MEMOIRE SUR LE PAYS DE VAUD PAR LE COLONEL GUILLAUME DE PORTES
« Février 1814.
(( Mon opinion est que les gens éclairés du pays de Vaud, particulièrement ceux qui n'ont eu aucune part aux révolutions précédentes, auraient dû être disposés, dans les circonstances actuelles, à se rattacher à Berne, et qu'un bon système de réunion eût été ce qu'il y avait de plus désirable pour les deux pays. L'opposition que j'ai rencontrée jusqu'à présent m'a confirmé dans ma pensée, et comme je ne me sens dirigé par aucun intérêt particulier, je veux pour ma propre édification, et pour celle de tout au plus quelques amis, vérifier si en effet mon jugement est faussé sur ce point et rassembler les raisons sur lesquelles il se fonde. Mon désir d'être redressé, si je suis dans l'erreur, est sincère, et je me plais à rendre hommage au caractère et aux bonnes intentions de quelques personnes entre celles dont l'opinion diffère sur cet objet de la mienne, mais je ne puis les comprendre.
« On peut distinguer les habitants du pays de Vaud en quatre classes : La première est celle des gouvernants et de tous ceux qui sont revêtus de quelque emploi dans le régime actuel. Si leur force numérique n'est
pas considérable, elle est grande par leur union, par un intérêt commun et positif, par l'activité et la capacité de leurs chefs. Ce sont les enfants et les favoris de la Révolution dont ils se sont réservé tous les avantages. Leur nombre étant multiplié par leur mouvement, on doit facilement prendre leur voix pour l'expression du vœu général, et leur indignation contre Berne doit être proportionnée à la crainte de perdre ce qu'ils ont acquis.
La seconde classe comprend la masse de ceux qui ont profité, par l'abolition des droits féodaux, et ont cru se relever d'autant par l'abaissement des autres. On voit dans leur rang quelques ennemis particuliers des Bernois, et les gens les plus aisés tant des villes que des campagnes, en raison de ce que le mobile de l'amour-propre est plus puissant chez eux, et parce que les profits ont été en proportion des fortunes.
(( Je range dans la troisième classe ceux qui, bien loin d'avoir profité de l'abolition des droits féodaux auxquels ils n'étaient pas assujettis, ont essentiellement perdu par l'établissement de nouveaux impôts : spécialement tous les montagnards. Je mets à leur tête un certain nombre de gens honnêtes et susceptibles de gratitude liés à Berne par des bienfaits. Ils existent dans les villes et dans les hameaux, et je les fais suivre par la classe indigente. On estime que si un vœu libre pouvait être exprimé, cette classe l'emporterait peutêtre sur la précédente.
(( Enfin, viennent les anciens propriétaires des seigneuries et des droits féodaux, et ceux qui, par quelque avantage de naissance ou de position, et, à raison du mal qu'on leur a fait et des insultes qu'ils ont reçues, ont mérité d'être exclus de toute participation au gouvernement. Il semblerait que cette classe qui a en quel-
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que sorte partagé le sort des Bernois, devrait nécessairement être disposée en faveur de ceux qui, pendant des siècles, protégèrent ses propriétés, et dont elle n'a pas à se plaindre; cependant elle se prononce, dit-on, pour l'indépendance. Les souvenirs de la Révolution paraissent effacés ; on semble prêt à tendre la main à ceux dont on a été repoussé d'une manière humiliante, et à partager avec eux, même inégalement, l'autorité, pourvu que le pays de Vaud reste à lui-même, et qu'ainsi l'œuvre jacobine qui l'enleva aux Bernois en 1798 soit consommée.
« En attribuant au dévouement le plus noble cette direction des esprits, qui paraît sans cela en contradiction avec tout sentiment élevé, il faut au moins pouvoir se persuader que le bonheur du pays est attaché à cette indépendance acquise à si haut prix.
