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L'abbé Cornouaille était allé réclamer l'aide de deux vieux valets de pied, qui jouaient aux cartes dans le vestibule, et qui mirent leurs cartes en poche pour venir enlever l'inconnue et la transférer dans la chaise k porteurs.
L'un d'eux, en se baissant, laissa tomber ses cartes, et mademoiselle de Balbien, qui les vit éparpillées sur le parquet, s'imagina qu'elles sortaient de dessous les vêtements de mademoiselle de Chantemerle.
— Des cartes dans notre appartement!
s'écria-t-elle, en se signant. Abomination t C'est vraiment celte bohémienne qui apporte ici ces instruments *de l'enfer!...
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Sainte Vierge! dépêchez d'ôter tout cela et de nous délivrer de celte démoniaque!
Mademoiselle de Chantemerle ne fit aucune résistance, ni aucun mouvement, pendant qu'on la transportail , à bras d'hommes, hors de l'appartement de madame de Maintenon.
Elle ressemblait à un cadavre ou à un fantôme.
L'abbé Cornouaille la suivait pas a pas, en implorant, dans une prière mentale, l'assistance du ciel.
Louise fut déposée dans la chaise, dont l'abbé eut soin de fermer les rideaux sous
prétexte de la garantir de l'impression de l'air et du froid.
11 achevait de prendre cette précaution, lorsqu'il vit apparaître Thérèse, qui se plaça silencieusement a la portière; ils échangèrent un signe d'intelligence et de joie.
Cependant, mademoiselle de Chantemerle n'était pas encore sauvée, et Thérèse ignorait en quel état elle allait retrouver son amie.
La chaise s'ébranla, soulevée par deux robustes porteurs a la livrée du roi.
L'abbé tremblait que la jeune fille, qui continuait h parler seule, a mots inarticu-
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lés, ne poussât quelque cri ou ne prononçât elle-même son nom.
Thérèse, stupéfaite et anxieuse, ne savait que penser de cette chaise, dans la-
quelle se trouvait Louise, dont elle reconnaissait la voix.
— Monsieur le curé, dit un des porteurs, on nous a ordonné d'aller a l'hôpital. Vous ne semblez pas en connaître le chemin ?
— La nuit est si noire! répondit l'abbé, qui cherchait une manière de se débarrasser des deux porteurs. Doucement, mes amis, je vous supplie! Il y a là-dedans une pauvre femme qui donnerait volon-
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tiers dix louis pour reposer dans un bon lit.
— Dix louis! répéta l'autre porteur, je la porterais jusqu'en paradis pour les avoir !
Cette joviale exclamation inspira aussitôt à l'abbé Cornouaille une ruse qu'il mit sur-le-champ k exécution.
La chaise était alors a quelque distance du château. Elle avait traversé sans accident la grande cour et l'avant-cour; elle allait entrer dans la ville, eu laissant à droite l'avenue de Paris, où devait être encore le carrosse qui avait amené l'abbé Cornouaille.
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— Ce n'est rien que dix louis pour la personne qui est dans cette chaise! dit-il, éprouvant a faire ce mensonge une répugnance qui faillit en compromettre le succès. Je vous les promets de bon cœur, si vous prenez la peine de les aller chercher.
— Dix louis, monsieur le curé! s'écria le plus intéressé des deux porteurs. Où Irouvera-l-un cela, bon seigneur Dieu!
— Cette pauvre dame a oublié sa bourse ! dit-il en affectant une vive contrariété, une bourse qui contenait une si grosse somme!
— Où est-elle? où faut-il la quérir? s'écrièrent les deux porteurs, qui posèrent la
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chaise a terre, et s'élancèrent du côté de l'abbé.
— Mes amis! mes amis! leur disait le bon prêtre, assailli de leurs questions et de leur reconnaissance, tenez, il y a dans cette bourse une dizaine d'écus...
— Dix écus ne sont pas dix louis î reprenaient-ils, plus âpres et plus ardents a. la curée, après avoir reçu ce faible acompte. La bourse qui renferme la grosse somme, où la trouverons-nous, s'il vous plaît? Il faut se hâter, de peur qu'on ne la ramasse!
— Vous la trouverez, dit-il enfin, en ^'efforçant de bien mentir, vous la trou-
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verez dans l'escalier, sur le dixième ou le vingtième degré!...
Les porteurs étaient déjà partis, sans entendre la fin de cette fausse indication, qui n*a\ait rien de précis, ni même de vraisemblable.
Ils couraient de toutes leurs forces, chacun d'eux essayant d'arriver avant l'autre.
L'abbé Cornouaille avait ouvert la portière de la chaise.
Mais, se ravisant, il invita Thérèse a s'atteler, comme lui, aux bâtons de cette chaise, qu'ils portèrent, en doublant le paS) jusqu'à Tavenue de Paris.
Ils eurent le bonheur d'y rencontrer le carrosse, dont le cocher s'était endormi en attendant le vicaire de Saint-Euslache.
Pendant que ce cocher s'éveillait et descendait de son siège, l'abbé avait tiré de la chaise mademoiselle de Chantemerle pour la mettre dans le carrosse.
Thérèse le regardait faire , et n'avait plus l'énergie de lui prêter main-forle.
Elle suffoquait de sanglots, elle était prête a défaillir, en remarquant que Louise n'avait pas fait un mouvement.
— Elle est morte! dit-elle d'une voix frémissante a travers les larmes. Morte, morte, ma chère et bien-aimée Louise!
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— Non, répondit en soupirant l'abbé, qui pressait Thérèse de monter dans le carrosse : elle n'est pas morte ! elle est folle !
On lit dans la Gazette de France^ du 27 novembre : « Louis, légitimé de France, comte de Vermandois, amiral de France, mourut b Courtrai, la nuit du 17 au 18 du mois, d'une fièvre continue, dont il avait ressenti les premières atteintes pendant le siège, ce qui ne l'avait pas empêché d'aller à la tranchée et de signaler son courage en toutes les occasions. Il reçut les sacrements avec les sentiments d'une piété exem-
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plaire. Le roi a donné la charge d'amiral k Louis-Alexandre, légitimé de France, comte de Toulouse. »
Le comte de Vermandois n'était pas mort!