CHAPITRE VII
Un autre trait de sollicitude pour le peuple eut un grand retentissement. La disette régnait alors en Suède. Un arrêté avait taxé le prix du pain; mais les habitants de Stockholm murmuraient contre les boulangers, qu ils accusaient de ne pas livrer les pains au poids voulu.
Le roi fit saisir toutes les marchandises mises par eux en vente et les fit peser sous ses yeux en présence du Sénat.
L'enterrement d'Adolphe-Frédéric rapprocha, pendant un jour, toutes les classes de la nation dans un même sentiment de regret et de tristesse.
Le 30 juillet, des prières publiques furent dites dans toutes les églises du royaume. A Stockholm, le commencement de la cérémonie fut annoncé le matin par des salves d'artillerie. Aussitôt les tambours battent la générale et les troupes prennent les armes. L'artillerie se masse sur la place située au nord du palais, la cavalerie bourgeoise se met en bataille sur la place des Nobles, et le régiment des gardes forme la haie du château à l'église de Riddarholm, lieu de sépulture des rois de Suède.
Gustave III avait prescrit que rien ne fût épargné pour que la solennité présentât le caractère de triste et austère magnificence qu'elle comportait. L'église était, du haut de la voûte au sol, tout entière tapissée de tentures noires ornées de guirlandes de gaze d'argent. L'éclairage était assuré à profusion par un nombre incalculable de cierges et de bougies.
Des emblèmes allégoriques rappelaient les qualités du défunt et la protection qu'il avait accordée aux sciences et aux arts. On remarquait aussi les colliers de ses ordres et les armes de toutes les provinces du royaume.
Dans la nef, à droite, avait été disposé un trône couvert de drap d'argent, au pied duquel se trouvaient un prie-Dieu
vos succès. M. de Greutz m'a fait répandre des larmes Lien douces en me disant l'histoire de ce pauvre paysan qui fut admis en votre présence. Ces audiences, trois fois par semaine, m'ont ravie! Les marques d'intérêt que vous avez données à votre peuple, par votre manière de voyager, la simplicité de votre arrivée, tous ces détails m'ont enchantée. »
de velours noir, bordé d'hermine, pour le roi, puis des chaises pour les princes, et des banquettes pour les personnes de leurs maisons. En face, un prie-Dieu semblable était réservé à la reine, et d'autres sièges pour les princesses et leurs suites.
Le corps d'Adolphe-Frédéric, dans un cercueil drapé de velours cramoisi semé de couronnes d'or, reposait à l'entrée du chœur, sur un mausolée surmonté d'un dais superbe, avec couronne royale.
Aux quatre coins du monument funèbre, les ordres du royaume étaient personnifiés par des statues : la Noblesse représentée par la Guerre appuyée sur une lance et le casque en tête; les Prêtres par la Religion portant une croix dans ses bras ; les Bourgeois par le ' Commerce tenant une corne d'abondance, d'où tombaient des branches de corail et des monnaies; les Paysans par l'Agriculture soutenant une gerbe de blé et ayant un rameau de feuillage à la main. « Ces quatre figures, de la plus grande beauté, exprimaient chacune, diversement, la douleur dont elles paraissaient accablées. »
Enfin, dominait tout l'ensemble la statue en pied du feu roi, d'une ressemblance frappante, « quoique le visage apparût déjà voilé des ombres de la mort et le corps alangui et comme affaissé par la défaillance des forces de l'Humanité descendant au tombeau » .
Cette composition artistique, d'un effet saisissant, était due à un sculpteur français alors très renommé, M. Larchevesque.
La relation des obsèques d'Adolphe-Frédéric, conservée au ministère des affaires étrangères, à laquelle nous empruntons ces détails, ajoute :
» On ne saurait trop admirer les talents de ce grand maître, ni trop louer le zèle qui lui a fait prodiguer ses veilles pour finir un ouvrage aussi achevé, malgré le peu de temps qu'on lui a donné. »
Autour du catafalque prirent place les grands officiers de la couronne, l'un portant les attributs de la royauté sur