« Mais si l'on consulte l'expérience, celle de plusieurs siècles apprendra que le pays de Vaud a joui sous la dépendance de Berne d'un bonheur qui sans doute n'est plus à recouvrer, mais dont on a droit d'inférer une forte présomption que la réunion actuelle des deux pays n'est pas incompatible avec ce bonheur. Cependant, l'on accorde volontiers que malgré la démoralisation du peuple qu'on a rendu injuste et ingrat, malgré le renversement de la fortune publique et l'introduction de l'impôt, malgré l'exclusion d'une classe de citoyens, malgré des abus révoltants surtout dans l'administration de la justice, l'espèce de démagogie sous laquelle nous avons vécu n'a pas été aussi oppressive qu'on eût pu le craindre, et qu'elle a paru même se concilier avec la prospérité publique qui naissait, pendant cette époque, de plusieurs causes. On peut dire au reste, que quelque forme du gouvernement qu'eût prescrit l'Acte de Médiation, quelques hommes qu'il
eût employés, ce gouvernement devait invariablement marcher sous Tinfluence puissante qui Tavait créé, et prospérer à l'abri de la paix. Il est même permis desupposer que sous la continuation du régime helvétique actuel, les changements et modifications auxquels les gouvernants vaudois se soumettraient aujourd'hui par nécessité, eussent suffi pour produire un ordre de choses assez bien adapté aux circonstances, c'est-à-dire une démocratie tempérée par l'ascendant de la propriété.
Mais à l'époque de régénération oii, s'il plaît au ciel, se trouve l'Europe, après les funestes effets de l'influence populaire, serait-il possible que l'on laissât subsister une création jacobine sur les frontières de l'ancienne France? Croit-on que Genève reprenne ses conseils généraux ? Berne, Fribourg et Soleure ont rétabli déjà leur ancienne constitution, et le canton de Vaud, indépendant au milieu de ces divers États, peut-il exister autrement que sous une forme analogue à celle de ses voisins ?
« Or, une aristocratie est l'œuvre du temps et ne peut se créer d'un seul jet; ici même, les circonstances ne semblent pas favorables. La classe des exclus manque de point de ralliement. Éloignée des affaires, elle n'en a pas l'habitude.
(( Encore moins les démagogues peuvent-ils d'un seul jet se constituer en aristocrates. Le peuple accoutumé à être flatté, à exiger des sacrifices, ne se soumettra pas volontiers à ceux qu'on sera forcé de lui imposer, et, s'il faut le contenir, les charges seront plus pesantes.
(( D'un autre côté, l'indépendance vaudoise ne peut être réelle et légale si Berne ne fait une renonciation de ses droits. Outre ceux de souveraineté, elle a à revendiquer les pays annexés au canton qui ne faisaient
point partie du pays de Vaud, les terres et domaines acquis de ses propres deniers, les lauds qui n'ont pas été rachetées, et serait-il croyable qu'il ne fût alloué aucune indemnité à ce canton pour ces divers objets ? En conséquence, nouvelle charge pour le pays ; et peuton se flatter, même en supposant la plus grande sagesse et le gouvernement le mieux combiné, que le peuple vaudois, imbu de son droit à prétendre à tout, à payer le moins possible, également blessé dans son intérêt et dans son amour-propre, ne finît par regretter sincèrement ses démagogues, et même ses anciens aristocrates?
(( Est-il possible que des intrus, à peine considérés naguère comme de simples concitoyens, auxquels on aurait refusé un suffrage pour le moindre emploi, qu'on peut aussi juger susceptibles de ressentiment et de vues personnelles ? Est-il possible que, tout à coup, on leur accorde le degré d'estime, de confiance, nécessaire surtout à un gouvernement qui s'établit dans des temps difficiles, et qui, loin de pouvoir soulager, est, au contraire, forcé d'augmenter des charges publiques? Si le gouvernement risque d'être entravé dans son intérieur, on peut craindre aussi qu'il ne soit pas vu de bon œil par ses voisins. Les Valaisans oublieront-ils jamais les incursions vaudoises ? et la renonciation des Bernois peut-elle être bien sincère? Seront-ils disposés à favoriser les rapports commerciaux, celui des vins, en particulier, si nécessaire à la prospérité du pays de Vaud, etc. ?
(( Enfin, pour ceux qui comptent la morale pour quelque chose, même en politique, il répugnera toujours qu'une indépendance acquise par des moyens odieux, et qui rappelle une flétrissure nationale, se trouve sanctionnée au bout d'un petit nombre d'années par le
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pouvoir réparateur ; si cette sanction est accordée, ce sera l'effet des influences particulières, des intrigues, et le résultat ne sera pas solide.
