‹ Le comte de VergennesChapitre 57 sur 237 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

don, de sentiment, de délicatesse. Quelle manière affectueuse et fine de féliciter « le nouveau lieutenant général des armées du roi de France » , tout en lui rappelant qu'il se doit avant tout 'à sa patrie et que celui qui en est devenu le chef lui réserve, à bref délai, la plus haute dignité militaire qu'il soit en son pouvoir de lui décerner ! Nous verrons, à l'heure du danger, comment le comte d'Hessenstein répondra à cette attention flatteuse de son roi.

Ce roi, aujourd'hui sur le trône, n'a garde d'oublier le bataillon regretté des grandes dames qui, à des titres divers, l'ont comblé, à Paris et à Versailles, de leurs petits soins, de leurs adulations et enivré de leur encens ; il associe, dans le même souvenir, la vieille comtesse de la Marck, née de Noailles, la fraîche et sentencieuse comtesse de Boufflers, la grosse et intempérante duchesse d'Aiguillon, la commune et méchante comtesse d'Usson, à la belle comtesse de Brionne et surtout à la bien-aimée comtesse d'Egmont.

N'écrivant pas l'histoire de Gustave III, nous n'avons pas à nous occuper ici, en détail, de ses relations avec la cour de France ni de son roman, si célèbre et si connu, avec la comtesse d'Egmont. M. Geffroy et, plus récemment, Mme la comtesse d'Armaillé ont traité ces intéressants sujets dans les deux ouvrages que nous avons eu déjà l'occasion de citer. Toutefois, comment ne pas dire un mot de la délicieuse femme dont le nom est inséparable désormais de celui du roi de Suède, et qui se trouve à jamais unie au plus grand acte de sa vie, dont nous allons exposer la préparation, les vicissitudes et les suites?

On sait déjà, par ce que nous avons rapporté plus haut, que, lorsque le comte de Gothland arriva en France, son titre de prince royal, ses vingt-cinq ans, la réputation qui le précédait, peut-être aussi cette saveur exotique se dégageant d'un étranger venu de si loin, tout attira sur lui les regards, et principalement les regards féminins.

Dans une cour comme celle de Louis XV, les belles dames tentées d'apprivoiser ce futur souverain des Goths et des

Vandales ne durent pas manquer. La tâche ne fut, du reste, ni longue ni difficile, et Thomassine Spinola subjugua le cœur de ce nouveau Louis XII.

Thomassine Spinola ? Ainsi s'appelle elle-même la comtesse d'Egmont en se comparant à la chaste Italienne qui aima le preux roi de France. Jeanne-Sophie-Élisabeth-Louise-Armande-Septimanie (1) de Wignerod du Plessis de Richelieu était née le 1 er mars 1740. Fille de l'illustre maréchal de Richelieu et d'Elisabeth- Sophie de Lorraine -Guise, elle avait, à l'époque du voyage du roi de Suède, trente et un ans, étant plus âgée que ce prince de six années.

A seize ans, on l'avait mariée, le 10 février 175G, un peu malgré elle, à Casimir de Pignatelli, comte d'Egmont, marquis de Renty, duc de Bisaccia, prince de Glèves, duc de Gueldres et d'Agrigente, comte de Braisne, etc., chevalier de la Toison d'or, grand d'Espagne et bientôt lieutenant général, en France, des armées du roi. Né le 6 novembre 1727, il avait treize ans de plus que sa seconde femme ; car, marié en premières noces à Marie-Louise-Françoise de Saint-Séverin d'Aragon, il était veuf depuis trois ans, quand il convolait avec Septimanie de Richelieu.

Sa jeune femme avait reçu de la nature tous les genres de séduction. Il existe d'elle plusieurs portraits, un entre autres très remarquable, de Roslin, faisant partie de la riche galerie du château de Maintenon. Le palais de Versailles en possède, dans l'attique du midi, une assez médiocre réduction (n°4353). D'autre part, on conserve pieusement, au musée national de Stockholm, une miniature d'un autre célèbre peintre suédois, Hall, achevée à Paris le 1" juillet 1773, et envoyée par la comtesse d'Egmont à Gustave III (2). Ces

(1) Ce nom de l'ancienne Gaule narbonnaise lui avait été donné parce que, née à Montpellier, elle avait été tenue sur les fonts baptismaux par les États de Languedoc, son père exerçant alors dans cette province un commandement de lieutenant général.

(2) Mme la comtesse d'Armaillé en a placé un fac-similé en tète de son ouvrage sur La comtesse d'Egmont.

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