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ne pendons personne, et laissons chacun comme il est.
— Et vous parlez ce soir, monsieur le chevalier? demanda le ministre avec un sourire d'intelligence.
— Tout k l'instant, monseigneur, et vous aurez bientôt de mes nouvelles, par la mordieu !
Louis XIV était resté seul avec madame deMaintenon, après avoir congédié Louvois, le chancelier 3Iichel Le Tellier et le père La Chaise.
Ce dernier, que l'objet mis en délibéra-
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tioii dans le Conseil avait troublé et attrisliî, faisait une ]oug"ue séance, pour se distraire et pour oublier, daus le Cabinet des curiosités et médailles du roi.
Le bon vieillard s'adonnait avec passion à la numismatique, et il eût, depuis longtemps abdiqué les pénibles et délicates fonctions de confesseur du roi, afin de se livrer entièrement a ses goûts de savant, s'il n'avait pas cru pouvoir rendre encore quelques services à la Compagnie de Jésus et à la religion catholique.
Il travaillait de toutes ses forces à la révocation de redit de Nantes. C'était là sa faiblesse : il détestait les huguenots autant qu'il aimait les médailles.
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Il s'était donc installé devant une armoire ou cabinet d'ébène sculpté, qui contenait les moj^ens-bronzes des impératrices romaines, et il les examinait un a un a la loupe, en échangeant de savantes observations avec xM. de Rainssant, garde des médailles du roi.
Pendant qu'il était absorbé dans une délicieuse contemplation, en approchant de ses yeux affaiblis la fameuse pièce unique de Tiliana, femme dePertinax, l'abbé Cornouailleentra,conduilparun des clercs de la Chapelle, qui se retira humblement quand il eut averti le père La Chaise.
L'abbé Cornouaille avait le visage altéré, Fair abattu, la contenance indécise,
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la démarche timide; il paraissait en proie a une inquiétude dévorante.
Il ne conservait rien de cette mansuétude et de ce calme extérieurs, qui témoignaient naguère encore de la pieuse et paisible uniformité de sa vie ecclésiastique.
Ce ne fut pas sans uu léger mouvement d'impatience que le vieux jésuite se vit arracher a l'étude de cette curieuse médaille qu'il tenait encore a la main, tandis que M. de Rainssant tendait la sienne pour réintégrer Titiana dans le tiroir, tant il est vrai que les numismates, tout confesseurs du roi qu'ils puissent être, sont gens à convoiter une médaille rare.
— Si c'était un autre que vous, mon-
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sieur l'abbé, dit avec aménité le père La Chaise au vicaire de Saint-Euslache je oe lui pardonnerais pas de me distraire dans un pareil moment.
— Mon révérend père, il s'agit de sauver la vie a deux chrétiens, répondit l'abbé dont la voix triste et mélodieuse allait à l'âme: je n'eusse point hésité a venir même vous interrompre au milieu de votre messe.
— La chose est moins sérieuse, reprit le jésuite en souriant: je donnais audience à un impératrice romaine.
— Tiliana Flavia, une fort belle médaille! ajoutaM.de Rainssant, la main
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toujours tendue pour la reprendre; c'est M. Vaillant qui l'a rapportée d'Italie: elle est à fleur de coin, et l'on n'en connaît pas d'autre...
— Les médai'ies ne sont pas votre fait, dit le père La Chaise, qui semblait avoir peine à se dessaisir de cette médaille qu'il lorgnait d'un œiî d'envie. Celle-ci, je l'avoue, m'a déjà fait commettre plus d'une fois le péché de convoitise, et j'aime à la voir, à la toucher, a l'admirer...
— Mon révérend père, ce n'est pas sans raison que j'ai compté sur l'estime que vous vouliez bien m'accorder? interrompit l'abbé Cornouaille.
