CHAPITRE VII
stupéfiante communication fut accueillie avec moins d'indifférence, de philosophie ou de stoïcisme. Une sorte de trouble se laisse apercevoir sous les termes forcément mesurés de la réponse officielle.
« J'ai lu au roi, écrit de Versailles, le 8 septembre, le duc d'Aiguillon, votre dépêche n° 18, qui contient une anecdote bien singulière cpji vous a étt, confiée par M. le baron de Scheffer. Sa Majesté a été affectée des sentiments naturels de surprise, que la révélation du projet, formé depuis deux ans sur un objet intéressant, doit nécessairement opérer dans une âme honnête et sensible.
« Vous voudrez bien prendre, dans le plus grand secret, les éclaircissements que vous serez à portée de vous procurer à cet égard et en rendre compte par des lettres séparées (1). » Par bonheur, la prédiction, répétée par le baron de Scheffer était controuvée, ou du moins le nouveau crime prêté à la tzarine ne fut jamais exécuté, puisqu'à un quart de siècle de là (1796) Paul I" succédait à sa mère sur le glorieux trône de Russie : ce qui ne devait pas l'empêcher de périr de mort violente, étranglé, le 23 mars 1801, par quelques grands seigneurs de la cour.
Malgré ces multiples et graves incidents, peut-être même à cause d'eux, M. de Vergennes reste éloigné de toute solution précipitée et hasardeuse. Il souhaite que le roi de Suède, quels que soient ses desseins, gagne du temps et dissimule ; et il explique et résume sa pensée à l'aide d'une saisissante image :
« Il faut faire quelquefois comme les rameurs, qui tournent le dos à l'endroit où ils veulent aborder. »
Tel fut aussi le parti adopté par Gustave III, Ce prince, d'ailleurs, n'eut qu'à se louer de la dignité ferme de son attitude dans ces premières difficultés avec lés représentants de la nation, car ceux-ci s'empressèrent de capituler. Le terrain avait été bien choisi par le souverain pour résister : un fils,
(1) Archives du ministère des affaires étrangères, Suède, 1771, vol. 260.
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•en aucun pays, ne saurait être blâmé de se sentir atteint par une expression pouvant paraître offensante pour la mémoire de son père.
Le 15 août, les États, réunis en assemblée générale, — in plenis, — délibérèrent sur le refus du roi de signer le rappel des deux plus anciens sénateurs démis en 1769 ; à l'unanimité des quatre ordres, ils ratifièrent la proposition du Comité secret tendant à répondre au roi en ces termes :
« Si les États ne reconnaissaient pas, dans la déclaration de Votre Majesté, ce même souverain qui s'est concilié, à si juste titre, le respect et l'amour de ses sujets, ils n'éprouveraient, dans la circonstance présente, d'autre sentiment que celui de la douleur. Votre Majesté ne connaîtrait pas encore ses sujets si elle pouvait douter de leur respect sans bornes pour la mémoire du feu roi et pour votre auguste personne.
« Les États sont bien éloignés d'attacher aux expressions qui ont déplu à Votre Majesté le sens qu'elle a cru y jtrouver. Ils ont voulu seulement témoigner que ce n'était pas sans fondement qu'ils rendaient leur confiance aux anciens sénateurs.
« Les États déclarent donc qu'ils n'ont eu l'intention ni de flétrir la mémoire du feu roi, ni d'offenser Votre Majesté. Ils attendent de votre bienveillance royale que vous voudrez bien, à leur humble prière, faire expédier les actes de réadmission des anciens sénateurs et y mettre votre signature (1). »
Au fond, la Diète maintenait sa volonté d'exiger le rappel des sénateurs. Sa réponse était seulement conçue en termes pleins de respect pour le feu roi et de déférence pour le roi actuel. Ce résultat de pure forme « fut considéré, par les amis de la cour, comme une victoire » . Gustave III, plus clairvoyant, ne se fit aucune illusion ; néanmoins, il se montra satisfait, et signa immédiatement les lettres patentes rendant leurs sièges au comte Horn et au baron Lagerbielkc.
(1) Gazette de France, n° du 23 septembre 1771.