‹ Le Comte Guillaume de Portes, 1750-1823Chapitre 18 sur 45 · RETRAITE DU RHLN GRAVE · texte numérisé non relu

RETRAITE DU RHLN GRAVE

«... Tous les commandants de corps étant rassemblés chez le Rhingrave, il nous donna Tordre d'êlre prêts à marchera deux heures après minuit en deux colonnes, l'une sous la conduite du général van der Borch, sur la droite du Vecht, l'autre sur la gauche qu'il conduirait lui-même, sans nous donner aucune autre destination. Ausujetdu transport difficile des bagages, il fut répondu qu'on laisserait en arrière ce que l'on ne pourrait emporter ; sur la représentation du soulèvement à craindre de la bourgeoisie, qui pourrait mettre opposition à notre sortie des portes, il fut dit qu'autant valait se faire massacrer par les citoyens d'Utrecht que par les Prussiens, et qu'on repousserait la force par la force, que l'ordre d'évacuation donné par la commission de Woerden (commission de défense nommée par les Etats de Hollande) était positif.

« Le 16 septembre, à trois heures du matin, je suivis la légion comme il m'était ordonné. Sans le secours de ma chaise et de mes deux haridelles, il m'eût été impossible de rien emporter de mes propres effets, ni les papiers du régiment. Je n'écrirai pas les mouvements dont je fus agité, parce qu'ils ne s'effaceront jamais de mon esprit.

ft ... Je rencontrai le Rhingrave à Willis. Il était chez le baillif du village avec M. Bellonet^ et

^ Officier délégué en Hollande par le gouvernement français.

nombre d'officiers. Sur le mécontentement et la consternation qu'il dut remarquer chez moi, il essaya de me donner du courage. « Il faut », lui dis-je, « des raisons bien étranges pour justifier une pareille manœuvre ». Je ne fus pas content de celles qu'il me donna. Mais comme il me parut ne pas avoir perdu l'espérance, les amitiés qu'il me fit parvinrent à me remonter. Il donna la parole Hope et Amsterdam et fut passer la nuit à Uythoorn. Je marchai avec une partie de mes recrues à Vinkeween et le major Croff en avant avec le reste.

« Le 17 septembre à onze heures, je retrouvais le Rhingrave à Uythoorn, ma troupe m'y suivit de près. Il était occupé à distribuer des patentes aux différents corps. J'en reçus pour l'Overtoom (faubourg d'Amsterdam), et je le jugeais plus préoccupé et moins satisfait que la veille. Il est difficile de se faire une idée du désordre de cette marche, de l'indiscipline et de l'insolence des auxiliaires. J'y acquis le complément du dégoût que j'avais conçu pour les u Défenseurs de la Patrie ».

« Le reste de cette journée fut employé jusque dans la nuit à loger ma troupe, triste amas de recrues mal équipées que je commençais ajuste titre à regarder comme une troupe d'élite.

« Le 18, je fus à Amsterdam. L'impression la plus -sinistre y régnait. Les uns croyaient à la trahison.

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lesaiitresàlalâcheté. Cependant, la nécessité d'avoir un chef faisait encore juger aux amis du Rh ingrave que les esprits pourraient se disposer à lui rendre la confiance, s'il faisait de son côté quelque chose pour la regagner. Imbu de cette idée, je montai en chaise, arrivai à deux heures après minuit àOudekerk oii il avait pris son quartier. Je lui fis part de Tétat des choses qu'il connaissait mieux que moi. Il était question de soutenir Nieuwersluys et d'en rouvrir la communication qu'on disait interrompue. Je lui proposai d'entreprendre ce coup de main. — Comment? avec quelles troupes? — J'ai cent recrues, lui dis-je, en état de porter les armes. Je me mettrai à leur tête, et votre légion, etc.. Mais cet homme, pour la première fois, me parut entièrement découragé. Je le quittai après lui avoir proposé un entretien avec quelques personnes essenti(dles du parti qui devait se rencontrer chez moi à dix heures, ainsi que M. de Bellonet.

« Le 19, le Rhingravearrivaà huit ou neuf heures, mais ni M. de Bellonet, ni les autres ne vinrent. Le premier avait été envoyé à Halfweg, les autres autant que j'ai pu en juger, avaient perdu l'espérance ou la volonté de la rétablir. J'appris de lui la fuite du général vanderBorch '. Nous fîmes venir des cartes, et nous occupâmes des environs d'Amsterdam, qu'il aurait fallu connaître avant de quitter

^ On se souvient que ce général commandait le régiment de Saxe-Gotha, lorsque de Fortes y servait comme capitaine.

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Utrecht, comme des jeunes gens qui apprennent la géographie. Son Excellence dicta à son aide de camp Ondatje un plan de défense, tel qu'on peut le donner sur des notions très superficielles, et déclara que tout devait être préparé pour ouvrir la digue du Zuydersee et former la grande inondation, afin que lorsqu'il n'y aurait plus d'autres ressources, on pût employer ce moyen de toute extrémité ou obtenir par la menace de ruiner le pays une capitulation plus avantageuse. Ce plan fut envoyé à la commission de défense avec une lettre, et M. le Rhingrave, après le dîner, repartit pour Ouderkerk et dit qu'il se proposait de revenir le lendemain.

« Le 20, M. le Rhingrave revint effectivement à Overtoom et descendit au logement du colonel d'Hakebrak. Je fus le voir avec ma familiarité ordinaire, mais croyant m'apercevoir que ma présence n'était pas complètement agréable, et la commission de Wocrden devant arriver, je me retirai. L'après-midi, je me présentai de nouveau et renouvelai mes sollicitations pour entreprendre quelque chose contre l'ennemi, mais la réponse ne fut pas plus satisfaisante. Le Rhingrave paraissait hors de lui, il parlait de vengeance. « Je leur ferai voir ce que peut un homme qui a du cœur l )>

Mes idées étant néanmoins fort différentes des siennes, je le quittai pour me rendre à Amsterdam et disposer les choses pour prêter le lendemain

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matin le serment de fidélité d'usage, et c'est la dernière fois que je lui ai parlé. Je jugeai qu'il ne me restait d'autre parti à prendre que de me fortifier dans quelque poste avantageux et de m'y défendre avec mes recrues. »

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