‹ Le comte de VergennesChapitre 43 sur 237 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

et de sentir que j'y observe la plus dominante ne pouvant être plus diamétralement opposée à la mienne.

« Si j'ai dû être effrayé des dépenses qui ont été faites pour préparer les élections et s'assurer une pluralité bien faible, si elle n'est pas même très équivoque, je vous avoue, Monsieurle duc, que j'ai été confondu lorsque ceux qui sont à la tête des Chapeaux, sont venus me déclarer que, pour tirer un parti quelconque de cette prétendue pluralité pour élire un maréchal de la Diète et les orateurs des ordres à notre gré, il fallait des secours plus abondants que ceux qui avaient déjà été administrés, et, enfin, qu'il n'y avait pas lieu à des délais, puisque c'est avant l'ouverture de la Diète que toute opération- de brigue doit être préparée.

« D'autre part, les sieurs Grill (banquiers du roi de France à Stockholm), qui ont pu réaliser les obligations qui sont en dépôt entre leurs mains pour le compte du roi et qui se prétendent en avance de plusieurs millions de nos livres, m'ont fait, par eux-mêmes et par leurs amis et leurs protecteurs, les offices les plus instants pour aviser, sans perte de temps, à leur remboursement.

« Je vous laisse à juger, Monsieur le duc, de mon embarras à la vue de pétitions et de demandes aussi forcées qui excèdent, dans le début, le fonds liquidé que Sa Majesté a bien voulu destiner au soutien de toutes les opérations de la Diète. Très heureusement l'indiscrétion des sieurs Grill est venue fort à propos à mon secours. Ceux-ci, prévenus par M. de Beaujon que j'étais porteur d'un crédit de 100,000 écus, n'avaient pas manqué d'en faire la confidence aux chefs du parti des Chapeaux, qui n'ont pas été surpris et n'ont pu me taxer de mauvaise volonté lorsque je leur ai déclaré l'impuissance où je me trouvais de me prêter à leur demande.

« 11 n'est sorte d'expédients qu'ils n'aient mis en usage pour me tenter et me surprendre : nouvel emprunt à long terme, engagement personnel, tout cela m'a été proposé, mais sans m'ébranler. J'ai compati, comme je le devais, à la situation et aux embarras de nos amis; je leur ai témoigné le

plus sincère regret de ne pouvoir les soulager aussi efficacement que je le désirais ; je ne leur ai pas dissimulé cependant qu'il me paraissait inconcevable qu'une pluralité achetée à grands frais ne pût être mise en exercice qu'avec de plus grands frais encore, et qu'une pareille perspective de profusion était bien plus propre à décourager la bonne volonté du roi qu'à disposer Sa Majesté à de nouveaux efforts en leur faveur. «

Néanmoins l'ambassadeur se prête à examiner et discuter tous les plans que les uns et les autres lui proposent et lui soumettent; il n'a aucune confiance dans une tentative de conciliation entre les deux factions; car, dit-il, n les passions les plus violentes agitent si monstrueusement le gros du parti Bonnets qu'à moins d'un échec, qui le désabuse de l'espoir d'un succès certain dont il se repaît, on l'amènera difficilement à entrer dans les voies d'un accommodement » .

Afin de ne point décourager les bonnes volontés, il consent à concourir pour une somme de deux cent mille livres à tâcher d'assurer, dans un sens favorable à la cause qu'il est chargé de soutenir, l'élection du maréchal de la Diète. Mais les esprits lui paraissent si montés contre toute augmentation de la puissance royale qu'il doute, en toute sincérité, de la réussite.

« Si j'étais moins novice, poursuit-il, dans les manèges de la Suède, j'oserais presque assurer que ce sera grièvement se tromper de se flatter que jamais les États assemblés se prêteront à donner une forme consistante à l'administration : l'intérêt particulier y fait un obstacle insurmontable.

« Les Suédois de tous les ordres et de toutes les classes calculent en général le produit d'une Diète comme un autre celui d'une terre. Ce rie serait peut-être pas moins s'abuser de croire que le Sénat pourrait être disposé à relâcher une partie de son autorité pour accroître celle du roi . Les espérances qu'il donne à cet égard ne sont que le résultat des embarras et des craintes qu'il éprouve. Vraisemblablement, il changerait de

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