CHAPITRE VIII
message royal. Enfin de compte, la proposition des Chapeaux est repoussée. Bien plus, le discours du roi, prononcé le 18 novembre, dans la séance du Sénat, ayant été imprimé, le Comité secret fit ordonner des poursuites contre l'éditeur.
L'échec était grave pour le roi. Si, jusque-là, celui-ci pouvait croire et dire de bonne foi " que l'agitation régnant en Suède était uniquement relative aux factions déchirant ce malheureux royaume et ne semblait pas dirigée contre sa personne et son gouvernement » , le dédaigneux silence gardé sur sa communication par les orateurs des trois ordres inférieurs, non moins que la violence des débats qui venaient d'avoir lieu dans la réunion de la noblesse pour aboutir au rejet de la motion des Chapeaux, devaient lui enlever toute illusion. Aussi l'ambassadeur de France, l'ayant vu le surlendemain, le trouva-t-il « souverainement piqué « , mécontent à la fois de ceux qui l'avaient, par leurs encouragements, engagé dans cette impasse, et de ses partisans, qui à l'occasion le secondaient et défendaient si mal dans l'ordre de la noblesse.
Le roi de Suède avait peut-être tort de se décharger sur son entourage de la responsabilité de ce qui venait d'arriver. Sans doute, à quelques intimes il communiquait, le cas échéant, ses idées et ses projets ; assez rarement, au contraire, il suivait leurs sentiments et leurs avis. Doué d'une incontestable supériorité d intelligence, mais en même temps dénué de toute expérience gouvernementale et, par surcroît, d'une tendance d'esprit essentiellement mobile, il ne calculait pas toujours suffisamment les conséquences de ses résolutions et la portée de ses actes, et, « se laissant aller à des conseils plus séduisants que solides, il retardait plutôt qu'il ne favorisait la marche de sa destinée « .
C'est à la traverse de ces incidents et de ces froissements que parvint tout à coup à Stockholm la dépêche du duc d'Aiguillon annonçant la cessation prochaine des subsides. Il est facile de concevoir l'émoi que, de toutes parts, elle causa. Comment l'ambassadeur allait-il faire, privé de cette « sorte
IGG
de contre-poison, qu'il essaye, dit-il, d'opposer partout où il est nécessaire » , et qu'il n'administre qu'avec répugnance, contraint et forcé par l'avidité invétérée et insatiable dont les politiciens suédois d'alors n'avaient aucune honte?
« Je ne me dissimule pas, explique-t-il dans un accès de contrariété, combien il est dangereux de traiter avec des fripons. C'est malheureusement l'espèce la plus commune ici; mais, si je ne donne rien au hasard, je pourrai bien être dans le cas de regretter les occasions que j'aurai négligées par trop de circonspection, et un repentir tardif ne rétablira pas les affaires que j'aurai laissé perdre. »
Il allait désormais se trouver dans l'embarrassante nécessité de ne plus rien donner; quelle suite allait en résulter? A quel parti se résoudraient, une fois les vivres coupés, ceux dont les mains étaient liahituées à se tendre et à recevoir?
Mais, comme il ne lui appartient pas de discuter la volonté du maître, il s'incline avec résignation et déférence. Il ne cache pas, toutefois, à son chef hiérarchique ses regrets et les difficultés qui vont naître de la privation de fonds que tant de gens, autour de lui, ont contracté l'habitude de toucher de ses mains.
« ... Je ne réclame pas, Monsieur le duc, déclarc-t-il, contre la suppression des secours pécuniaires que vous m'annoncez; mais je dois à la vérité de vous faire l'exposé de toule la conduite du roi de Suède, et je ne crois pas qu'il y ait un seul trait qui ne doive fortifier les sentiments d'estime, d'admiration et de respect que vous avez pour ce prince et que je partage bien sincèrement avec vous.
« Il est rare, dans un âge où les passions agissent si puissamment sur le cœur et sur l'esprit, de voir un jeune monarque, lequel, né avec la plus grande élévation d'âme et l'amour le plus passionné de la gloire, est assez maître de lui cependant pour souffrir patiemment les dégoûts, les inconséquences, je dirais presque les affronts d'une multitude fanatique.
« Je ne disconviendrai pas que la cessation des libéralités