CHAPITRE IV
vins parle bourgmestre, sauf à Stockholm, où le roi ne faisait que les désigner sur une liste de trois noms que lui soumettaient les bourgeois.
Nous aurions terminé ces données succinctes relatives aux principales institutions de la Suède d'alors, s'il ne nous restait à dire un mot de la nature, de la répartition et du payement des impôts.
Les contributions étaient mobilières et immobilières Chaque citoyen acquittait une capitation à partir de l'âge de quinze ans. Quanta la propriété territoriale, le régime qui la régissait, au point de vue fiscal, offrait d'assez singulières distinctions.
Les terres se divisaient en plusieurs classes. 11 y avait les domaines appartenant à la couronne, exploités par elle directement, et ceux qu'elle affermait à des particuliers. D'autres biens-fonds ne pouvaient être possédés que par les nobles. Ces diverses catégories d'immeubles se trouvaient exemptées de toute contribution. Mais, pour dédommager l'État de l'absence d'impôts sur les terres de la noblesse, celle-ci s'était obligée, à titre de compensation, ù fournir à la couronne, en temps de guerre, un régiment de cavalerie de six cents hommes, lequel, toutefois, — ce qui n'était guère chevaleresque, — ne franchissait jamais la frontière et ne devait être engagé qu'à la dernière extrémité.
Les autres propriétés foncières aux mains des particuliers supportaient un impôt en argent et, en outre, certaines redevances accessoires, telles que la fourniture de chevaux pour le service de la poste, de laboureurs pour la culture des domaines de la couronne, et enfin la taxe spéciale à l'entretien de l'armée de terre et de mer : car cette armée, pouvant s'élever à 40,000 hommes, tant infanterie que cavalerie, et à 20,000 matelots, était à la charge des propriétaires fonciers. Chaque soldat, dans son quartier, se trouvait vêtu et nourri aux frais du propriétaire de telle ou telle terre; si bien qu'avant de se rendre acquéreur d'un domaine on avait soin, afin d'en évaluer le prix, de s'informer du nombre
d'hommes qu'il devait entretenir, et du nombre de laboureurs ou de chevaux de poste qu'il devait fournir.
Nonobstant les privilèges que nous venons de signaler, auxquels il convient d'ajouter le droit exclusif de remplir les premières charges de l'État, la noblesse était loin de jouir d'une prépondérance paisible et incontestée. Le système électoral, la multiplicité des ordres et leur nombre pair, permettant aux deux ordres inférieurs de tenir en échec les deux premiers ordres, assuraient une importance politique aussi réelle qu'efficace aux bourgeois et aux paysans, et ceux-ci ne s'étaient jamais fait faute d'en user et même d'en abuser pour obtenir, par des procédés parfois violents et illégaux, d'incessantes réformes accroissant leurs droits et garantissant davantage leur indépendance.
«La Suède, constate Voltaire, fut toujours libre jusqu'au quatorzième siècle. Dans ce long espace de temps, le gouvernement changea plus d'une fois; mais toutes les innovations furent en faveur de la liberté. Le premier magistrat eut le nom de roi, titre qui, en différents pays, se donne à des puissances bien différentes; car en France, en Espagne, il signifie un homme absolu, et en Pologne, en Suède, en Angleterre, l'homme de la république. Ce roi ne pouvait rien sans le Sénat, et le Sénat dépendait des États généraux, que l'on convoquait souvent. Les représentants de la nation, dans ces grandes assemblées, étaient les gentilshommes, les évéques, les députés des villes; avec le temps, on y admit les paysans, portion du peuple injustement méprisée ailleurs et esclave dans presque tout le Nord(l). »
Nous allons voir quels fruits avait portés cette constitution « toute en faveur de la liberté » , et quel dénouement en devait résulter, lorsque « l'homme de la république » qui venait, par droit de naissance, d'être appelé au trône, se trouva en contact, puis bientôt en conflit avec les ordres de la nation.
(1) Histoire de Charles XII.