‹ Le Comte Guillaume de Portes, 1750-1823Chapitre 24 sur 45 · IL QUITTE LA HOLLANDE · texte numérisé non relu

IL QUITTE LA HOLLANDE

de VOUS engager à venir pour quelques jours ici, où nous vivrons en frères ; c'est ce que je désire, ainsi que de vous assurer que je suis pour la vie voire sincère et dévoue ami.

« G. DE SeNARCLLIiNS ».

Un autre compatriote du colonel de Portes, M. Ratlî, auquel le parcours d'une brillante carrière était réservé en Russie, et qui n'avait pu être placé dans le régiment de Salm par suite de l'exclusion des étrangers, conserva un souvenir reconnaissant au héros d'Amstelvecn. La lettre qui suit témoigne de l'abandon avec lequel Rath versait dans le cœur de son ami ses préoccupations et ses chagrins ^

Monsieur Rath à Monsieur de Portes.

« llaarlem, le 19 novembre 1787.

« Mon cher Monsieur,

u A la garde de Dieu et sous la conduite du batelier, j'ai l'honneur de vous expédier une petite caisse à votre adresse, contenant un assortiment de graines potagères et des fleurs qui peuvent croître en plein air, dont vous trouverez un cata-

' Le général Rath légua sa fortune à ses sœurs qui fondèrent le musée des Beaux- Arts de Genève, dit musée Rath.

logue ci-joint. J'aurais fort désiré d'aller moimôme à Leydc vous embrasser encore une fois, vous souhaiter bonvoyage, me recommander à votre amitié. Daignez voir mes parents quand vous arriverez en Suisse, donnez-leur de bonnes nouvelles. Je partirai probablement pour la Russie, car la réussite du projet dont je vous ai fait part est si difficile. Ah! douce et trompeuse illusion, que mon sort serait heureux, que mon cœur serait satisfait,, que mes parents seraient joyeux î Ils me voient partir avec peine. Devenir le protecteur de ma famille, que je ne reverrai peut-être plus, de laquelle je vais être séparé quinze ans au moins L Que ces réilexions sont tristes, aussi tristes sûrement que les marais de Pétersbourg, que les tas de neige qui déjà les couvrent. Je suis affligé, j'ai besoin de voir M""" de B..., ou plutôt de ne la revoir jamais. Adieu, Monsieur, souvenez- vous quelquefois d'un pécheur qui travaille à devenir meilleur afin de mériter de plus en plus votre estime et votre amitié.

« Je suis avec considération le plus dévoué de vos serviteurs,

<( Raïh. »

Page 1