‹ Le Comte Guillaume de Portes, 1750-1823Chapitre 39 sur 45 · DOCUMENTS · texte numérisé non relu

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MEMOIRE ADRESSE PAR EE COMTE (iUILLAUME DE PORTES AU ROI DE FRANCE (1787)

« Je suis petit-fils d'un gentilhomme de la province du Languedoc ; mon aïeul était, à la fin du siècle passé,, capitaine dans le régiment de monseigneur le Dauphin. Lorsque les événements qui suivirent la révocation de l'Édit de Nantes l'engagèrent à quitter la Patrie et à s'établir en Suisse, il leva un régiment au service du duc de Savoie, Victor- Amédée, et revêtit plusieurs postes distingués tant sous le règne de ce prince, que sous celui de son successeur le roi Charles-Emmanuel. 11 commanda en Sicile les troupes de son maître, sous le général comte de Mercy, prit possession du royaume de Sardaigne et parvint enfin à la tête de l'armée.

« Son frère et deux de ses fils finirent leur carrière dans le lit d'honneur. Mon père a joui jusqu'à sa mort du fruit de ses blessures et de ses services ; mon oncle

est officier général au service des États généraux depuis Tannée 1766.

(( J'ai servi en Piémont, depuis Tannée 1763-1769, en qualité d'enseigne et de lieutenant dans le régiment du général de Budé-Montfort, mon oncle. En 1770, je suis passé au service des États généraux et ai acheté Tannée suivante une compagnie dans le régiment du prince de Saxe-Gotha. On m'a confié dans celle qui vient de s'écouler le commandement et la levée d'un régiment d'infanterie accordé par la province de Hollande au Rheingrave de Salm et pour ne pas avoir deux maîtres à servir, j'ai demandé et obtenu ma démission du régiment de Saxe-Gotha. J'ai pu dès lors me livrer sans scrupule à mon zèle peur la cause patriotique à laquelle j'ai constamment été attaché, dès le commencement des troubles qui ont divisé la République.

« J'étais occupé de mon travail dans la ville d'Utrecht lors de l'évacuation de cette place. Arrivé au poste d'Amsterdam dans ce moment désespéré 'pour le parti que j'avais embrassé, abandonné de mes chefs, et lié avec eux par d'anciennes relations, je n'ai vu pour moi qu'un seul danger, c'était qu'on pût me soupçonner d'avoir été leur complice, et qu'un seul espoir celui de laver autant qu'il dépendait de moi la honte dont nous étions couverts.

« Je me suis en conséquence jeté volontairement avec mes recrues dans le village d'Amstelveen, où je me suis occupé sans relâche à me mettre en état de défense. Mais ce poste essentiel et avantageux devenait inutile et même intenable aussitôt que l'ennemi débarqué par la mer de Haarlem pouvait l'attaquer par derrière, couper sa communication et s'emparer même des faubourgs de la ville.

(c J'ose ici prendre à témoin tous les membres de la

commission de défense d'Amsterdam que depuis mon arrivée à Amstelveen, je les ai prévenus de ce danger, et n'ai pas laissé passer un seul jour sans leur réitérer de bouche ou par écrit, mes sollicitations les plus fortes pour qu'il fût paré à un inconvénient si majeur, et pour qu'on opposât à l'ennemi des batteries flottantes, lesquelles disposées avec intelligence, pouvaient empêcher le débarquement ou le rendre très difficile.

« Ces messieurs ont bien reconnu la nécessité de cette précaution, mais des obstacles insurmontables sans doute se sont opposés à leur bonne volonté.

« En effet, le premier octobre, à trois heures et demie du matin, je me suis vu attaqué en avant de mon front, par Son Altesse le duc régnant de Brunswick, et deux heures après, par un détachement de ses troupes, qui ayant pris terre en trois endroits différents, s'était emparé par la gorge de la batterie de Ilalfweg et des postes qui me séparaient d'Amsterdam. J'ai, dans celte position critique, partagé mes forces avec assez de succès pour soutenir jusqu'à une heure cette double attaque, et voir l'ennemi après une perte considérable et plusieurs tentatives infructueuses se retirer entièrement de mon front, tandis que celui que j'avais à dos repoussé du premier abord, était tenu en échec.

(( Mais enfin, après avoir vainement tenté de rouvrir ma communication, voyant que je n'étais pas secondé du coté de la ville et mes munitions étant épuisées, je me suis vu contraint à me retirer sur Oudekerke, en défilant homme par homme à travers les abatis et les coupures.

c( Ayant été admis dans les murs d'Amsterdam avec les débris de ma troupe, j'ai fait rapport aux États de Hollande de ce qui s'était passé depuis l'évacuation d'Utrecht, et ai adressé copie de ce rapport au prince

d'Orange en lui déclarant que j'étais prêt à soumettre ma conduite à lexamen le plus rigoureux.

« Peu après, le régiment que je commandais a été licencié sans que j'aie reçu aucun témoignage de blâme ou d'approbation. J'ai prolongé mon séjour en Hollande jusqu'à la fin de l'année et employé ce temps à liquider les dettes contractées pour la levée. J'ai rendu compte aux finances de la province des fonds qui m'avaient été confiés, et quoique j'eusse encore à prétendre à une somme considérable, j'ai fait voir que par mon économie, il' me restait en main une somme d'environ douze mille livres, dont j'ai sollicité la distribution en faveur des officiers qui ont servi sous mes ordres.

« Enfin, j'ai quitté le pays après lui avoir sacrifié les années de ma jeunesse, mon emploi et une partie de mon patrimoine ; mais j'en ai emporté le souvenir consolant d'avoir servi de mon mieux, jusqu'à la fin, la cause que j'avais embrassée, sans avoir perdu, je crois, l'estime du parti contraire, et d'avoir obtenu de Son Altesse le duc de Brunswick et des généraux et officiers prussiens plus de témoignages d'approbation que n'en a mérité la résistance que j'ai été en état de leur opposer.

<( Libre aujourd'hui de tout engagement dans cette double époque oii Sa Majesté comble de bienfaits les victimes du patriotisme hollandais, et où elle daigne rappeler dans son royaume les sujets de la religion protestante, en leur accordant un état civil, je bénirai les traverses que j'ai essuyées, si je puis rentrer dans ma patrie et consacrer le reste de ma vie au service de mon roi. »

COMPTE RENDU DE SA MISSION A PARIS ADRESSÉ PAR LE COMTE DE PORTES AuYaNDAMAN

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