‹ Le Comte Guillaume de Portes, 1750-1823Chapitre 26 sur 45 · LA RÉVOLUTION FRANÇAISE · texte numérisé non relu

LA RÉVOLUTION FRANÇAISE

Rentre dans ses pénates, le colonel jouit pendant une année d'une vie paisible auprès de sa famille. Bientôt, cependant, l'écho des troubles précurseurs de la Révolution française parvint à Genève, et en sa qualité de mestre de camp au service du roi de France, de Portes crut de son devoir d'aller offrir ses services à la cour menacée. Les lettres qu'il adressa de Paris à sa famille nous font assister au début de la Révolution et contiennent plusieurs détails intéressants. Nous en mettons quelques fragments sous les yeux du lecteur.

Le comte de Paries à sa mère.

« Paris, le 27 avril 4789.

« Pendant notre voyage, nous avons assisté à quelques petites émeutes en différents endroits que nous avons traversés. A Saulieu, le curé s'est

présenté à ses paroissiens dans le plus fort du tumulte, et leur a prêché d'une fenêtre avec tant d'éloquence qu^il les a touchés jusqu'aux larmes. Il a fini par leur dire qu'ils n'ignoraient pas qu'il avait dépensé tout ce qu'il possédait pour les soulager pendant la rigueur de l'hiver, qu'il ne lui restait plus que quelques pièces d'argenterie, dont il allait leur faire le sacrifice. Enfin, ces bonnes gens ont passé de l'excès de la rage à celui de la plus grande dévotion, et tous ensemble, le curé en tête, se sont rendus en procession à l'église, en chantant un Veni creator. »

Invité par M'^^Necker à Versailles, M. de Portes s'y rendit en compagnie de M. de Divonne.

« J'ai trouvé M'"'' Necker plutôt mieux que l'année passée, M. Necker assez changé et maigri, l'accueil de l'un et l'autre obligeant. Une table de trente couverts, presque tous députés de différentes provinces, et une procession continuelle après le dîner ne m'ont pas laissé beaucoup de temps pour les voir intimement. M™^ Necker m'a dit que lorsque je reviendrais à Versailles, je ne trouverais pas toujours autant de monde. M. Necker paraît vivement aft'ecté des entraves et des difficultés qu'il éprouve. Il est certain qu'il y a contre lui une bien forte cabale, et qu'il faut des forces bien extraordinaires pour lui tenir tête. Le manque de blé, ou plutôt sa cherté est un de ses plus grands ennemis. Les excès auxquels se porte le tiers en

LA HKVOLUTJON 205

différents endroits, et surtout en Provence, le préoccupent. Les élections de l^aris sont fort orageuses. C'est un bruit et un calios dont on a pu encore se démêler. Le clergé et la noblesse de Bretagne ont fait scission. Il y a encore des difficultés en Artois et en Franche-Comté. Tout cela pourrait bien retarder l'assemblée générale. Le grand maître des cérémonies eut, hier, ordre du roi, de publier qu'elle n'aurait pas lieu cette semaine, et vraisemblablement on s'occupera en attendant de la vérification des pouvoirs. Les apprêts même ne sont pas entièrement finis; les députés doivent avoir un habillement national, celui des nobles est riche et coûtera mille pistoles.

« L'empereur Joseph n'est pas mort encore, comme le bruit en a couru. On remit même hier matin à la reine un bulletin qui annonçait une espèce de mieux. Elle a été à la messe et à dîné en public oiî elle n'a pas porté l'expression d'un chagrin bien vif. Le dauphin est aussi à toute extrémité.

« M™"* de Staël paraît aussi supporter comme une reine la mort de sa lille. Elle était chez ^me jvfgQj^g^. avec son air dédaigneux qui ne lui gagne pas les cœurs. Le public ne l'épargne pas, et je suis persuadé qu'on lui fait tort. »

:îû6 LE COMTE GUILLAUME DE PORTES

Le comte de Portes à son frère.

« Paris, le 20 mai 1789.

«... On est occupé à nommer des commissaires conciliateurs de chaque ordre. C'est un acheminement au but de s'entendre.