~ J'ai appris avec un profond étonne-
ment la disgrâce dont vous avez été victime, mon cher abbé, et je me propose d'en parler au roi en particulier. J'en parlerai aussi a madame de Mainlenon, et j'espère bien réussir à vous faire rendre votre pénitent... Hélas! il serait bien a souhaiter que vous fussiez encore en ce moment auprès du pauvre M. de Vermandois, qui est là-bas sans guide, sans conseil et sans confesseur!
— Certainement, mon révérend père, je regrette qu'on m'ait si cruellement ôté la direction de la conscience d'un prince, que ses grandes qualités m'avaient déjà fait apprécier a sa valeur; je le regrette surtout a cause de la mission de confiance que j'avais h remplir, au nom de sa sainte et vénérable mère...
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— Monsieur de Rainssanî? dit le père La Chaise a ce savant, qui attendait toujours, la main tendue, la restitution de sa médaille : ce n'est point ici une afïaire de numismatique, et vous pourriez, s'il vous plaît, nous laisser seuls quelques instants...
— Je comprends que je suis de trop ici, mon révérend père, répondit M. de Rainssant, mais je voudrais d'abord remettre a sa place cette impératrice, de peur qu'elle ne s'égare... Vous ignorez peut-être qu'un seigneur suédois avait formé le dessein de nous l'enlever?
— Cet enlèvement eût été plus fâcheux que celui d'Hélène! répliqua gaîment le
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vieillard qui donnait un dernier rei^ard k Tiîiana Flavia. Ali ! mon cher monsieur deUaiiissantjVeillez bien sur elle, et mettez-la du moins a l'abri des entreprises de ce seigneur suédois... Comment se fait-il, ajouta le père La Chaise en se tournant vers l'abbé Cornouaille, qu'un aussi habile homme que vous ne se môle pas de numismatique?
— Je suis venu, mon révérend père, reprit vivement l'abbé, pour que vous me fissiez voir le roi !
— Ce n'est pas un bon moyen d'obtenir ce que vous demandez ? reprit le confesseur du roi, qui se leva, emportant la médaille dans sa main et entraînant Tabbé
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vers une fenêtre devant laquelle il se mit a regarder encore machinalement Titiana Flavia. Vous avez tort de ne pas me laisser faire : je plaideçais bien mieux votre cause seul à seul avec Sa Majesté.
— Il n'est plus question de me faire réintégrer comme directeur de conscience auprès de Son Altesse royale ; j'ai écrit a madame la duchesse de La Vallière que je résignais les fonctions qu'elle m'avait prié d'accepter, presque malgré moi, et je suis retourné k ma paroisse de Saint-Eustache.
— Mon révérend père! dit M. de Rainssant, qui avait suivi par derrière le confesseur du roi et qui le tirait doucement par la manche.
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— De grâce monsieur de Rainssant, ne nous troublez pas ! s'écria le père La Chaise: j'aurai fini dans un moment, et je serai tout à vous.
— Mais, mon révérend père, vous avez par mégarde conservé la médaille, et j'ai grandement a cœur de la remettre
sous clé.
— Bon! est-ce que votre seigneur suédois rôderait encore par ici ? Mais n'ayez pas de souci, je ferai bonne garde. Allez, en attendant, vérifier si vous avez dans Yos tiroirs un moyen-bronze de Pupienus au revers de Fides augusta.
— C'est un faux coin du quinzième
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siècle! s'écria le numismatisle qui prenait feu. La médaille n'a jamais existé et je le prouverai dans un mémoire...
— ^Monsieur de Rainssant, de grâce!
éloignez-vous un peu ! Nous avons a traiter d'une affaire trop sérieuse, pour nous occuper de cela.
— Je me fie a vous comme à moi-même ! dit le garde des médailles du roi, en se retirant a distance et surveillant de loin sa médaille. Mais, en vérité, si Tiliana Flavia se perdait, je serais un homme déshonoré et n'aurais plus qu'a me pendre !
— Je vous conjure, mon révérend père, reprit l'abbé Cornouaille, qui avait saisi les deux bras du vieillard pour fixer son
attention, je ^ous conjure de faire que je voie le roi aujourd'hui même, tout a l'heure, en votre présence, s'il se peut!
