‹ Le Comte Guillaume de Portes, 1750-1823Chapitre 28 sur 45 · LA FETE DU 30 VENTOSE · texte numérisé non relu

LA FETE DU 30 VENTOSE

n'ai rien négligé de ce qui a dépendu de moi, que si je n'y ai pas fait du bien, je n'y ai sûrement pas fait du mal, que j'ai trouvé comme je m'y attendais beaucoup d'ennuis, et peu déplaisirs, et que j'ai besoin de respirer Fair des cliamps comme quelqu'un qui sort de prison. Je me suis fait donner une lettre du ministre des relations extérieures pour l'ambassadeur de la Haye afin de faciliter mes affaires dans cette ville, où, s'il plaît à Dieu, je ne serai qu'en passant. La bonne dame de Leyden me retiendra le plus qu'elle pourra, mais mon vœu serait de retourner le plus tôt possible à l'abri du vieux chêne antique que respectent les vents et l'orage, au pied duquel en attendant je me mets par la pensée. Je pense, cher ami, que tu ne négliges pas M. Necker. Il paraît, par la lettre que reçut hier M'"'' Gautier, qu'il est toujours bien souffi'ant, mais sans danger. Sa fille, en attendant, s'amuse mieux que moi, je pense ; sans quoi, sûrement, elle ne resterait pas ici. Je l'ai pourtant aperçue deux fois chez de Witt et chez Schimmelpenink en société hollandaise en majeure partie, ce qui annonce qu'elle n'a pas toujours le choix de son monde...

(c J'ai été, le 30 ventôse, à la grande fête avec l'espoir de me faire montrer beaucoup d'originaux connus. La foule était si grande que mon but a été manqué. La salle préparée ad hoc dans un jardin, m'a paru immense et bien décorée, mais il y

avait, dit-on, dix-huit cents invités. La pièce jouée entre soldats russes, autrichiens et français, m'a paru n'avoir d'autre mérite que l'a-propos. Elle a été terminée par des couplets flatteurs à l'adresse de la Russie et de l'Autriche, obligeants pour les autres, réservés à l'Angleterre qu'on espère faire marcher tout doucement en cadence. Enfin Bonaparte, pour la bonne bouche, met tout le monde d'accord. Il n'avait cependant pas l'air de très bonne humeur ce jour-là, quoiqu'il causa longtemps et en bonne intelligence avec les deux ambassadeurs. Il part demain pour les côtes de l'Ouest, à ce qu'on a cru, mais probablement cela est diff'éré. Il est à la campagne.

« M. Barthélémy m'a donné à dîner en très bonne société avec M. Meistcr^ Suard, et autres gens très bien pensants pour la Suisse, mais lui-même n'a pas voix au chapitre.

« Quant à nos nouvelles politiques, il paraît que nos ambassadeurs ne sont pas contents, et qu'ils n'ont pas lieu de l'être ; on disait qu'on les menait par le nez, et rien ne se fait. Reinhard tient toujours, par l'influence du ministre, et on parle d'un très bon choix pour le remplacer. Il est certain qu'il vaut mieux avoir les nouvelles un peu plus tard et les attendre paisiblement au coin de son feu, plutôt que d'être à l'affût sur le pavé où Ton fait bien des pas inutiles... »

Après avoir obtenu tout ce que les circonstances

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