« On y viendra, mais ce sera long encore. MM. de Paris nommèrent hier, je crois, leur dernier député du tiers; leur arrivée n'influera pas favorablement sur l'harmonie, car leurs cahiers sont très exagérés et leurs dispositions à l'avenant. Un des personnages, qui joue les premiers rôles dans le tiers, est Rabaud de Saint-Etienne. 11 est un des museleurs de Mirabeau, lequel, par parenthèse, tombe journellement, et l'auteur d'une motion pour déclarer que le tiers reconnaît et n'entend infirmer en rien les privilèges honorifiques et autres de la noblesse (sauf la répartition de l'impôt).

« Jusqu'à présent le doyen préside la Chambre; mais s'il est question d'élire un président, on croit que M. de Saint-Etienne pourrait être nommé et ce serait vraiment à désirer, ne fût-ce que pour la singularité du fait. L'ancien garde des sceaux, M. de Lamoignon, vient de finir tristement d'un coup de fusil à la gorge, un livre à ses pieds, des lunettes sur le nez. Il avait l'habitude de chasser dans son parc, et il paraît que c'est accidentel,

mais comme outre ses chagrins politiques, il doit laisser des dettes considérables, le bruit le plus général est qu'il s'est tué. Le dauphin est toujours mourant. Lundi passé, je suis retourné, pour la première fois depuis l'ouverture, à Versailles. M. Necker me parut bien, Tair libre et le visage moins étiré. M"'*' Necker fut très honnête. Il y avait trente-cinq couverts, la plupart députés ; je pus juger d'après différentes conversations que l'esprit modéré et conciliateur finissait par avoir le dessus. J'appris qu'on pouvait assister aux séances du tiers et je ne manquerai pas d'en profiter à ma première course.

(( J'ai mieux aimé, jusqu'à présent, m'accoutumer au bruit que de changer de logement, d'autant qu'à cela près, le mien est beau et bon. Cette même sujétion à l'habitude fait que je garde la première figure de domestique qui s'est présenté à moi. C'est une grosse mine de maître d'hôtel à cheveux blancs, grand amateur de rhum, mais d'ailleurs attentif et exact. — M"^ de Champcenets avait de nouveau repris la fièvre ; elle est rétablie et je vais lui demander à dîner quand elle reçoit et que cela me fait plaisir. Je ne vois les Hollandais que par hasard ; ils ne sont pas clairs avec la marquise.

ce La bonne dame Stegelmann et la baronne de Korff* me reçoivent toujours avec amitié. Je ne

* Sœur (le Stei'elmann.

me suis pas donné d'équipage jusqu'à présent. Le temps permet sans inconvénient d'être piéton, et le cercle de mes connaissances est trop borné pour que je me gêne là-dessus. Cette économie servira à construire ma montagne. 11 me manque toujours ici, comme autrefois, quelque liaison un peu particulière, et ce n'est pas facile à rencontrer, parce qu'à mon âge on se méfie des connaissances nouvelles. Il n'en est pas moins vrai que Paris est charmant pour la vie de garçon, lorsqu'on y a pris son assiette ; mais c'est, par là même, au moment de le quitter, qu'on commence à y prendre goût. Il faut, comme ailleurs, y être occupé de quelque chose, et pour un court espace de temps on ne sait pas se mettre en train, surtout lorsqu'on a d'heureuses dispositions à la paresse....

(( Il n'y arien de nouveau à Versailles. Un membre du tiers de Provence s'est battu et a tué un garde de Monsieur, à la suite des propos insultants contre son ordre tenus dans un café. Deux autres gardes ont été renvoyés à cette occasion. Le dauphin est mieux depuis avant-hier. Il semble même qu'on en espère quelque chose.

« Paris, le 8 juin 1789.

«... Sans l'intérêt des Etats généraux, je serais vraisemblablement reparti, et je suis, chaque fois que je vais à Versailles, tenté de m'y établir. Pour peu que M"'*' Necker m'eût dit quelque chose d'en-

gageant, cela m'aurait déterminé. Elle était hier à Paris, ce qui ne m'empêcha pas d'aller à Versailles pour être témoin des débats. La journée fut chaude et fertile en incidents, mais il serait trop long de donner des détails que vous avez peutêtre aussi vus par le journal. Le projet de conciliation de M. Necker avait été adopté parles deux premières chambres, sauf une restriction introduite par la noblesse. Le tiers avait différé ses délibérations sur cet objet jusqu'à la clôture du procèsverbal des conférences. Il paraît que la disposition la plus générale est de se constituer incessamment en assemblée nationale. Je crois que cet événement sera prévenu autant que possible de toute l'influence du gouvernement, car il n'en peut résulter qu'une scission, des malheurs incalculables, et des succès incertains.