— Eh ! mon ami, ce que vous réclamez de moi ne dépend ^uère de ma volonté.Je n'ai le pouvoir d'introduire personne chez le roi sans l'autorisation expresse de Sa Majesté ; d'ailleurs, le roi est encore chez snadame de Maintenon.
— Vous m'avez promis, il y a longtemps, lorsque je n'étais pas encore dans les ordres, de me prêter vos j>ons offices en toute occasion...
— Vraiment! je m'en souviens, monsieur l'abbé: vous m'aviez offert une fort belle médaille en argent d'Eugenius,
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lyran dans les Gaules au quatrième siècle ! Je doute fort qu'elle soit dans le Gabinetdu roi, etM. Garcavi m'a dit qu'elle était unique.
— Ah ! mon révérend père ayez pitié de deux pauvres hommes qui ont été condamnée dans les troubles des protestants du Dauphiné, et qui seront exécutés à mort, si le roi ne casse la sentence !
— J'espère bien que vous ne comptez pas sur moi pour que j'intervienne en faveur de quelque hérétique ! répliqua le père La Chaise avec inquiétude. Écoulezmoi, mon ami : il ne faut pas qu'un prêtre catholique, si recommandable qu'il puisse être, se compromette par des imprudences
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qui fassent soupçonner sa religion. Aussi, a-t-on rapporté au roi que vous étiez fort tolérant a l'égard des huguenots ; on a même prétendu que vous auriez des reproches a vous faire au sujet de la conduite religieuse de M. de Vermandois. .. Je n'en sais rien, et je ne veux pas croire que vous êtes autre que ce que vous devez être, mais l'hérésie est si abominable, que c'est un devoir de craindre et de fuir jusqu'à son ot^bre qui n'est que deuil, amertume *et damnation !
Le père La Chaise avait fulminé cet anathème contre l'hérésie avec tant de véhémence et de conviction, qu'il oublia la précieuse médaille dont il ne voulait pas se dessaisir, et qu'il la jeta sur le pavé de
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marbre comme une chose inutile et sans valeur.
M. de Rainssant se précipita pour la ramasser, avant que le confesseur du roi se fût aperçu de sa distraction, c|ui lui causa autant de honte que de regret.
— Ah! quel malheur! dit le garde des médailles, en examinant celle que le père La Chaise avait traitée avec tant d'irrévérence ; l'impératrice Titianaen portera les marques!... mais non. Dieu soit loué! il j a moins de mal que je ne pensais... Nous sommes toujours h fleur de coin.
— Mon révérend père, reprit l'abbé Cornouaille en insistant avec une noble et douce énergie, je plains les hérétiques et
fais des vœux pour qu'ils soient éclairés d'un rayon de la grâce; mais si je voyais un hérélique en péril de mort, je me sacrifierais, sans hésiter pour lui sauver la vie, car Dieu nous commande d'aimer notre prochain comme nous-même, et il n'a pas mis les hérétiques en dehors du prochain, ce me semble. Cela dit, je vous adjure de me faire parler au roi, afin que je lui demande la grâce de mes deux protestants.
— Ce sera une démarche vaine et peutêtre dangereuse, monsieur l'abbé, répliqua tristement le père La Chaise. Le roi s'est imposé la loi d'être inexorable envers les protestants, et ce n'est pas moi qui vous servirai à changer ses dispositions, que j'approuve comme agréables a Dieu.
— Encore un coup, mon révérend père, je n'ai garde de me faire l'avocat et le défenseur de l'hérésie, que je blâme et condamne, ainsi que vous le faites ; mais je m'adresse k la clémence du roi pour faire commuer la pei ne de mort en celle de bannissement.
— Oh î pourvu que vos protestants consentent a s'en aller hors de France, je vous y aiderai de tout mon cœur! venez donc! ,
Le père La Chaise quitta le Cabinet des curiosités et des médailles, non sans donner un coup d'oeil à Tiliana, que M. de Rainssant lui présentait joyeusement, comme une victime arrachée du naufrage.
