CHAPITRE IX
1er vrai, et qui ne se prêtent pas à l'illusion et à la chimère » ; car » on ne peut pas se persuader que le caractère ne se refait pas et qu'un malhonnête homme cesse difficilement de l'être » .
« Je ne me suis pas borné là, poursuit-il; j'ai voulu insinuer que, malgré la faiblesse du parti (des Bonnets) et son peu d'ensemble, la réformation légale paraissait impossible ; que je ne croyais pas la révolution plus facile, mais qu'en la jugeant praticable, j'étais persuadé que le cœur de Sa Majesté Suédoise s'y refuserait, si elle faisait attention aux moyens extrêmes dont il faudrait se servir pour la faire et pour la soutenir; qu'on serait obligé de n'être pas méchant à demi.
« Un signe expressif de la tête et de la bouche m'a fait comprendre que ces suites n'effrayeraient pas; et, tout de suite, le prince s'est replié sur la révolution qui vient de s'accomplir en Danemark, dont il paraissait vouloir tirer une induction en faveur de ce qu'on pourrait entreprendre ici.
« Suivant lui, les Suédois ne sont pas plus courageux que les Danois, et leur résistance ne serait pas plus insurmontable. Mais on avait à Copenhague deux régiments dont on disposait, et peut-être ne doit-on pas compter ici sur une seule compagnie. D'ailleurs, quelle différence! Il ne s'agissait pas de la liberté danoise, qui n'existe point, ni d'un changement dans la forme du gouvernement.
« Le roi de Suède, sentant qu'il s'était trop ouvert, est revenu à me dire qu'il ne pense point, pour le présent, à une
des dégoûts ijue peut-être il aurait évités si on ne l'eût pns soupçonné de prêter l'oreille a des projets que lui suggéraient quelques-uns de ses entours et qui ont paru le flatter.
« L'extrait des dernières dépêches de M. de Vergennea, que j'ai eu l'honneur, Sire, d'adresser ci-jointes à Votre Majesté, contient le détail du dernier échec r|u'a essuyé ce monarque; l'arrogance avec laquelle ont été reçues ses propositions est d'un bien mauvais augure. Il neseinhle pas que votre ambassadeur ait encore acquis, dans ce pays, la confiance qui aurait pu lui faire jouer le rôle de médiateur. Il est donc fort à craindre qu'on n'ait à regretter les dépenses considérables qu'il a été autorisé à y faire et que notre considération en Suède n'éprouve la même décadence que l'autorité royale. (Archives du ministère des affaires étrangères. Correspondance secrète, vol. 540.)
182 LE COMTE DE VERGE j\ iN ES.
révolution ; que les États n'ont encore rien fait qui lui en donne un motif légitime; mais que, s'il leur arrivait de lui manquer, il ne répondrait pas de ce qu'il pourrait faire.
« J'ai pris occasion de son désaveu pour l'inviter à contribuer, en ce qui dépend de lui, à faire finir la Diète. Sa réponse a été qu'il ne voyait rien qui lui en fît une nécessité; qu'il fallait laisser les ordres se débattre entre eux sur la question de l'acte d'assurance, et que, si les ordres inférieurs devaient céder sur ce point, une fois battus, ils le seraient pour toujours.
" Je n'ai pas voulu porter plus loin mes représentations et mes réflexions, pour ne pas me rendre importun et faire soupçonner plus de curiosité que de zèle. »
Et cette importante dépêche se termine ainsi :
« Je présume assez de la sagesse de Sa Majesté Suédoise pour croire que, si elle ne sait pas se défendre tout à fait de l'illusion, elle s'y livre cependant avec assez de réserve pour ne pas préparer un éclat dangereux et qui trancherait sans retour le fil des belles espérances qu'elle peut fonder pour la suite de son règne sur ses qualités véritablement admirables. Je n'appréhende qu'un goût trop marqué pour le romanesque. On tient de son origine, et je suis fort trompé si ce prince ne participe beaucoup de celui de la reine sa mère (1). <>
On ne fait pas, sur tous les points, plus fausse route. Tout d'abord, on a peine à comprendre comment l'ambassadeur, même ignorant la correspondance secrète du duc d'Aiguillon avec le roi de Suède, a pu sortir du cabinet de ce dernier rassuré sur ses intentions. N'avait-il donc pas réfléchi que, dès lors qu'un souverain jeune, brave, àl'àme chevaleresque, médite sur l'opportunité d'un coup de force, l'entreprise est déjà à moitié faite"? On peut dire, en pareil cas : Dimidium incœpti, qui modo cœ/rit, habet. Le prince qui a commencé à combiner dans son esprit les moyens de renverser l'ordre
(1) Archives du ministère des affaires étrangères, Suède, 1772, vol. 261.