‹ Le Comte Guillaume de Portes, 1750-1823Chapitre 12 sur 45 · VIE EN HOLLANDE · texte numérisé non relu

VIE EN HOLLANDE

d'entrer dans de plus grands détails. Vous voyez qu'on n'y engendre pas mélancolie. Le plaisir que sa visite m'a fait contribue beaucoup à rendre le reste agréable, et je me flatte qu'il ne s'ennuie pas trop puisqu'il a prolongé son séjour. Le moment de notre délivrance n'est pas fixé. Dans la position des choses, on ne peut raisonnablement compter sur rien. Ainsi faut-il savoir s'accommoder de tout, et quand il faudrait passer tout l'hiver dans mon Polder, j'y souscrirais sans beaucoup de peine et saurais fort bien m'y arranger. Mon hôtesse est une veuve très vigilante, dont la voix perçante imite le champ du coq, lorsqu'à quatre heures au plus tard elle éveille sa servante et ses gens, d'ailleurs très bonne femme. Quoique assez vieille, elle avait formé la résolution de n'ouvrir la cheminée de la chambre que j'occupe que lorsqu'elle se remarierait. Par égard pour moi, elle a rompu son vœu. Un sacrifice mène à l'autre; ainsi je puis disposer de toutes les casseroles, tourtières, grilles, ustensiles de toute espèce qui décorent mon appartement, et le rendent sinon le plus élégant, du moins le plus utilement meublé que je connaisse. Le froid suffirait seul pour m'empecher de regretter le camp, dont je me suis cependant séparé avec peine. Je crois que l'apparence de propriété m'avait attaché à ce petit terrain, et j'y suis plusieurs fois retourné et l'ai considéré avec plaisir malgré le vilain aspect qu'il présente. . . »

Ainsi que nous le constatons à la fin de cette lettre, il était question de déplacer le régiment de Saxe-Gotha. Nos Archives contiennent un Ordre de marche dont les dispositions contrastent avec celles qu'on prendrait de nos jours en pareille occasion. Il prescrit aux soldats de ne jamais apparaître dans les quartiers de leurs officiers sans être frisés et poudrés. Toutefois, le colonel veut bien, dans ce cas spécial, leur permettre de procéder à cette opération eux-mêmes, sans avoir recours au perruquier. Sauf un lieutenant par bataillon qui surveillera la marche, les officiers pourront suivre la colonne en voiture ou à cheval, comme il leur plaira, et déposer leurs espontons sur les chars, à condition qu'ils les reprennent pour traverser les villes. Les soldats auront également le droit de faire traîner leurs sacs par des chars. Le gros bagage, les femmes et les enfants seront embarqués sur des bateaux, le colonel interdisant que plus de neuf femmes par bataillon se joignent à la colonne.

Ce régiment de Saxe-Gotha semblait s'éterniser dans les exercices de paix, comme d'ailleurs celui dans lequel servait Louis de Portes; les deux frères subissaient à contre-cœur la vie de garnison.

Nous avons déjà parlé, dans une note, du conflit qui s'éleva en 1785 entre les Pays-Bas et l'Empereur Joseph II, à propos de Maastricht.

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