Il alla, suivi de l'abbé Gornouaille, se placer sur le passage du roi, dans un salon que Louis XIV était obligé de traverser pour rentrer dans ses appartements, en sortant de ceux, de madame de Maintenon.
— Monsieur rabbé,dit le confesseur du roi qui était devenu sérieux et pensif, je vous invite, dans l'intérêt de votre requête, que j'appuierai de mon mieux, à demander seulement que \os deux hérétiques soient exilés du royaume et n'y puissent jamais revenir...
— Le bannissement perpétuel est une dure nécessité ! murmura l'abbé Cornouaille en soupirant. L'un d'eux est on
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brave genlilhomme qui a des biens en Daupliiné et qui ne s'éloignera pas sans désespoir de la patrie de ses ancêtres.
— Il ferait donc mieux d'abjurer et de se convertir à la véritable religion. Là, monsieur l'abbé , travaillons ensemble à cette conversion...
— Excusez-moi, mon révérend père: je ne sais pas ce que c'est que de violenter les consciences. Je ne vous ai pas dit que le second de ces protestants est mon propre frère aîné ?
— Votre frère, bon Dieu ! s'écria le confesseur du roi en se signant; vous êtes prêtre, vicaire d'une paroisse de Paris, et vous avez un frère protestant!
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— Et qui plus est, ministre de la religion prétendue réformée, un digne et saint homme, le pasteur Jérémie.
— C'est lui qui avait découvert ma belle médaille d'Eugenius dans les bois de Saou? Oui, je me rappelle qu'il vous avait écrit, en vous envoyant la médaille; mais vous ne me dîtes point alors que c'était votre frère. N'a-t-il pas depuis trouvé d'autres médailles du tyran Eugenius? Car ordinairement, on rencontre au même endroit plusieurs médailles semblables.
— Depuis quelques années, il a souffert hélas ! trop de persécutions, pour songer aux médailles antiques ! ... Le gentilhomme dont je sollicite la grâce, s'appelle le comte
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deChantemerîe... Le roi n'a pas de sujet plus fidèle et plus dévoué !
~ Il s'est bien fait connaîlre dans la rébellion des protestants du Dauphiné!...
mais sa fille, qui lUait enfermée au couvent de l'Ave-Maria et qui en fut enlevée, diton, par un valet de chambre de M. de Vermandois, nommé MouQe...
— M. Moufle aurait enlevé mademoiselle de Chantemerle! s'écria l'abbé Cornouaille, en restant pétrifié de surprise.
— On l'assure, du moins, et [l'on dit que ce valet de chambre donnait les plusmaumais conseils a son maître ; c'est pourquoi on l'a destitué de son olïice. . . Mais, puisque vous faites celte démarche en faveur de
M. de Chantemerle, vous devez savoir ce que sa fille est devenue? Ce serait vous remettre dans les bonnes grâces du roi que de réintégrer à l'Ave-Maria mademoiselle de Chantemerle, pour qu'elle y soit convertie a la fois catholique et pour qu'elle expie ses fautes ensuite dans un couvent.
— Il y a beaucoup d'exagération, sinon de fausseté dans tout ce qui s'est dit de mademoiselle de Chantemerle, répondit avec un profond soupir l'abbé qui se rappelait la confession du comte de Vermandois. La vérité est que quelqu'un l'a mise en lieu sûr au sortir de l'Ave-Maria ; mais j'ai pleine assurance que personne n'a porté atteinte a la vertu de celte pauvre fille...
— Voici le roi! dit le père La Chaise, qui avait entendu les portes s'ouvrir.
— 11 se leva pour aller a la rencontre durci.
L'abbé Cornouaille le suivit, en le conjurant a demi- voix de hâter sa marche lente et pénible.
Le roi était distrait etpréoccupé.
Il aurait passé outre sans voir son confesseur, si celui-ci ne se fut placé devant lui de manière a lui barrer le passage.