(( Mon ami, M. de Nyvenheym, est arrivé de Hollande. Il a pu voir et entendre bien des choses, et il paraît que l'esprit de mécontentement y est à son comble, et que l'armée surtout est dans un état de désordre et d'indiscipline qui la réduit à beaucoup moins que zéro. C'est pour cela que ^/[me Yn Princesse va consulter son frère. Si tu pouvais m'extraire très succinctement du Journal que j'ai fait d'Amstelveen, les points essentiels relatifs à la position, défense, force, munitions, et me l'envoyer tout de suite, tu me ferais plaisir. M. de Montpigal qui travaille à l'histoire de la

210 LE GOxMTE GUILLAUME DE PORTES

Révolution me l'a demandé, et tu peux juger par là, que la plus grande précision est nécessaire, et que je ne puis m'en fier absolument à ma mémoire. Varicourt est vraisemblablement parti, sans quoi j'aurais désiré profiter de son plan pour déterminer avec justesse la position.

« Je vois souvent M™° de Champcenets, quoi qu'elle ne soit pas nécromane^ ; peut-être irai-je passer quelques jours avec elle à Meudon, après les funérailles du dauphin.

« Paris, les 21 et ^4 juin 1789.

« Il y a assez longtemps, ma très chère et bonne mère, que je n'ai eu le bonheur de vous écrire. Les discussions des Etats généraux vous parviennent presque aussi vite que mes lettres par le journal, et pour le reste je n'ai pas grand chose à dire, et sans cet objet d'intérêt, je n'aurais pas tardé jusqu'à présent de vous rejoindre. Je n'ai pas retrouvé plusieurs de mes connaissances, et ce moment de trouble et de diversité d'opinion est un obstacle majeur pour en faire de nouvelles, en sorte que je me trouve quelquefois isolé au milieu de cette grande ville.

« La journée de demain me décidera peut-être, car vraisemblablement elle répandra beaucoup de jour sur la tournure des affaires. Le tiers, en se

' Signifiait sans doute : être du parti de Necker.

constituant assemblée nationale, a été prodigieusement loin, et la majorité de la noblesse paraît bien éloignée d'un rapprochement. Au point où les choses en sont, j'avoue qu'il ne m'est pas possible de concevoir les moyens de conciliation que le roi pourrait adopter sans compromettre la dignité du trône. Il l'expliquera demain dans la séance royale. En attendant, les esprits sont généralement ici fort inquiets et agités ; et, cependant, le thermomètre de la Bourse est favorable, car les actions de caisse ont été hier jusqu'à 290. M. et ]y[me jvjeci^ep se portent fort bien. Le premier résiste toujours à une bien forte cabale. Pour moi, malgré tout ce que j'entends de contraire, je ne puis croire qu'on le renvoie dans les circonstances actuelles, et suis persuadé qu'il ne s'en ira pas sans un congé bien signifié. Ils ont eu pour surcroît de peine, la douleur de perdre avant-hier leur belle-sœur, M"'^ de Germany.

« J'ai dîné il y a quelques jours à Versailles avec les députés de Gex. L'abbé de Varicourt n'a pu obtenir la sous-lieutenance qu'il sollicitait de ]y[me ;Neci^ep pour son frère. )>

