L'OPINION DE M"« DE STAËL
«Veuillez, Madame, me renvoyer mon mémoire après que vous l'aurez lu, si vous daignez le lire, et agréer Thommage de mon respecte! de mon sincère dévouements »
M""^ de Staël répondit à ce mémoire par une lettre remplie d'esprit et de verve.
« Goppet, le 28 août.
(( Votre mémoire est très bien fait et l'on ne peut rien dire de mieux votre doctrine admise, mais je ne considère pas les peuples comme des propriétés et la conquête ne me semble point un droit. Là où la justice est violée, il y a cessation du pacte social, car il ne repose que sur l'intérêt du grand nombre. La royauté, commelarépublique, est faite pour les nations, et leur voix, comme dit le proverbe, est celle de Dieu. Ajoutez à cela que le temps est de quelque chose dans la question. Vous dites que les Vaudois doivent à Berne, il y a quatre siècles ou environ, d'être Suisses. S'il y a prescription dans les transactions des particuliers, à plus forte raison y en a-t-il dans celle des nations. Gharlemagne était usurpateur de Clovis et Hugues Capet de Gharlemagne ; les Anglais ont banni les Stuart, etc. La vie est un changement continuel et la justice est de beaucoup antérieure à tous les événements de l'histoire.
* Voyez le document IV à l'appendice.
« L'immense majorité desVaudois ne veut passe réunir à Berne, donc cela ne doit pas être. Vous me citez une autorité qui disposera toujours de tout, mais il y a dix ans, hélas, qu'elle ne parle plus et ces dix ans ont tout changé. J'étais moi-même contre la révolution du pays de Vaud, mais la contre-révolution est impossible. Les hommes ne peuvent pas être les serfs de leurs aïeux, et quels aïeux faut-il choisir, ceux d'il y a quatre siècles ou d'il y a cinquante ? Je ne connais guère qu'Adam qui eut le droit d'arranger ses affaires politiques irrévocablement. C'est votre loyauté, Monsieur, qui vous fait aimer les vieilles institutions, mais souvenez-vous qu'elles ont été modernes et que les nouvelles sont vieilles à leur tour. Vous voyez que j'attache du prix à votre opinion et que je dis la mienne longuement. »
M. de Portes ne se tint pas pour battu. Par le retour du courrier, il adressa à son interlocutrice un nouvel exposé dans lequel il pare les corps portés à sa doctrine.
M. de Portes à M'"" de Staël.
« Le 28 août.
(( Je m'attendais à être battu, Madame. Qui pourrait résister à votre supériorité ? mais je