Le roi recula d'un pas en arrière, au moment de se heurter à cet obstacle vivant, et ce fut seulement alors qu'il recon-
nut le père La Chaise, qui lui présenta sur-le-champ l'abbé Cornouaille.
— Sire, lui dit le vieux jésuite avec bonhomie, je demande à Votre Majesté la permission de l'arrêter un instant pour lui recommander une personne que j'estime fort, et à laquelle je serais bien aise de faire plaisir...
— Je sais qui c'est ! répondit sèchement Louis XIV, dont le regard sévère et dédaigneux lit pâlir Tabbé. Mon révérend père, ajouta-t-il en s'adressant au père La Chaise, je ne souhaite rien tant que de vous être agréable, et je reconnais que vous ne m'en offrez guère l'occasion; mais, ici, vous n'ignorez pas que je ne puis
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rien et que M. l'abbé Cornonaille a été remercié pour des causes graves... Madame la marquise de Maintenon vous édifiera là-dessus amplement.
— Sire, je n'ai pas l'intention, dit humblement l'abbé, de réclamer à ce sujet auprès de Votre Majesté.
— Et vous ferez bien, interrompit durement le roi, car si l'on vous demandait compte de la négligence, pour ne pas dire plus, que vous avez montrée dans l'accomplissement de vos devoirs... Que penserait de vous, par exemple, madame la duchesse de La Vallière, si elle apprenait que durant tout un mois , son fils ne s'est pas même confessé?
— Il est vrai que je n'ai enteodu, en confession, Son Altesse, qu'une seule fois...
— C'est peu pour un si grand pécheur, mais cependant, puisqu'il s'est confessé, j'en augure qu'il n'est point encore hérétique...
— Hérétique, Sire! M. le comte de Ver» mandois hérétique! Une telle calomnie se réfute d'elle-même.
— Ainsi vous m'assurez que M. de Vermandois ne sera point damné s'il vient a mourir a l'armée.
— Sire, il ne m*est pas donné de lire dans les arrêts delà Providence; mais je
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puis VOUS certifier, comme je l'ai mandé à sa vénérable mère, que M. de Vermandois est un noble prince, plein de belles qualités, bon, généreux, humain, loyal, magnanime...
— Assez, monsieur ! dit le roi avec dépit et impatience. M. de Vermandois est un détestable personnalise, qui ne vaudr^ jamais rien de bon et qui recevra tôt ou tard son châtiment.
— Ah ! Sire ! s'écria l'abbé Cornouaille avec émotion, oubliant l'objet principal de sa démarche, pour prendre hautement la défense du jeune prince calomnié. Votre Majesté est indignement trompée ; Votre Majesté commet, à son insu, la plus cou-
pable de toutes les injustices, celle qu'un père peut exercer envers son enfant, celle qu'un grand roi fait tomber sur le plus digne de ses sujets !
— Vous êtes bien osé de me parler de la sorte! répliqua Louis XIV avec une colère qui grandissait à chaque instant. Je devrais, pour vous payer de vos conseils, de vos reproches, vous envoyer pourrir dans quelque forteresse!... Malheureux! savezvous ce que c'est que le roi? savez-vous que je n'aurais qu'un si^ne a faire pour vous réduire en poussière ?
— Je vous conjure d'excuser cet imprudent! dit le père La Chaise, qui s'épouvanta de la tempête que l'abbé Gornouaille
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avait soulevée contre lui. Le pauvre abbé n'avait pas l'intention de vous offenser, Sire!...
— Eh! qui donc, reprit en tremblant le vicaire de Saint-Eustache, qui donc prendra fait et cause pour ce déplorable prince qu'on condamne sans raison, si ce n'est la personne qu'on avait chargée de diriger sa conscience et de veiller sur sa conduite? Sire! Sire! quand s'élève vers vous une voix suppliante, je suis l'écho d'une pieuse mère qui m'avait confié son ûls...
— Pvestons-en Ta, monsieur! dit le roi, qui se radoucit tout a coup. Le révérend
père La Chaise aurait pu vous éclairer sur
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