EN SORTE QU*ON LES CRUT DES ANGES
« Or, quand on songe que cet ordre législateur,
qui régnait au Paraguay par l'ascendant unique des Tertus et des talents, sans jamais s'écarter de la plus humble soumission envers l'autorité légitime même la plus égarée ; que cet ordre, dis-je, venait en même temps affronter dans nos prisons, dans nos hôpitaux, dans nos lazarets, tout ce que la misère, la maladie et le désespoir ont de plus hideux et de plus repoussant ; que ces mêmes hommes, qui couraient, au premier appel, se coucher sur la paille à côté de l'indigence, n'avaient pas l'air étranger dans les cercles les plus polis ; qu'ils allaient sur les échafauds dire les dernières paroles aux victimes de la justice humaine, et que de ces théâtres d'horreur ils s'élançaient dans les chaires pour y tonner devant les Rois ; qu'ils tenaient le pinceau à la Chine, le télescope dans nos observatoires, la lyre d'Orphée au milieu des sauvages, et qu'ils avaient élevé tout le siècle de Louis XIV ; quand on songe enfin qu'une détestable coalition de ministres pervers, de magistrats en délire et d'ignobles sectaires a pu, de nos jours, détruire cette merveilleuse institution et s'en applaudir, on .croit voir ce fou qui mettait glorieusement le pied sur une montre, en lui disant : Je t'empêcherai bien de faire du bruit. Mais qu'est-ce donc que je dis? un fou n'est pas coupable (1). >
1) Essai sur le principe générateur, chap. xxxvi et xxxvii.