Mercredi 34. — Voilà deux journées bien extraordinaires. Le tiers, ou commune, ou assemblée nationale, s'était réuni au Jeu de Paume, samedi, et dimanche avait arrêté son indissolubilité en quelque lieu qu'il fût et prête un nouveau serment de ne se séparer que lorsqu'il aurait fait la

constitution sur une base solide. Lundi, nouvelle assemblée à Saint-Louis, dans laquelle la majorité du clergé, l'archevêque de Bordeaux et cinq prélats à la tête sont venus vérifier leur pouvoir. M. Necker, dit-on, sans avoir été consulté, a trouvé M. le comte d'Artois au Conseil; ce dernier même doit l'avoir fortement maltraité en paroles. Le roi serait intervenu avec beaucoup de bonté et aurait refusé la démission offerte par M. Necker. La séance royale a été renvoyée à mardi ; hier, M. Necker a été chargé de la rédaction du plan de conciliation et du discours du roi ; mais comme il Ta dit lui-même, ils ont entièrement disloqué son ouvrage. Hier, à onze heures, le roi et les princes du sang se sont rendus à la salle des Etats; tout spectateur en était exclu. Sa Majesté a prononcé un petit préambule, après lequel un homme, chargé par le garde des sceaux, a lu les volontés du roi, par lesquelles il entre presque complètement dans le système de la noblesse, annule tout ce qu'a fait le tiers, admet cependant le vote par tête pour l'affaire de l'impôt, décide la vérification des pouvoirs dans l'esprit de la noblesse, résume en trente-cinq articles les concessions que le roi veut faire et qui répondent au vœu général des cahiers. Le roi reprend ensuite la parole, dit que jamais roi n'a fait à ses peuples de pareils sacrifices, qu'il connaît à présent leurs vœux et leurs besoins, et qu'il saura y travailler seul, si per-

LA RliVOLUTlON 213

sonne ne veut le seconder. Il donne l'ordre de se retirer et de se rassembler le lendemain à neuf heures. La noblesse obéit, le clergé en partie, le reste se joint au tiers et demeure. Le roi de retour au palais, informé que le tiers est assemblé, envoie le maître des cérémonies avec ordre ainsi qu'aux prêtres, qu'on se retire. Le clergé seul obéit. Nouveau message, nouveau refus, et réponse que les échafauds seuls et les baïonnettes auront ce pouvoir^ Le tiers confirme ses précédents arrêtés. Une forte députation de la majorité de la noblesse va chez la reine pour lui témoigner son zèle. Elle leur présente le dauphin qu'elle tient dans ses bras; suit une scène larmoyante. Ils vont chez le comte d'Artois, puis chez Monsieur, qui ne les reçoit pas. M. Necker ne s'était point trouvé à la séance royale, et le bruit s'était répandu qu'il allait partir pour Coppet. A cinq heures et demie, grande députation du tiers à M. Necker pour le conjurer de ne pas abandonner les intérêts de la France. Le roi et la reine le font demander. Il part aux acclamations du peuple. M""" Necker, note larmoyante au milieu des députés; elle est forcée de rentrer dans ses appartements. Au bout d'une heure, M. Necker revient, porté par la foule depuis la porte du roi jusqu'à celle de sa chambre; on lui baise les mains, les habits, tout ce qu'on

* Paroles dites par Mirabeau : Voyez Chérest, La Chute de l'ancien régime, TU, p. :256 et suiv.

peut attraper. Sa maison était remplie de presque tous les députés du tiers et de beaucoup de gens de qualité, hommes et femmes. A peine pouvait-il se soutenir; l'expression de sa physionomie était vraiment intéressante.

(( Puisqu'on me traite de la sorte il faut bien que je reste et que je meure ! » Ce sont les premières paroles que j'ai ouïes. Il les adressait à une de ces dames qui le serrait dans ses bras en montant l'escalier. Aussitôt, redoublement d'acclamations au dehors et au dedans. Arrivé dans le salon, M. Target^ et autres députés l'ont harangué. Il était difficile d'entendre car les appartements étaient entièrement pleins. 11 a dit qu'il mourrait à son poste, recommandé la modération. M. Target a répliqué que le désir de contribuer à son bonheur serait un motif de plus; plusieurs voix l'ont invité à venir lui-même dans leurs assemblées, les diriger; qu'on se conformerait à ses opinions. La fermentation était grande à Paris, et M. Necker a expédié un courrier à M. de Crosne ^ pour qu'il rendît public que bien loin de quitter sa place, il était plus que jamais comblé des bontés du roi. Voilà des choses bien curieuses, surtout l'autorité du roi étrangement compromise. Cependant, il y a

^ Target (Gui.-J.-B.), 1733-1807, avocat, puis conseiller à la Cour de cassation, refusa de défendre Louis XVL II fut plus tard chassé de la Cour de cassation par Napoléon !«''.

