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étrange sur mademoiselle de Cbantemerle, si vous voulez n'être pas séparée de ce que vous aimez le plus au rnoode, gardezvous bien de me démentir ni de me résister ; quoi que je dise, quoi que je fasse pour vous tirer du mauvais pas où vous êtes, considérez -moi , en toute confiance, comme un protecteur envoyé par votre meilleur ami !
Mademoiselle de Chantemerle avait tout entendu.
Elle indiqua, par un mouvement de tête et par un rep^ard significatif, qu'elle se conformerait a ces instructions qui, dans sa pensée, ne pouvaient lui venir que du comte de t^ermandois.
Du reste, sa raison élait aussi troublée, aussi ténébreuse qu'auparavant, et l'abbé Cornouaille ne s'apercevait pas encore de cet égarement moral qu'il attribuait à la maladie physique.
Mademoiselle de Balbien rentra.
Elle s'attendait a trouver une morte; elle fut bien surprise de voir que cette morte la regardait avec des yeux animés et menaçants.
— Mon Dieu ! dit- ie bas à l'oreille de l'abbé, vous l'avez donc rcssuscitée avec votrO prière ! ... On j urerait que cette femme est possédée du diable !
~- Chut ! répondit le prêtre à voix basse,
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elle revient a elle, et je la crois assez remise pour qu'on puisse la Iransporler hors d'ici.
— Certes ! je voudrais qu'elle fût déjà bien loin!... Assurément, cette femme est une démoniaque!... Ne l'avez-vous pas confessée ?
-- La confesser! la chose n'est pas possible maintenant; il faut d'abord qu'elle soit conduite dans un lieu tranquille...
— A l'hôpital, et le plus vite qu'il se pourra, car madame la marquise s'effraie et se tourmente d'avoir dans son appartement une femme inconnue, qui n'est pas une voleuse , comme on l'avait d'abord pensé, mais qui est peut-être possédée...
— Madame, voici M. le curé de Saint- Louis! dit un vieux domestique qui entra tout essoufflé; iî a laissé, a la porte de la grande cour, son diacre, son bedeau et ses clercs, avec le crucifix et le Saint- Sacrement, car le concierge les empêche d'entrer, d'autant que le roi a donné des ordres pour que personne ne meure à Versailles, quand il y est...
— Madame, interrompit l'abbé [ Cornouaille avec perplexité, je vous supplie de faire répondre à M. le curé que nous n'avons plus besoin de son ministère ici.
— Sans doute, interrompit mademoiselle de Balbien, tout ce remue-ménage trouble et gêne madame la marquise : elle
se désolait a l'idée que cette femrae irait de vie k trépas dans]soa appartement!... Le concierge, d'ailleurs, a raison : le roi veut qu'on fasse sortir du château les gens qui sont en péril de mort. On va, tout a l'heure, mener cette femme k l'hôpital; c'est la que M. le curé pourra lui administrer les derniers sacrements, si toutefois elle est chrétienne et catholique... Allez donc, Bastien, congédier M. le curé, et remerciez-le de notre part.
Mademoiselle de Balbien s'approcha de Louise.
Celle-ci était toujours immobile et muette, mais ses yeux seuls continuaient a vivre : ils se fixèrent avec une exprès-
sion de menace sinistre sur la vieille servante de madame de Maintenon, qui recula devant ce regard inflexible.
— Elle est possédée, je vous assure, dit mademoiselle de Balbien, et je serai très aise quand nous en serons délivrés. Il y a en bas une chaise et des porteurs pour la conduire à l'hôpital... Vous l'accompagnerez, n'est-ce pas? et demain vous nous donnerez de ses nouvelles... Madame la marquise tient particulièrement à savoir qui elle est et pourquoi elle s'était cachée dans notre appartement ..
— Elle s'était cachée, dites-vous, dans l'appartement de madame de Maintenon ?
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répliqua l'abbé, qui s'était remis en prières près de Louise.
— Oui, monsieur ; mais elle n'avait pas d'armes sur elle, lorsqu'on la trouvée évanouie, dans le grand cabinet, derrière la chambre de madame la marquise. On n*a pu découvrir comment elle y était entrée; on n'a pas su, non plus, d'où elle vient, car personne au château ne la connaît... N'avez-vous pas ouï dire que le démon prenait parfois la figure d'une femme, pour mieux faire ses malices?
— Madame ! interrompit l'abbé , qui avait ruminé un plan de retraite, vous dites que les porteurs et la chaise sont en
basj qui attendent
— On est venu m'en informer... Ca»
quand donc nous délivrez-vous de cette étrangère? Je tremble que madame la marquise ne vienne et ne la voie !
— Sait-on qui elle est? cria par la porte entre-bâillée une voix grêle etrauque, accompagnée d'une quinte de toux.
— Vous pouvez dire a madame la marquise, répliqua en grognant mademoiselle de Balbien, que c'est une possédée qui a besoin d'être exorcisée!
La porte se referma sur-le-champ avec fracas, et mademoiselle de Balbien se prit à rire de la peur qu'elle avait causée a la marquise de Monchevreuil.
Elle n'était pas moins superstîlieuse que celle-ci, mais elle était plus courageuse et plus hardie.
Elle revint donc a la charge auprès de mademoiselle de Chantemerle, qu'elle secoua rudement par le bras, en l'interrogeant.
— Si j'étais la maîtresse, lui dit-elle durement, je viendrais bien a bout de votre opiniâtreté, en vous faisant mettre à la question !
— Mettre à la question une femme malade et presque moribonde! s'écria le prêtre indigné.
' —.Ce serait le moyen le plus sûr de la
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Taire parler, eût-elle le diable au corps !.,. Madame la marquise eût agi avec plus de prudence, en faisant avertir le roi... Ça, peut-on deviner quels étaient les desseins de cette coureuse , qui s'est introduite dans le château, et jusque dans notre appartement intérieur!
s — Ah ! madame! avez-vous conscience d'appeler coureuse une personne qui est probablement...
— N'a-l-on pas. aujourd'hui même, Irouvé une comt'dienjic dans l'appartement de monseigneur?... Celle-ci ne vaut pas mieux, sans doute, et le roi l'eût envoyée, comme la première, aux Madelonnelîes, pour y faire pénitence.
— Fontainebleau!... murmurail mademoiselle de Gbantemerle, qui parlait toute seule a voix basse, Louis! Louis Breton !...
— Que dit-elle Ta? reprit mademoiselle de Balbien, prêtant l'oreille et ne distinguant pas un seul mot, car elle était un peu sourde.
— Nous allons partir ! répondit brusquement l'abbé, qui craignait que mademoiselle de Chantemerle ne se trahit ellemême. Il faudra bien qu'elle parle, et nous connaîtrons alors toute son bistoire.
— Vous nous en ferez part, je vous prie, mais, crojez-moi, pour la mieux confesser, exorcisez-la !
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