« Ces considérations pourraient suffire, et elles semblent appuyer fortement ma première proposition, que, dans les circonstances actuelles, un bon système de réunion qui eût concilié les intérêts et les amourspropres des deux pays, était le problème à résoudre, et que le bonheur du pays de Vaud est loin d'être attaché à son indépendance.
« Si cette proposition répugne extrêmement à la classe des gouvernants, c'est peut-être la meilleure preuve de sa bonté ; ces hommes ne croient pas à la générosité, et l'on conçoit que dans leur inquiétude d'être appelés à céder leurs places, ils ne craignent rien autant que d'avoir à se rapprocher de ceux qu'ils ont mortellement offensés. Une multitude de partisans naturels de leur cause, d'autres désireux de les remplacer, ou simplement flattés du mot d'indépendance, paraissent réunis sous la même bannière, et la proclamation de Berne a dû en augmenter le nombre et refroidir les amis de sa cause. Cette démarche intempestive fournit, il est vrai, des armes contre elle, et ce qu'il y a peut-être de mieux à dire à cet égard, c'est qu'elle est l'ouvrage d'un petit nombre d'individus qui se sont trouvés dans des circonstances très extraordinaires, et qu'elle n'exprime pas le vrai sentiment des Bernois ; surtout, on ne pense pas que l'appât des places dans le gouvernement offert à un certain nombre d'individus vaudois, soit le vrai lieu qui doive unir les deux pays ; il serait même à craindre que ce moyen seul ne produisît de grands motifs de jalousie, et de petits résultats pour le bien général. Mais il semble qu'un travail de gens éclairés de part et d'autre, eût pu conduire à des résultats d'un
plus grand effet. Et pour présenter en passant quelques idées générales sur cette question,, on estime que le but serait mieux rempli, si l'on accordait au pays de Vaud la partie judiciaire du gouvernement, sauf la nomination aux places supérieures et le droit d'appel à Berne en certaines causes, la régularisation de l'impôt d'une manière fixe et légale qui prévient l'arbitraire, et la parfaite égalité de droit en tout ce qui concerne l'État militaire.
« On dira plus : l'intérêt des Vaudois à la réunion est peut-être plus positif et plus démontré que celui des Bernois : le danger des choses nouvelles pour les premiers, la destruction de leurs ressources financières qui les réduit à la nécessité de l'impôt, leurs rapports agricoles, le grand avantage d'éteindre des ressentiments légitimes et de détruire l'esprit révolutionnaire français, etc., tout semble indiquer que si jamais la Suisse est laissée à sa propre influence, on aura lieu de regretter les circonstances favorables qui permettent maintenant d'établir cette réunion sur des bases solides et des principes équitables.
(( Mais on objecte que la Suisse ne consentirait point à voir le canton de Berne reprendre son ancienne prépondérance. Sans examiner si cette supposition est d'accord avec le caractère national de loyauté et de justice, et si le canton de Zurich, par exemple, consentirait, en vue d équilibre, à se démembrer pour arrondir ses petits voisins, il suffit d'observer que le vœu présumé de la Diète helvétique constituée en 19 cantons, n'est autre chose que le vœu des hommes créés par l'Acte de médiation, et que, conséquemment. il doit se prononcer pour le maintien de leurs institutions, et qu'ils sont en ce point juges et parties.
« Mais, dira-t-on encore, ces institutions sont préfé-
rables aux anciennes ! On ne peut nier, à la vérité, que l'époque de la Révolution de 1798 et celle de l'Acte de médiation ne soient la partie la plus humiliante de l'histoire des Suisses ; mais, enfin, le résultat en a été favorable, de grands abus ont été réformés, et, du froissement qu'éprouvèrent alors quelques Etats, ressortit pour d'autres une existence plus heureuse, enfin l'ensemble du corps fédératif a été mietx combiné , et mieux administré. L'expérience de dix années vient à l'appui, et plusieurs faits concourent à l'attester. Voilà sans doute l'argument le plus spécieux; il présente la question sous le point de vue le plus étendu, celui sous lequel les Hauts Alliés doivent essentiellement considérer la Suisse, celui surtout qu'on met sous leurs yeux. En effet, personne ne peut contester que le lien fédératif central, presque uniquement limité autrefois aux relations étrangères, n'ait été étendu et adapté utilement, soit pour la prospérité, soit pour la force du corps helvétique ; il est également évident que la Thurgovie, que les cantons formés des terres médiates, ne peuvent regretter l'ancien ordre de choses, que l'Argovie même et le pays de Vaud, malgré le bonheur dont ils jouissaient, n'eussent eu bien des choses à désirer ; il est juste aussi d'avoir égard au changement qui s'est opéré dans les esprits.
