CHAPITRE IX
sur l'avenir, n les projets de Gustave III n'ayant rien d'excessif « . Sans doute, le prince lui a confié « qu'il avait été question de lui déférer pour sa vie la souveraineté ou le pouvoir absolu » , mais il avait rejeté cette proposition, « parce que ce serait s'exposer aux attentats des fanatiques » , et un dessein plus raisonnable, sinon plus facile à faire aboutir, paraissait avoir été adopté.
•< Stockholm, 3 février 1772.
u La réserve que le roi de Suède m'avait montrée dans la conversation dont j'ai eu l'honneur de vous rendre compte, n'a pas été de longue durée. Soit que ce prince, rendant justice à mon zèle, ait compris, ainsi qu'il a cherché à me le faire entendre, que les lumières et les conseils d'un homme qui n'a et ne peut avoir d'autre intérêt que le sien, ne peuvent lui être ni suspects ni indifférents ; soit qu'il ait senti, ce qui est très vraisemblable, que ma coopération pouvait devenir nécessaire au succès de ses vues, je reçus hier matin un message de sa part, qui m'invitait à une entrevue secrète dans l'après-midi.
« J'ai lieu d'être content de la confiance que Sa Majesté Suédoise m'a marquée. Je lui dois même la justice que les vues qu'elle m'a confiées n'excèdent pas les bornes de la sagesse et de la modération ; mais je ne puis pas encore dire si l'effet en est bien possible. Voici de quoi il s'agit. »
Et l'ambassadeur résume ainsi le plan que le roi lui a exposé :
« Ceux qui sont à la tête des zélateurs de la noblesse se flattent de pouvoir attirer les membres de l'ordre du clergé de leur côté, en leur offrant la perspective de l'acquisition de la noblesse pour leurs enfants et en leur restituant certains avantages pécuniaires que la noblesse refusait aux prêtres de la campagne, et que, mécontente de la conduite que cet ordre tint à la Diète de 1766, elle lui retrancha, sans les avoir rétablis depuis.
» L'ordre du clergé réconcilié avec la noblesse, la Diète
tomberait nécessairement dans l'inactivité, puisque deux ordres contre deux ordres ne peuvent rien. Pour lors, on susciterait les paysans, qui.attaqueraient le clergé sur l'article précieux des dîmes ; cette motion provoquerait nécessairement une confusion dont on profiterait pour séparer la Diète. On ferait jurer au roi le maintien de la forme de gouvernement telle qu'elle a été établie en 1720; on lui remettrait toute l'autorité en main, sans autre contrepoids que l'obligation de déférer à l'avis du Sénat, dans le cas seulement où il serait unanime. Enfin, on laisserait un intervalle de douze ans entre la présente assemblée des États et la prochaine. »
C'était une révolution mitigée ayant pour résultat de conférer au roi pendant douze ans une sorte de dictature. Cette ingénieuse conception ne procédait-elle pas du rêve? Étaitelle pratiquement, d'ailleurs, réalisable? M. de Vergennes ne le croit pas. «J'avoue, conclut-il, que cette marche me paraît trop compliquée pour amener un dénouement facile et heureux (1). »
En tout cas, on voulait autre chose à Versailles ; et la correspondance secrète continuait. Le duc d'Aiguillon, toujours par « l'ordre exprès » de Louis XV, avait tenté un second effort auprès du roi de Suède. Il lui avait écrit derechef personnellement :
« Sire,
« 12 janvier 1772.
« Les nouvelles assurances que Votre Majesté daigne me donner de son estime et de sa bonté ne peuvent augmenter les sentiments que m'ont inspirés pour elle les qualités admirables de son cœur et de son esprit. Quelque prix que j'y attache, je sais qu'elle n'aime ni les louanges ni les remerciements les plus justes et les mieux fondés; mais je me flatte qu'elle ne désapprouvera pas les expressions bien sincères de l'hommage que je ne cesse de rendre à ses vertus et à ses
(1) Archives du ministère des affaires étrangères, Suède, 1772, vol. 261.