CHAPITRE PREMIER
ment, les Chapeaux, ne connaissant qu'imparfaitement les idées et les tendances de Gustave III et redoutant d'instinct sa jeunesse et sa précoce valeur, sentaient leur influence singulièrement menacée et compromise ; ils ne cachaient pas leur anxiété de l'avenir ni l'infériorité dans laquelle ils allaient se trouver si quelqu'un d'autorisé et de vraiment capable ne prenait pas hardiment en main la défense de leur cause et de leurs intérêts.
Quant aux Bonnets, dès qu'ils apprirent la précipitation du Sénat à proclamer Gustave III et l'ajournement à quatre mois de la Diète, ils commencèrent à s'agiter et à protester, sans reculer devant les manœuvres les plus déloyales et les plus fâcheux excès. Sur le passage des hérauts d'armes annonçant le nouveau règne, certains d'entre eux avaient osé crier : « Non, Gustave ne sera jamais roi! » D'autres allèrent jusqu'à répandre dans les classes populaires des bruits véritablement odieux. » Le prince royal, insinuaient-ils, avait fait empoisonner son père et, s'il était parti pour l'étranger, ce n'était qu'afin d'éloigner le soupçon qu'il fût l'auteur d'un tel crime (1). » D'autres encore affirmaient que, s'ils obtenaient la majorité dans la future Diète, leur premier acle serait de déposer Gustave III et de proclamer à sa place son frère, le prince Charles. En attendant, des deux côtés, au milieu de l'inquiétude et des passions sans cesse grandissantes, Chapeaux et Bonnets se préparaient aux élections prochaines. On voit quelles difficultés et quels écueils attendaient le jeune roi à son retour dans sa patrie.
retourner chez vous. Voilà sur quoi vous avez, tous en général et chacun en particulier, à vous régler; et, après vous avoir assurés de notre protection royale, nous vous recommandons en la faveur particulière du Tout-Puissant. « Donné à Stockholm, dans la salle du Sénat, le 13 février 1771, pendant l'absence de Sa Majesté, notre très gracieux roi et seigneur.
« Signé : Ekeblad, Rudenscuold , Hierne, Walwyk, Stoc-
KENSTRuM, BlELKE, ScHEFFER , HERMANSON , BECK-
Friis, Schwerin, Posse, Barck, Sainclair, Snoilsky,
« P. G. EllRENCRONA. »
(1) Dépèche de M. Barthélémy du 15 février 1771. — Archives du ministère des affaires étrangères, Suède, 1771, vol. 259.
Le prince royal était arrivé incognito en Fiance, dans les premiers jours du mois de février, sous le nom de comte de Gothland. Il était accompagné du plus jeune de ses frères, Frédéric-Adolphe, voyageant sous le nom de comU d'Olarid, du comte Charles de Scheffer, l'un de ses anciens gouverneurs, des baron* Fhrensvœrd et Taul.c. d'un médecin ci de quelques autres personnes de sa suite.
Le but de son déplacement était, en apparence, de s'instruire en visitant différentes cours de l'Europe; en réalité, il s'agissait de combinaisons politiques. Adolphe-Frédéric, lié par le traité de subsides avec le cabinet de Versailles e1 désormais livré ù son influence et à ses conseils, avait décidé, sur les instances de Louise-Ulrique, d'envoyer auprès de Louis XV l'héritier du trône, pour délibérer avec lui touchant les affaires de Suède et pour se concerter sur les moyens possibles de modifier, dans le sens d'une plus grande autorité
à donnera la royauté, la constitution existant depuis 1720.
Le voyage du prince royal avait été préparé de longue ma.n. Le duc de Choiseul, dans les derniers temps de son ministère, le désirait ardemment. L'envoyé de Suède, comte de Greutz, écrivait déjà à Stockholm, à la date du !» février 17G9 : ■ M. de Choiseul conjure Votre Utesse Royale de faire un voyage en France pour voir le Roi. « Je vous « assure, m'a-t-,1 dit, que cela en vaut la peine II en résul- « tera les plus grands avantages pour la Suède En se voyant « on fera avec la plus grande facilité, dans un seul jour ce - qu on ne ferait pas, à distance, en un siècle. Nous travail- « lerons ensemble au bonheur et ù la gloire des deux « royaumes; nous préparerons à la Suède le destin le plus « brdlant; mais il n'y a pas de temps à perdre Si le prince « royal voulait faire le voyage absolument incognito et sans « suite, avec le sénateur de Scheffer que le roi de France « aime, ce serait le mieux. Il faudrait partir tout de suite « sans que personne ne sût rien, excepté le roi de France. .
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entrevue du prince royal avec Louis XV; mais .1 Liait en