‹ Le comte de Vermandois (volume 2)Chapitre 7 sur 9 · DE VFJ\MA.\J)0IS · texte numérisé non relu

DE VFJ\MA.\J)0IS

étrange sur mademoiselle de Cbantemerle, si vous voulez n'être pas séparée de ce que vous aimez le plus au rnoode, gardezvous bien de me démentir ni de me résister ; quoi que je dise, quoi que je fasse pour vous tirer du mauvais pas où vous êtes, considérez -moi , en toute confiance, comme un protecteur envoyé par votre meilleur ami !

Mademoiselle de Chantemerle avait tout entendu.

Elle indiqua, par un mouvement de tête et par un rep^ard significatif, qu'elle se conformerait a ces instructions qui, dans sa pensée, ne pouvaient lui venir que du comte de t^ermandois.

Du reste, sa raison élait aussi troublée, aussi ténébreuse qu'auparavant, et l'abbé Cornouaille ne s'apercevait pas encore de cet égarement moral qu'il attribuait à la maladie physique.

Mademoiselle de Balbien rentra.

Elle s'attendait a trouver une morte; elle fut bien surprise de voir que cette morte la regardait avec des yeux animés et menaçants.

— Mon Dieu ! dit- ie bas à l'oreille de l'abbé, vous l'avez donc rcssuscitée avec votrO prière ! ... On j urerait que cette femme est possédée du diable !

~- Chut ! répondit le prêtre à voix basse,

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elle revient a elle, et je la crois assez remise pour qu'on puisse la Iransporler hors d'ici.

— Certes ! je voudrais qu'elle fût déjà bien loin!... Assurément, cette femme est une démoniaque!... Ne l'avez-vous pas confessée ?

-- La confesser! la chose n'est pas possible maintenant; il faut d'abord qu'elle soit conduite dans un lieu tranquille...

— A l'hôpital, et le plus vite qu'il se pourra, car madame la marquise s'effraie et se tourmente d'avoir dans son appartement une femme inconnue, qui n'est pas une voleuse , comme on l'avait d'abord pensé, mais qui est peut-être possédée...

— Madame, voici M. le curé de Saint- Louis! dit un vieux domestique qui entra tout essoufflé; iî a laissé, a la porte de la grande cour, son diacre, son bedeau et ses clercs, avec le crucifix et le Saint- Sacrement, car le concierge les empêche d'entrer, d'autant que le roi a donné des ordres pour que personne ne meure à Versailles, quand il y est...

— Madame, interrompit l'abbé [ Cornouaille avec perplexité, je vous supplie de faire répondre à M. le curé que nous n'avons plus besoin de son ministère ici.

— Sans doute, interrompit mademoiselle de Balbien, tout ce remue-ménage trouble et gêne madame la marquise : elle

se désolait a l'idée que cette femrae irait de vie k trépas dans]soa appartement!... Le concierge, d'ailleurs, a raison : le roi veut qu'on fasse sortir du château les gens qui sont en péril de mort. On va, tout a l'heure, mener cette femme k l'hôpital; c'est la que M. le curé pourra lui administrer les derniers sacrements, si toutefois elle est chrétienne et catholique... Allez donc, Bastien, congédier M. le curé, et remerciez-le de notre part.

Mademoiselle de Balbien s'approcha de Louise.

Celle-ci était toujours immobile et muette, mais ses yeux seuls continuaient a vivre : ils se fixèrent avec une exprès-

sion de menace sinistre sur la vieille servante de madame de Maintenon, qui recula devant ce regard inflexible.

— Elle est possédée, je vous assure, dit mademoiselle de Balbien, et je serai très aise quand nous en serons délivrés. Il y a en bas une chaise et des porteurs pour la conduire à l'hôpital... Vous l'accompagnerez, n'est-ce pas? et demain vous nous donnerez de ses nouvelles... Madame la marquise tient particulièrement à savoir qui elle est et pourquoi elle s'était cachée dans notre appartement ..

— Elle s'était cachée, dites-vous, dans l'appartement de madame de Maintenon ?

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répliqua l'abbé, qui s'était remis en prières près de Louise.

— Oui, monsieur ; mais elle n'avait pas d'armes sur elle, lorsqu'on la trouvée évanouie, dans le grand cabinet, derrière la chambre de madame la marquise. On n*a pu découvrir comment elle y était entrée; on n'a pas su, non plus, d'où elle vient, car personne au château ne la connaît... N'avez-vous pas ouï dire que le démon prenait parfois la figure d'une femme, pour mieux faire ses malices?

— Madame ! interrompit l'abbé , qui avait ruminé un plan de retraite, vous dites que les porteurs et la chaise sont en

basj qui attendent

— On est venu m'en informer... Ca»

quand donc nous délivrez-vous de cette étrangère? Je tremble que madame la marquise ne vienne et ne la voie !

— Sait-on qui elle est? cria par la porte entre-bâillée une voix grêle etrauque, accompagnée d'une quinte de toux.

— Vous pouvez dire a madame la marquise, répliqua en grognant mademoiselle de Balbien, que c'est une possédée qui a besoin d'être exorcisée!

La porte se referma sur-le-champ avec fracas, et mademoiselle de Balbien se prit à rire de la peur qu'elle avait causée a la marquise de Monchevreuil.

Elle n'était pas moins superstîlieuse que celle-ci, mais elle était plus courageuse et plus hardie.

Elle revint donc a la charge auprès de mademoiselle de Chantemerle, qu'elle secoua rudement par le bras, en l'interrogeant.

— Si j'étais la maîtresse, lui dit-elle durement, je viendrais bien a bout de votre opiniâtreté, en vous faisant mettre à la question !

— Mettre à la question une femme malade et presque moribonde! s'écria le prêtre indigné.

' —.Ce serait le moyen le plus sûr de la

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Taire parler, eût-elle le diable au corps !.,. Madame la marquise eût agi avec plus de prudence, en faisant avertir le roi... Ça, peut-on deviner quels étaient les desseins de cette coureuse , qui s'est introduite dans le château, et jusque dans notre appartement intérieur!

s — Ah ! madame! avez-vous conscience d'appeler coureuse une personne qui est probablement...

— N'a-l-on pas. aujourd'hui même, Irouvé une comt'dienjic dans l'appartement de monseigneur?... Celle-ci ne vaut pas mieux, sans doute, et le roi l'eût envoyée, comme la première, aux Madelonnelîes, pour y faire pénitence.

— Fontainebleau!... murmurail mademoiselle de Gbantemerle, qui parlait toute seule a voix basse, Louis! Louis Breton !...

— Que dit-elle Ta? reprit mademoiselle de Balbien, prêtant l'oreille et ne distinguant pas un seul mot, car elle était un peu sourde.

— Nous allons partir ! répondit brusquement l'abbé, qui craignait que mademoiselle de Chantemerle ne se trahit ellemême. Il faudra bien qu'elle parle, et nous connaîtrons alors toute son bistoire.

— Vous nous en ferez part, je vous prie, mais, crojez-moi, pour la mieux confesser, exorcisez-la !

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