‹ Le comte de VergennesChapitre 79 sur 237 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

et semble être l'aveu des sujets de s'y soumettre. C'est contre le despotisme érigé en maxime, c'est contre ces grands mots : «Je ne tiens ma puissance que de Dieu, et rien sur la terre « n'a le droit d y apporter des limites » , que la nation s est révoltée (1). »

On conçoit qu'en entendant, à Paris, les deux amies développer avec animation de telles doctrines, Gustave se soit écrié : « Vous êtes républicaines ! »

Quoi qu'il en soit, sous l'empire de ces conseils, il va saisir, comme prétexte, le conflit existant entre la noblesse et les ordres inférieurs pour tenter une seconde démarche auprès du Sénat.

Le 28 novembre, il se rend dans la salle de cette assemblée ; treize sénateurs étaient présents : comte llierne, comte Kalling, baron Rùdenschlold, comte de Walwyk, comte de Stokenstrôm , comte Bielke , comte de Scheffer, comte de Hermanson, comte Beck-Fnis, comte Posse, comte Barck, comte Sinclair et comte Snoitsky.

M. de Rosen-Adler, secrétaire, ayant terminé le rapport des affaires courantes, le roi ordonne aux fonctionnaires des diverses administrations de sortir; et, une fois les sénateurs restés seuls, il prie le comte de Hermanson de prendre la plume afin de rédiger le procès-verbal « de ce qui va se passer « . Puis il prononce les paroles suivantes :

« Il n'a pas pu échapper, messieurs, à votre pénétration et au zèle avec lequel vous veillez au bien de mon service et à celui de la patrie, quels tristes aspects se présentent pour nous aujourd'hui, qui nous présagent une funeste division dans l'Etat. L'expérience nous a montré à quel point peuvent s'élever les haines et les discordes intestines, surtout dans les pays libres, et quelles suites funestes elles peuvent entraîner pour la patrie.

« Pénétré de ces vérités, j'ai déclaré aux États, en ouvranL la Diète, qu'un de mes premiers soucis serait de chercher à

^1) Papiers d'Vpsal.

réunir tous les cœurs et à étouffer ces divisions qui ont agité si longtemps ma patrie sous mes deux derniers augustes prédécesseurs. Ma conscience est pour moi le plus sûr garant de la sincérité de mes sentiments, et ce qui s'est passé dans le cours de cette Diète, à la connaissance de toute la Suède portera un témoignage non équivoque que mes actes ont été conformes à mes promesses.

« Mais, plus mes soins ont été actifs en vue d'obtenir ce résutat salutaire, plus mon chagrin est vif de m'apercevoir que les divisions des deux partis ont dégénéré en un schisme plus dangereux encore : j'entends dire une séparation entre les ordres mêmes. Je n'en puis plus douter; je ne saurais même être censé l'ignorer, depuis que des pièces officielles imprimées avec la sanction des ordres de l'État, ont porté leurs démêlés à la connaissance du royaume

« Sans aller chercher ailleurs des inspirations, je n'a. besoin que de mon cœur; il m'instruit mieux que toute autre chose sur les dangers de ma patrie, et c'est lui que je consulte en ce moment.

« Si ma naissance et mon devoir n'avaient fait dépendre mon bonheur de celui de l'État, si je ne plaçais ma plus grande gloire à régner sur un peuple libre, je n'aurais qu'à demeurer spectateur impassible des événements, en vue de me créer un avenir brillant aux dépens de la liberté; mais mon cœur n est pas capable de tels sentiments. J'ai promis spontanément à mon peuple d'être le gardien de sa liberté, et tant que la Providence me laissera porter le sceptre, je le serai. G est, d.s-je, dans cette vue que je me vois forcé, messieurs, de déposer dans votre sein mes inquiétudes

" Je ne ve«x en rien intervenir dans les délibérations des Etats. Toutefois, je crois qu'il est de votre devoir, aussi bien que du mien, de prévenir à temps les suites que l'agitation des esprits, échauffés de part et d'autre, peut entraîner et dont les conséquences sont de nature à être funestes et à la liberté et à l'Etat.

« J'ai pris la résolution de mander les orateurs des États,

Page 1