CHAPITRE VII
qui précèdent ne résultaient pas seulement, dans ce pays, de systèmes philosophiques et théoriques formulés dans les ouvrages des écrivains et dans des espèces de « cahiers » rédigés par les représentants des villes et des campagnes. Ils avaient reçu la consécration des Diètes antérieures, ils étaient en grande partie reconnus par la Constitution, et les citoyens suédois entendaient qu'aucune atteinte ne leur fût portée.
« Le droit sacré, — que Dieu nous conserve, — lisonsnous dans un autre document contemporain, dont le peuple suédois a toujours joui, de faire des lois pour soi-même, n'est point un droit purement idéal, casuel ou chimérique ; il est fondé sur le droit originaire du peuple suédois, comme propriétaire de son fonds, pour lequel il parle. Son pays et, par conséquent, ses droits ne furent jamais conquis, ni son droit de législation usurpé. Aussi le roi de Suède est élu et a toujours été obligé de prêter le serment à tous les habitants avant de monter sur le trône (1). »
Telle était bien la doctrine du gouvernement hautement affirmée et préconisée par les deux « classes nourrissantes » ; doctrine qui se résume aujourd'hui par les mots : souveraineté du peuple; gouvernement du pays par le pays. C'était la négation de l'hérédité, le souverain ne tenant la couronne que de l'assentiment de ses sujets, lesquels, par une conséquence extrême, mais logique, pouvaient, à l'occasion, s'arroger le droit de défaire ce qu'ils avaient fait, c'est-à-dire de retirer le sceptre qu'ils avaient donné.
On conçoit qu'une pareille théorie fût de nature à inquiéter un prince ambitieux de régner moins pour son intérêt personnel que dans le but de développer la prospérité et la puissance, d'épurer les mœurs et de relever la gloire de son royaume, en l'affranchissant de l'influence étrangère. Il ne fallait que reporter les yeux sur les affaires et l'état de la
(1) Mémoire de M. Repplerus, bourgmestre et député de la bourgeoisie de Lovisa, présenté à la Diète le 26 janvier 1770. — Archives du ministère des .affaires étrangères, Suède, 1771, vol. 259.
Pologne, pour se convaincre des périls certains et inévitables de la liberté sans contrepoids et sans frein, et des excès qu'engendre toujours le régime de l'élection appliqué au pouvoir suprême, par les brigues, les dissensions et les violences qu'il suscite.
Pour parvenir à son noble but, Gustave III chercha son point d'appui dans le peuple et ne négligea rien de ce qui pouvait l'en faire connaître et aimer. Il résolut de l'attacher à sa personne par un contact direct, empruntant toutes les formes et se renouvelant sous tous les prétextes. Il fit insérer dans les gazettes de Suède l'avis suivant :
« On avertit le public que Sa Majesté a bien voulu fixer les lundi, mardi et mercredi de chaque semaine, depuis quatre jusqu'à cinq heures du soir, d'ici au 1" novembre, pour donner des audiences publiques, dans lesquelles tous les sujets de Sa Majesté, de quelque état et condition qu'ils soient, auront un libre accès auprès de sa personne et pourront lui remettre directement leurs placets (1). »
Il vint des solliciteurs des provinces les plus éloignées, pleins de foi et d'espérance dans la protection royale. Le prince les écoutait avec patience et bonté, et, s'il en avait le pouvoir, — ce qui n'arrivait pas toujours, — il leur faisait obtenir satisfaction et justice. Chacun, le plus souvent, quittait le château consolé, encouragé ou triomphant.
« Que Dieu te conserve, ô mon roi, s'écriait un jour, dans le transport de sa reconnaissance, un paysan de la Dalécarlie, auquel le prince venait de remettre une réponse favorable. Je sors de chez toi content. Mes compatriotes ne croiraient jamais ce que je vais leur dire de toi, s'ils n'avaient sous les yeux cet écrit de ta main. Ils diront que tu es un bon père; et, si tu as jamais besoin de tes enfants, tous les habitants des Trois Vallées sont prêts à voler à ton secours (2). »
(1) Gazette de France, n° du 1 er juillet 1771.
(2) Posselt, Histoire de Gustave III. — En apprenant ces audiences,
Mme d'Egmont écrit à Gustave III.
« Paris, 4 juin 1771.
« Je n'ai pas, Sire, de jouissance plus vive que de me faire dire le détail de