SON MARIAGE
de voir souvent leurs voisins et d'échanger avec eux leurs pensées verbalement. Les lettres adressées par M. Necker à M. de Portes, bien que formant un dossier assez important, ne contiennent, en général, que de brefs messages préparant ou suivant quelque entrevue. Elles ne mériteraient d'être citées que pour le ton affectueux qui y règne.
Les relations entre ces deux familles aboutirent à une alliance. En 180G, le comte de Portes épousa M"° Sophie Rilliet, fille de M. Horace Bénédict Rilliet et de dame Jeanne-Marie Necker. Elle était donc petite-nièce du ministre Necker. Sa taille élancée, ses grands yeux noirs expressifs, son visage frais et rose triomphèrent de la répugnance que de Portes avait témoigné jusqu'alors pour le mariage. La grande inégalité d'âge, qui existait entre les deux époux, ne fut point un obstacle à leur bonheur. Par les charmes de son caractère, à la fois souple et vif, les ressources de son intelligence, M""^ de Portes s'harmonisa avec la nature forte de son mari. L'un et l'autre, se complétant mutuellement, contribuèrent à se créer une vie heureuse.
De leur union naquirent, en 1807, Marie-Madeleine-Sophie, qui épousa M. Charles de Loriol, et, en 1812, Elisabeth-Madeleine-Louise, mariée à M. Bernard de Watteville.
Privé de l'exercice de sa profession militaire, le comte de Portes, qui abhore l'oisiveté, dirige
son domaine du Bois d'Ely près de Crassier et consacre ses loisirs à des travaux intellectuels. Sans se désintéresser des questions militaires, il s'applique à des études de littérature, d'éducation, d'économie et de politique. Des extraits de lectures, que nous avons sous les yeux, témoignent du soin intelligent qu'il apporte en toute chose. L'établissement de Fellenberg, à Hofwyl, lui suggère des réflexions intéressantes. Il est versé dans les questions d'économie politique et compare l'ouvrage de Cliaptal sur r Industrie française ^ à celui de Golquhoun sur la Richesse et les ressources de l'Empire Britannique ^. Il résume ïhornton, Inquiry : de l'influence du papier sur le 'prix des choses ^, Fabroni, Dei provedimenti annonari (tableau de la Toscane lors de l'avènement de Léopold) % Pignotti, Essai sur le commerce de la Toscane '% et enfin Y Histoire des Suisses, cette œuvre
* Chaptal (Jean-Antoine), chimiste-agronome, 1756-1832. Son ouvrage principal est intitulé : Essai sur le perfectionnement des arts chimiques en France, 1800.
Golquhoun (Patrik), célèbre philanthrope etéconomiste anglais, a écrit un Traité de la population, de la richesse, de la puissance et des ressources de l'Empire Britannique (Londres, 1804). ^ Thornton (Henri). 1760-1815, économiste. Sa réputation se fonda sur l'ouvrage cité par de Portes : Enquinj into the Nature and Effects of the Paper Crédit of Great Brilain, 1802.
* Fabroni (Jean-Valentin), 1753-1822, chimiste-naturaliste, a publié un grand nombre de Mémoires sur la chimie, Pagriculture, l'économie, etc,
** Pignotti (Laurent), poète, historien et fabuliste, mort à Pise en 1812. On lui doit, outre plusieurs poèmes, une Sloria délia Toscana, Pise, 1813, 9 vol. in-8'\