(( En convenant de ces faits, on répond que, sans aucun doute, tout ce qui a été avantageux doit être conservé, et même perfectionné, mais que le bien qui peut être ressorti du mal n'est point attaché au nombre de 19 cantons, ni aux individus créés ou désignés par l'Acte de médiation. On accorde de plus que la nécessité, que le salut public commandent des sacrifices. Mais on demande ensuite qui décidera de leur nature et de leur étendue ? Seront-ce ceux qui les ont arrachés
eux-mêmes par la force révolutionnaire et les baïonnettes étrangères, seront-ils ainsi appelés à modifier et à sanctionner leurs propres attentats ? Ou seront-ce ceux qui — maîtres légitimes injustement dépouillés — doivent avoir appris de Texpérience et du malheur à discerner leurs vrais intérêts et ceux de leurs peuples ? Certes à eux seuls appartient l'honneur et le droit de faire des sacrifices.
« Il en est cependant qu aucune force n'est capable d'obtenir. Tels sont ceux qui compromettent la dignité et dégradent le caractère, tel serait le cas où, dans le moment présent, après l'imprudente proclamation de Berne, on exigerait de ce gouvernement un envoi libre en apparence de ses députés à la Diète des 19 cantons, ou, ce qui reviendrait au même, une renonciation volontaire de ses droits sur l'Argovie et le pays de Vaud, en faveur de ceux qui les en ont dépouillés et qui siègent à la Diète. Ainsi cette question la plus importante pour la Suisse ne peut, dans la direction apparente des esprits et des choses, être tranchée, sans quil en résulte pour le moment présent un grand abus de la puissance, et pour son avenir peut-être peu éloigné, des semences de trouble et de nouvelles secousses, aussitôt qu'un changement de circonstances les favorisera.
« Ceci me ramène avec force à ma première pensée, et me fait d'autant plus regretter que les personnes dont l'opinion compte au pays de Vaud, et qui étaient autrefois attachées au gouvernement de Berne, ne soient pas restées fidèles à ce sentiment, et n'aient pas réuni leurs efforts dans le but de concilier l'intérêt des deux pays. Ces efforts, probablement infructueux, m'auraient paru honorables, et peut-être auraient-ils amené quelque résultat utile.
« Mais un cri qui semble unanime réclame l'indépen-
dance. Tel fut le cri révolutionnaire : Liberté, Égalité, tel — oserait-on presque dire — est maintenant le décret de la Diète : Point de sujets. D'anciens Suisses auraient décrété : A chacun son droit, et quoique je n'aie rien à revendiquer pour moi-même, je m'en tiens là, et me méfie. des idée vagues, vraies enchanteresses qui trompent et tourmentent le monde depuis si longtemps sans le corriger.
(( Mais enfin, de qui les Vaudois tiennent-ils leur titre de Suisses dont ils sont maintenant si fiers, si ce n'est du droit de conquête qui les soumit à Berne ? Qui, sans parler des temps reculés, défendit l'honneur national dans les champs de Fraubrunn ? Ce fut Berne abandonnée de presque tous ses alliés, dans le même temps que les Vaudois, réunis aux hordes révolutionnaires de France, levaient contre elle un bras parricide : Ce fut le premier acte de leur indépendance.
(( Quel souvenir honorable reste-t-il pour eux de ces jours funestes, si ce n'est la légion fidèle?
(( Qui, dans cette époque désastreuse et les temps qui suivirent, désespéra le dernier de la chose publique, répandit sur la Suisse entière le plus d'éclat, mérita les honneurs de l'Europe et l'estime des ennemis? Ce fut le grand, le vertueux Steiguer.
