CHAPITRE IV
ports animés sont fréquentés par de nombreux bateaux de commerce, grâce à l'activité et à l'intrépidité légendaires des marins suédois.
Stockholm, qui, jusqu'au milieu du dix-septième siècle, n'avait guère compté plus de vingt mille habitants, est devenue une cité grandiose autant que pittoresque.
Située sur le lac Moelar, dans la baie profonde que dessine à cet endroit la Baltique, cette « Venise du Nord » offre un coup d'œil incomparable, avec ses larges canaux aux eaux d'une pureté cristalline, que sillonnent mille embarcations se croisant en tous sens; avec ses bassins peuplés d'une forêt de mâts égayés par les couleurs éclatantes de pavillons divers ; avec ses sveltes clochers d'église, ses ponts d'une étendue inusitée, ses îles, ses vastes quais, ses places ornées de statues de bronze, ses hauteurs couvertes d'édifices dominant l'ancienne ville, à mi-côte desquelles s'allonge, au-dessus de la belle rampe qui lui sert d'accès, la monumentale façade italienne du Palais-Royal (Kongliga Slottet), commencé en 1697 par l'architecte Tessin, et que le fds de celui-ci, Gustave Tessin, venait seulement d'achever sous le règne d'Adolphe- Frédéric.
A la mort de ce prince, ainsi que nous l'avons vu, le roi était bien, en droit, le chef de l'État et du gouvernement, mais l'autorité royale se trouvait, en fait, singulièrement entravée et amoindrie par les usurpations successives du Sénat et des États.
Le Sénat, composé de seize membres nommés par le roi sur une liste de trois noms présentés à chaque vacance par les États, se considérait et se comportait comme l'émanation et la représentation de cette assemblée. Ces » ministres plénipotentiaires de la Diète », comme on se plaisait à les nommer, étaient investis d'attributions aussi nombreuses que variées.
A l'exemple des sénateurs modernes, ils veillaient, tout d'abord, à la conservation de la Constitution, des droits et des libertés de la nation. Puis, à propos de presque toutes les
affaires du gouvernement, ils devaient aider et éclairer le souverain de leurs avis; en réalité, ils lui dictaient leurs volontés, responsables qu'ils étaient de l'accomplissement de leur mandat seulement au regard des États.
Au Sénat appartenait le privilège de soumettre au roi une liste de trois candidats pour toutes les hautes fonctions, à l'exception des évêchés et de six emplois, dits de confiance, auxquels les sénateurs nommaient directement, à la majorité des voix, chaque membre ayant une voix et le roi deux, en qualité de président, et trois en cas de partage. Ces six emplois étaient ceux de grand gouverneur de Stockholm, de colonel des trabans (compagnies d'élite), de colonel du régiment des gardes, de commandant de l'artillerie et des deux aides de camp généraux.
Le Sénat avait encore compétence pour connaître des recours, en matière judiciaire et administrative, dirigés contre les décisions des parlements et des autres conseils du royaume.
Enfin, c'était en séance du Sénat et avec son concours que le roi ordonnait — d'ordinaire tous les trois ans — la convocation de la Diète, c'est-à-dire des États, où siégeaient les représentants des quatre ordres. La durée légale de chaque session, d'après « la loi fondamentale » , ne devait pas dépasser trois mois ; mais elle se prolongeait toujours bien au delà.
Les délégués de la noblesse se composaient de l'aîné de chaque famille noble. Quant aux députés du clergé, des bourgeois et des paysans, on les nommait à l'élection, au nombre de cinquante pour le clergé, de cent à cent dix pour les bourgeois, et de cent cinquante à cent soixante pour les paysans.
TIne fois réunis dans la ville désignée d'avance, à cet effet, par la dernière Diète, les quatre ordres procédaient séparément à la constitution de leurs bureaux et de leurs commissions. La noblesse élisait son président ou orateur, lequel prenait le titre de maréchal de la Diète et en était de droit le