‹ Le comte de VergennesChapitre 6 sur 237 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

n'en occasionna pas moins, de toutes parts, une indicible consternation (1). Il y eut, à la résidence royale, des scènes émouvantes de désolation. La reine, sa veuve, ne résista pas à son immense douleur. Elle s'isola dans ses appartements, s'empressa de renvoyer les joyaux de la couronne, refusa tout aliment; elle dut s'aliter et être saignée; et son état, dans le premier moment, ne laissa pas d'inspirer des craintes sérieuses. Son second fils, le prince Charles, le seul alors à Stockholm, fut pris de violentes convulsions. Sa fille, Sophic-Albcrtine, coadjutrice de l'abbaye de Quidlinbourg, se jeta aux pieds de sa mère et, arrosant ses mains de larmes, s'écria : » J'atteste le ciel que je ne me séparerai pas de vous. Je ne vous abandonnerai jamais. Je veux consacrer tous les instants de ma vie, avec plus de passion encore que parle passé, à vous aimer et à cherchera vous consoler du coup affreux qui vous tue (2). »

Dans la ville et bientôt dans le reste du royaume, la surprise et la tristesse furent aussi générales que sincères, car Adolphe-Frédéric, au cours des vingt années de son règne, s'était attiré l'affection de ses sujets et la méritait.

Si, en tout temps, le décès subit du chef de l'Etat et le changement de règne qui en résulte sont de nature à provoquer de graves et légitimes appréhensions, le péril, en Suède, se montrait d'autant plus imminent et redoutable que les deux factions des Chapeaux et des Bonnets allaient de nouveau s'entre-choquer pour s'emparer du pouvoir; et, précisément, le prince royal, héritier de la couronne, était alors absent, voyageant à l'étranger. C'est, en effet, à Versailles que lui parvint la nouvelle de la mort de son père et de son élévation au trône.

Aussitôt que le décès d'Adolphe-Frédéric avait été officiel-

(1) L'armée notamment était fort attachée à Adolphe-Frédéric. On rapporte que, lorsque son décès fut annoncé au régiment des gardes, un des soldats tomba mort, foudroyé par l'émotion.

(2) Dépèche de M. Barthélémy du 13 février 1771. Archives du ministère des affaires étrangères, Suède, 1771, vol. 259. — La princesse Sophie-Albertine, en effet, ne se maria pas. Elle mourut en 1829, sans avoir quitté sa famille et sa patrie.

lement constaté, le Sénat s'était assemblé et avait proclamé roi le prince royal sous le nom de Gustave III. Dès le lendemain, 13 février, à midi, des hérauts d'armes se rendirent, suivant l'usage, sur les principales places de Stockholm, pour signifier publiquement cette proclamation. Partout le peuple accueillit le nom de son nouveau maître avec des démonstrations non équivoques de sympathie et de joie, malgré les efforts tentés par quelques dissidents pour entraver l'élan de ces manifestations spontanées.

Puis, le Sénat, en présence des présidents des divers collèges ou départements administratifs, des chefs de l'armée et des tribunaux, prêta serment de fidélité à Gustave III. Cela fait, il se transporta auprès de la princesse royale, Sophie- Madeleine de Danemark, qui n'avait point accompagné hors du royaume le prince son époux, afin de la saluer en qualité de reine de Suède. Enfin, reprenant séance, le Sénat reçut le serment de fidélité du prince Charles; mais telle fut l'émotion de celui-ci qu'il s'évanouit plusieurs fois durant la cérémonie et se trouva incapable de prononcer une seule parole.

L'heure était trop solennelle et trop grave pour ne pas comporter des résolutions décisives. Aux sénateurs seuls, en raison de l'éloignement du roi, incombait la charge de sauvegarder les droits de la dynastie et le salut de l'État; car la cour, en deuil pour un an, privée de tout appui et de toute direction, restait entièrement confinée dans l'accablement de sa douleur.

Tout d'abord, on fit partir sur l'heure pour Paris le baron Ornfelt, chambellan du prince Gustave, pour l'informer des événements. Le lendemain 13, le Sénat donna le même -ordre au lieutenant général baron ; Ulric de Scheffer (1), afin daller complimenter le nouveau roi et lui porter à signer acte d adhésion à la constitution, qui était le premier acte du règne.

de { Lo^7J"::-zr hres de Ia nobiesse sué,w v™™^ ; > ia —

avons conserv e EÏLT ° "V "** *"» l ™ ™*' Nous Ia Ieur vee, pu.squ en France ils sont généralement ainsi connus.

Page 1