‹ Le comte Joseph de Maistre: sa vie, ses écrits, ses doctrinesChapitre 14 sur 31 · I. — LA FAMILLE · texte numérisé non relu

I. — LA FAMILLE

Le comte Joseph-Marie de Maistre naquit à Ghambéry, en 1754, d'une famille d'origine languedocienne dont une branche s'était établie en Savoie au commencement du xvii* siècle. Il était l'ainé de dix enfants, dont un seul, outre lui, devait laisser un nom illustre, le comte Xavier, auteur du Voyage autour de ma chambre, opuscule qui serait dans notre littérature une perle du plus haut prix s'il eût prié son grand aîné, qui en fut l'éditeur, d'y effacer les traces assez nombreuses de la frivolité licen-

8 CHAFITRB PRBMIBR

cieuse du xvni* siècle (1), — mais Fauteur surtout de ce chef-d'œuvre d'analyse morale et de touchante émotion religieuse qui s'appelle le Lépreux de la cité d'Aoste.

Le père de cette nombreuse tribu était président du Sénat de Savoie, et laissa dans sa compagnie les plus beaux souvenirs (2).

De la mère (3) je ne veux dire ici que ce mot de son glorieux âls : « C'était un ange à qui Dieu avait prêté un corps (4). »

Les vraies traditions de la famille chrétienne régnaient dans cet intérieur. Sous la souveraineté de Dieu, l'autorité du père et de la mère s'y exerçait avec une plénitude sûre d'elle-même ; et de la part de tous les enfants, mais d'aucun plus que de l'aîné, une obéissance pleine d'amour répondait à ce doux et ferme empire. Nous savons, — et cet exemple suffira sans doute, — que, pendant qu'il faisait son droit à Turin, il ne voulut jamais lire aucun livre sans avoir écrit à Chambéry pour en demander la permission à ses parents.

1) En nommaat cet ouvrage, j'enteads nommer aussi sa suite, l'Expédition nocturne, d'une finesse et d'une grâce égales, et plus exempte du travers que je signale.

2) Voir, à l'appui, les détails donnés par le comte Rodolphe de Maistre dans la notice biographique dont il est parlé plus haut.

3) Le nom de la comtesse de Maistre était Christine de Motz.

4) Je pense qu'on me saura gré de reproduire ici l'inscription que ce fils, âgé alors de vingt ans, composa pour la tombe de cette mère. Je ne crois pas qu'elle ait été jamais publiée. Je la tiens, ainsi que les autres documents inédits qui donneront à

De ses quatres frères, un obéit à l'attrait qui l'ap-

C6tte étude son principal mérite, de l'extrême obligeance de M. le comte Charles de Maistre.

PERENNI MEMORI^ MATRIS AMANTISSIMiE LIBERIS TENEROQUE CONJUGI ERBPT^

Page 1