- Lieutenant général de police.

lieu d'espérer, dit-on, que tout s'arrangera assez promptement. On suppose quelques changements dans le ministère, surtout en ce qui regarde le garde des sceaux. Pour moi, cette journée de hier me paraît si extraordinaire qu'il me semble que j'ai fait un rêve, et je ne suis pas sans inquiétude sur le réveil...

(( Dans ce moment, le Palais Royal est tellement rempli, qu'on a été obligé d'en fermer les grilles. La cause de cette fermentation est la nouvelle que les gardes suisses, françaises, môme les gardes du corps ont mis bas les armes et déclaré qu'ils ne se porteraient à aucun acte de violence. Je n'ai pas le temps de prendre là-dessus d'autres éclaircissements. ))

Cette lettre est la dernière que le comte de Portes adressa de Paris à sa famille avant le bouleversement total de la France. Il regagna bientôt le pays de Vaud où régnait le calme.

Quant à M. Necker, les événements dont nous venons de donner la relation eurent pour lui de graves conséquences. Une cabale de cour persuada au roi que la popularité du ministre des finances menaçait le trône. Le 11 juillet, Necker reçut un billet du roi qui lui signifiait son congé. Sans avertir personne, pas memeM"^^ de Staël, il quitta Paris et atteignit d'un trait Bruxelles. De là, il parvint à Bâle, en compagnie de sa fille qui l'avait

rejoint. La mesure prise à son égard eut un effet contraire à celui qu'en attendait le roi. La popularité de Necker redoubla à Paris et le peuple réclama à grands cris son retour. Son voyage de Baie à Paris eut un caractère triomphal. Il fut salué partout comme le sauveur du pays et, dans les villes et bourgades qu'il traversait, les notables s'attelaient à sa voiture. A Paris, le peuple lui fit un accueil enthousiaste et le roi l'assura de son entière confiance. Il reprit la direction des finances, mais dès lors son étoile pâlit devant celle de Mirabeau, et il ne joua plus qu'un rôle effacé.

A la fm de cette année. M™"" Necker adressa à ^me ^Q Portes, pour la dernière fois avant de quitter définitivement la France, quelques lignes d'affectueux souvenir.

« Paris, le 14 décembre 1789.

c( J'ai reçu votre lettre, Madame et très chère amie, dans un moment où je venais de passer par les plus grandes épreuves. J'ai succombé, peu de temps après, aux agitations que j'ai éprouvées ^

« Cependant, après avoir lutté longtemps, me voilà de nouveau rendue à la vie. Un des premiers usages que je me plais à en faire, c'est de vous renouveler l'hommage de tout l'attachement que je vous dois.

* Allusion aux événements des 5 et 6 octobre qui eurent pour résultat le transfert du Roi aux Tuileries.

(( J'ai VU quelquefois M. le baron de Leyde, si l'on peut appeler voir les moments où l'on se rencontre au milieu d'une société très nombreuse. Avec cela, comme il fixait mon attention par l'intérêt qu'il vous inspire, j'ai cru lui reconnaître des qualités très estimables, toute la sagesse qui peut faire honorer un jeune homme, et toute la raison qui caractérise les Hollandais.

« Je ne puis vousrien dire de notre position. Nous sommes encore dans le calios. Un monde en sortira-t-il ? C'est ce que j'ignore. Si quelque chose peut me consoler de tant de peines, c'est le sentiment des rares vertus de M. Necker et celui de l'estime dont vous Thonorez.

((J'aime aussi à penser quelquefois combien vous êtes paisible dans votre retraite, tandis que nous sommes exposés au plus violent des orages. Je me persuade toujours que nous irons une fois en causer avec vous, et attendre au sein de l'amitié la fin que Dieu réserve aux justes. C'est une épithète que je donne à M. Necker en particulier. Votre indulgence seule pourrait me l'accorder. Je vous la demande, cette indulgence, en vous renouvelant l'assurance, etc..

(( G. DE Naz Necker. »

Page 1