« En 1802, qui renversa le gouvernement révolutionnaire connu sous le nom de «République une et indivisible», le chassa de Berne, le relégua à Lausanne, oii la barque qui devait le transporter sur le sol de France était préparée? Deux jours de plus, le pays de Vaud revenait à Berne Bonaparte arrêta le mouvement national et créa l'Acte de médiation,
« Pendant toute la durée de cette influence, qui a rendu à la Suisse des services plus importants ? Qui a montré plus de dévouement et fait de plus grands sacri-
fices que le Landaman de Watteville ? Maintenant tout semble oublié, Berne est en proie aux reproches injustes et aux calamités de tout genre, mais, au-dessus de ces murs que tourmente la discorde et qu'affligent des maladies cruelles, on voit, en dépit de l'envie, briller une auréole d'honneur et de vaillance qui présage de meilleures destinées.
« Plus j'ai donné de développement à mon opinion, plus j'ai senti qu'elle est fondée sur la Justice, sur l'Honneur et sur l'Intérêt bien entendu ; je ne veux donc point m'en départir, car c'est aussi une réalité dans la vie que les sentiments et les pensées, c'est même la seule propriété qui ne puisse nous être enlevée, la seule qu'il soit en notre pouvoir de bien régler et de maintenir. Que celui qui s'en croit capable fasse de nouvelles constitutions !
«Après tant d'extravagances et d'expériences funestes, l'esprit droit se sent une tendance involontaire vers le retour des anciennes choses sagement modifiées, et puisque des froissements sont inévitables, il voudrait qu'ils fussent en quelque sorte justifiés et rendus moins pénibles par la droiture des intentions et la rectitude du principe.
« Si l'on fait maintenant l'application de ce principe du retour vers les anciennes choses à l'intérêt de la grande cause devant laquelle toutes les autres doivent se taire, on trouvera que c'est véritablement l'esprit qui l'anime, et que dans ce cas il est en parfaite harmonie avec elle, avec les opérations politiques des Hauts Alliés en Allemagne, et avec leurs premières vues relativement à la Suisse.
« A la vérité, les 56 députations admises à Baie et tout ce qui s'est passé à Zurich semblerait indiquer l'intention de mettre en jeu les prétentions multipliées et
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contradictoires, et toutes les petites passions qui nous agitent en s'imposant la tâche d'en débrouiller le cahos.
Mais si Ion fait attention d'autre part à la proclamation du prince de Schwartzenberg, à la mission de M. de Senft, on voit clairement qu'ils ont été malheureusement détournés de leur première pensée. Cette pensée de ne reconnaître et de ne traiter qu'avec l'ancienne Suisse, était d'accord à la fois avec la justice et avec la politique. Elle ramenait à un ordre de choses connu. L'époque de 1798 en avait mis en évidence les défectuosités. Les fautes commises étaient autant de fanaux dont la trace subsistait encore ; et de qui pouvait-on attendre plus d'énergie, plus de zèle à en prévenir le retour, que de ceux qui en avaient si fortement éprouvé les conséquences funestes ?
« C'est des hommes et non des vaines théories que provient l'impulsion qui détermine l'action des corps politiques. Il fallait donc rétablir les treize cantons afin de remettre en place les anciens magistrats. La parole seule des Hauts Alliés et la présence de leurs armées eussent suffi pour prévenir ou arrêter toute résistance. Bientôt des concessions volontaires auraient calmé les mécontents, et l'on eût vu la masse du peuple Suisse sagement dirigée vers le même but, coopérer à la grande cause de l'humanité et obtenir de ses propres efforts le recouvrement de Tindépendance nationale.
« Tout au contraire, en annulantl'Acte de médiation et en laissant subsister son ouvrage et les hommes qui lui donnaient la vie, on a commis un contre-sens politique dont le résultat inévitable a été non seulement de neutraliser entièrement la Suisse sous le rapport des affaires générales, mais encore de jeter partout
les brandons de la discorde et les ferments de la guerre civile. Que veulent donc les Hauts Alliés? Dans ce moment où la justice éternelle donne à l'abus de la puissance la plus terrible des leçons., où cette justice enfin satisfaite va replacer sur son pivot le monde ébranlé, qui oserait douter des intentions bienveillantes de ces princes choisis par le Très-Haut pour être les ministres de ses volontés ?
('. Sans doute ils ne voudront pas que l'époque de leur entrée chez les Suisses, estimée nécessaire au succès de leurs grandes entreprises, que cette époque où tout renaît à l'espérance, soit le terme du bonheur de ces peuples.