‹ Le comte de VergennesChapitre 80 sur 237 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

afin de leur représenter le danger de la situation présente. Les affaires de la Diète, à l'heure actuelle, presque en suspens; la rédaction de l'acte d'assurance retardée; mon sacre, dont j'avais reporté la cérémonie au 2i septembre dernier, encore incertain : que de nouvelles semences de dissension se produisant chaque jour, et quelles inquiétudes répandues dans le royaume !

« Rien ne saurait nous préoccuper tous davantage. La patrie veut un prompt remède : elle ne le peut recevoir que du roi et des Etats. Tout ce que je compte dire aux orateurs sera conforme à leur intérêt et au maintien des lois. Je suis leur roi, un enfant de l'Etat, lequel, si l'on considère mes devoirs et mes droits, n'appartient pas plus à un ordre qu'à un autre et, par conséquent, a pour eux tous la même tendresse.

« Telle est la résolution que j'ai voulu, messieurs, vous communiquer, conformément aux lois du royaume, mais encore plus par suite de la confiance que j'ai dans vos lumières et dans votre attachement au bien public (1). »

Ces déclarations imprévues causèrent aux sénateurs une vive émotion. Ceux-ci se levèrent aussitôt et allèrent exprimer au roi leur respectueuse gratitude pour la sollicitude ci paternelle » qu'il apportait aux affaires publiques. Leurs Excellences déclarèrent que, sans doute, le Sénat n'avait point à connaître les différends s'élevant entre les ordres ; mais que, du moment que Sa Majesté lui faisait part de ses inquiétudes sur un point aussi grave, elles ne vovaient rien que de conforme aux lois dans la résolution qui venait de leur être communiquée; d'autant plus que Sa Majesté avait pris soin de déclarer qu'elle ne voulait « en rien intervenir dans les délibérations des États » .

Dès lors, le roi invite les quatre plus anciens sénateurs, comtes Hierne, Kalling, de Walw k et baron Rùdenschold, à se rendre dans l'après-midi en son cabinet, pour assister

(1) Archives du ministère des affaires étrangère», Suède, 1771, vol. 260.

à la conférence qu'il devait avoir avec les orateurs des États.

A trois heures et demie, le jour même, Gustave III donnait audience aux quatre sénateurs susnommés, ainsi qu'au maréchal de la Diète et aux orateurs. Puis il ouvrait l'entretien par le discours que voici :

« Trois mois se sont bientôt écoulés depuis que j'ai fait savoir aux États mon désir de voir mon sacre célébré et de déposer aux pieds du Très-Haut, en cette ancienne et auguste cérémonie, la couronne de mes ancêtres qu'il a plu à sa divine Providence de placer sur ma tête.

« J'ai attendu en silence, pendant tout ce temps, la réponse des États; mais, en présence des événements les plus inattendus, qui provoquent dans mon cœur de vives inquiétudes, je ne croirais pas remplir dignement, non seulement les devoirs d'un roi, mais même ceux d'un citoyen, dont j'ai depuis ma naissance contracté l'obligation envers ma patrie, si je considérais avec tranquillité l'état où se trouve en ce moment la chose publique.

« Dès le premier instant où, en vertu des décrets de la Providence, je me suis trouvé, par le plus douloureux et le plus imprévu des événements, élevé au trône, mon principal souci a été de rétablir l'union dans mon royaume divisé; mes démarches dans ce but sont connues de tous, et, par elles, on peut juger de la sincérité de mes intentions. C'est en vue de parvenir à ce résultat que, lors de la réception des États, je déclarais que je m'efforcerais de tout mon pouvoir à concilier les esprits et à rapprocher les cœurs. Je ne m'attendais certes pas à avoir la douleur de voir, avant la fin de la Diète, les haines des partis dégénérer en altercations entre les ordres mêmes, bien plus dangereuses que toutes autres pour la liberté et pour la patrie.

« J'ai trop d'égards pour les États, trop de respect pour les lois, pour vouloir intervenir dans leurs délibérations. Puisse une telle pensée s'éloigner à jamais de moi ! Mais, quand le péril est manifeste, quand il est aussi actuel, trop de quié-

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