‹ Le comte de VergennesChapitre 51 sur 237 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

promettre, le comte de Fersen préféra, pourl'instant, se retirer sous sa tente, et il refusa toute candidature. Aucune sollicitation, si élevée et pressante qu'elle fût, ne parvint à fléchir son inébranlable abstention. A son défaut, les Chapeaux opposèrent, au général baron Rudbeck, candidat des Bonnets, le baron Lewenhaupt, « bien plus connu, avoue M. de Vergennes, par l'honnêteté de son caractère que par la célébrité de ses talents » . Et il ajoute cette judicieuse remarque :

« Son désintéressement et son intégrité ne sont point équivoques, quoiqu'il soit pauvre ; mais ce n'est pas assez pour tenir le bâton de maréchal d'une Diète. Il faut l'habitude des affaires, beaucoup de présence et même de fermeté d'esprit et de la facilité à parler en public. »

M. Barthélémy en parle dans les mêmes termes : u H est homme de probité et de désintéressement et connu pour son attachement à la bonne cause, mais il n'a pas de grands talents et est peu versé dans les intrigues des Diètes. 11 est un peu pédant et bagatellier (1). » Malgré cela, les Chapeaux réussirent à le faire nommer à la majorité de 75 voix (2).

L'élection du maréchal de la Diète ranime un peu le courage de l'ambassadeur de France. Il se prend à moins désespérer fie L'avenir.

« Il peut paraître, conclut-il, que le véritable avantage serait du coté des Bonnets ; mais, quand on considère de quel poids immense est l'ordre de la noblesse dans toutes les délibérations , surtout quand il a pour lui le roi et le Sénat; quand on ajoute à cette considération qu'on peut regagner la pluralité dans l'ordre des prêtres, il s'ensuit que les Chapeaux ont pour eux, dans ce moment, un aspect aussi favorable que leur position, ces jours passés, était faible et alarmante. »

(1) Dépèche du "juin 1771. Archives du ministère des affaires étrangères, Suède, 1771, vol. 259.

(2j La Gazette île France, après avoir annoncé la nomination du haron Lewenhaupt comme maréchal de la Diète, rectifie, dans le numéro du 19 juillet 1771, son information : « Le maréchal de la Diète élu, déclare-t-elle, est le haron Leijonhufvud. » Or ce dernier nom n'est autre chose (jue la traduction en suédois du nom allemand Lijwenhaupt (tète de lion).

LE COMTE DE VERGEN ÏN ES.

Pour consolider, s'il était possible, ce premier avantage, tout spécieux et relatif qu'il fût, un nouvel effort devait être tenté sans perdre un instant. Les trois seuls ordres de la noblesse, du clergé et de la bourgeoisie — les paysans étant exclus — allaient être appelés à constituer le Comité secret. Ce comité, formé de 100 membres : 50 de la noblesse, 25 du clergé et 25 de la bourgeoisie, était divisé en quatre députations ou commissions : la première s'occupait des affaires étrangères; la seconde de la Banque; la troisième de l'armée et de la défense du royaume ; la quatrième des revenus et des dépenses de l'État. En raison de l'influence prépondérante qu'exerçait le Comité secret, il fallait essayer d'y obtenir la majorité.

« Vous savez, explique l'ambassadeur au duc d'Aiguillon, que trois ordres seulement concourent à cette partie essentielle de l'administration des Diètes, que celui des paysans n'y a point entrée, et qu'enfin chacun des ordres qui y est admis n'a qu'une voix seulement : en sorte que, si l'on peut être assuré de deux, on est le maître de la tournure de toutes les affaires.

h C'est dans ce sanctuaire qu'on prépare et qu'on rédige toutes celles qui doivent être portées à la décision de l'assemblée des États, lesquels, peu instruits et peu versés dans le maniement des affaires, se rangent assez ordinairement à l'avis du Comité secret. »

En conséquence, M. de Vergennes se met à l'œuvre, et, comme il est homme pratique avant tout et qu'il sait par expérience à quel point est précieuse en politique la maxime : «Qui veut la fin veut les moyens » , il prend aussitôt la plume et il aligne les chiffres du bilan des dépenses que doit coûter, suivant lui, la Diète jusqu'à la clôture de ses opérations. Le document est trop curieux pour n'être pas textuellement reproduit.

« J'ai affecté à l'élection du Comité secret, dont le succès serait si intéressant, une somme de 150,000 dalers de cuivre, valant à peu près 60,000 livres de notre monnaie : soit

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