CHAPITRE VIII
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tude serait criminelle. On n'est point animé d'un ve'ritable attachement, d'un sincère amour pour sa patrie et ses concitoyens, si l'on regarde avec indifférence des faits qui peuvent la conduire au bord de l'abîme.
(i Mû par ces sentiments, j'ai cru de mon devoir de vous mander auprès de moi, monsieur le maréchal de la Diète, et vous aussi, messieurs les trois orateurs, pour vous avouer mes inquiétudes quant à la dissidence grave qui semble régner entre les quatre ordres, lesquels réunis composent les États du royaume; scission à jamais regrettable, que je ne puis ignorer depuis qu'elle s'est révélée dans des actes officiels qui ont attiré la plus grande attention tant au dehors qu'à l'intérieur du pays.
» Si mes intentions étaient moins pures, moins vraies. moins innocentes, si mon cœur n'était rempli de l'amour le plus vif pour ma patrie, pour son bien-être, son indépendance, sa liberté, sa gloire et son bonheur, j'aurais pu, sans doute, attendre avec tranquillité les événements, et, à l'exemple d'autres rois mes prédécesseurs, saisir l'occasion de profiter des divisions aux dépens des lois et de la liberté.
« Mais j'ai contracté avec mes sujets un engagement trop solennel, lorsque je les saluai pour la première fois comme leur roi. Oui, je me suis trop uni à eux, par un lien d'autant plus sacré qu'il était libre, pour que je puisse jamais oublier le devoir que mon honneur et surtout mon cœur exigent de moi.
« Je n'ignore pas que les rois de ce pays ont été assez malheureux pour n'avoir pas toujours été regardés comme de tendres pères faits pour réunir les cœurs de leurs enfants, mais bien plutôt comme une puissance hostile avec laquelle il a fallu capituler. Quant à moi, je me sens animé d'un zèle si sincère pour ma patrie, si détaché de toute vue personnelle, de tout intérêt relatif à ma couronne, que je veux mettre mon plus grand soin à rétablir, entre le souverain et ses sujets, la confiance que le passé n'a que trop contribué à détruire.
u C'est dans ces intentions que je me suis entretenu ce matin avec le Sénat et que je vous ai mandés pour vous prier de représenter aux États, avec le plus de force possible, les suites funestes qui peuvent résulter de cette situation, tant pour eux-mêmes que pour le pays tout entier, s'ils ne font pas cesser ces tristes débats en un moment surtout où la pénurie d'argent générale rend la prolongation d'une Diète très onéreuse ; où une mauvaise récolte fait craindre la disette, la peste et des maladies épidémiques ; où tous ces fléaux ensemble, qui nous menacent, exigent de prompts remèdes, de paisibles délibérations et des résolutions viriles.
« Heureux de pouvoir y contribuer, je vous offre mon concours et ma personne, mes chers concitoyens et sujets, pour devenir un terrain de rapprochement et de concorde entre les États. Je les laisse maîtres de déterminer en quoi et de quelle manière ils voudront se servir de mes bonnes intentions. Les États peuvent avec d'autant plus de confiance se fier à moi dans ce but salutaire, que je leur ai déclaré et je leur déclare de nouveau, en présence de leurs orateurs, que, satisfait des droits qu'ils voudront me confier, je ne demande rien pour moi. Je suis le seul, dans ce royaume, qui, né enfant de l'État, n'ait pas plus d'affinité avec un ordre qu'avec les autres, qui les chérisse tous également, et qui, étroitement attaché aux vrais intérêts de la nation, puisse se dire l'unique personne impartiale dans l'affaire si délicate qui nous occupe.
«Je remets toutes ces considérations entre les mains des États, à qui je prie monsieur le maréchal de la Diète et les autres orateurs de rendre compte de mes déclarations (1). »
Nous avons tenu à reproduire en entier cette nouvelle harangue, parce que, suivant nous, la forme n'en est pas moins intéressante à remarquer que le fond. Ce n'est certes pas en Suède que le roi eût pu dire : « l'État c'est moi ! » La
(1) Archives du ministère des affaires étrangères, Suède, 1771, vol. 260.