avait le père, fera, pour les deux, 3,500 francs. Dès que j'aurai ses ordres à cet égard, je verrai à choisir un sujet capable de remplacer le sieur Chrestien dans la place de secrétaire auprès de M. le général Monet. (Archives du ministère des affaires étrangères, Correspondance secrète, vol. 540 bis.)