‹ Le comte Joseph de Maistre: sa vie, ses écrits, ses doctrinesChapitre 21 sur 31 · LA TI · texte numérisé non relu

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parvenir la vérité jusqu'à lui; car, plus le gouvernement se trompe, et plus il a besoin de fidélité. >

6(18) septembre 1811.

Philalexandre.

Ces fortes raisons furent goûtées par le ministre et par l'empereur. En 1812, le collège de Polotsk fut érigé en Université. La part que l'intervention du comte de Maistre avait eue à ce succès resserra les liens qui l'unissaient à la Compagnie. J'en trouve une preuve, particulièrement intéressante pour les humanistes, dans l'échange des deux billets suivants, encore inédits, que je traduis sur le texte latin, vraiment exquis :

« Monsieur le comte,

« On me remet enfin aujourd'hui les huit petits volumes de la théologie de notre P. Sardagna. Permettez-moi de vous en offrir un exemplaire comme gage de la reconnaissance qui vous est due par toute notre Compagnie. Le Seigneur vous a donné cinq talents : la vraie foi, le dévouement à la reli gion, l'étendue du savoir, l'élévation du rang, le charme exquis du commerce dans les relations avec la haute société. Mettez-donc à profit cet ouvrage; étudiez, assimilez-vous, gravez dans votre mémoire ses démonstrations et ses solides réponses aux objections; et produisez-les, quand besoin sera, pour la défense de la sainte religion, de l'Eglise et de son chef visible; en sorte qu'un jour vous puissiez direà

votre Dieu et à votre juge : « Seigneuf , vous m'aviez confié cinq talents ; voici que je leur en ai ajouté cinq autres ; » et qu'il vous réponde : « Courage, bon serviteur, parce que tu as été fidèle en de petites choses, je te constituerai sur de grandes choses; entre dans la joie de ton maître. » — C'est la prière ardente qu'adresse à Dieu en son nom et en celui de ses frères.

De Votre Excellence,

Le très dévoué serviteur,

F. Brzozowski, p. g. S. J. >

Saint-Pétersbourg, 7 janvier 1864.

« Mon Très Révérend Père,

« Je vous dois et vous rends mille grâces pour le beau présent dont vous venez d'enrichir ma bibliothèque. Cette théologie dogmatico-polémique de l'éminent P. Sardagna sera conservée à plus d'un titre parmi mes trésors : d'abord parce qu'elle a pour auteur un membre de cette Société dont j'ai toujours été le très fidèle ami ; ensuite parce que ma main la tient directement de la vôtre ; j^uh parce que, éditée à Polotsk, elle me sera un monument de votre académie dont j'ai vu le berceau au milieu

Des autans en furie et des bruyants orages,

et que nous voyons aujourd'hui, par une plus manifeste protection de Dieu, subsister dans ces temps

pleins de menaces. Enfin un nouveau prix s'ajoute pour moi à ce livre, parce que c'est mon excellent et \ énéré ami le P. Angiolini qui me l'a apporté au nom de l'Académie comme un premier fruit du champ que vous cultivez à Polotsk. Fasse Dieu que, dans peu d'années , les grands in-folio de Pétau, de Bellarmin et des autres héros de votre école sortent à leur tour des mêmes presses, et que leurs rééditions, se multipliant par vous, se répandent dans le monde sous d'heureux auspices!

« Cependant, mon Révérend Père, je vous supplie de ménager un peu ma modestie, et de m'accorder, au lieu de ces louanges dont je me déclare fort indigne, le concours de vos prières et de celles de toute votre Compagnie dont je serai le défenseur

Tant qu*un souffle de vie animera mes veines,

afin que le peu qui m'en reste ne soit pas absolument inutile à la religion, à mon Roi, et à mes amis parmi lesquels vous occupez une place éminente.

« De votre Révérence, le très dévoué serviteur,

Maistre. »(1)

1) ExceUentissime domine Comes,

AUati mihi tandem hodie sunt octo tomuU Theologiœ Patris nostri Sardagna, quos tanquam pignus grati animi EzceUentise suse a Societate nostra debiti transmitto. Dédit tibi, vir illustrissime, quinque talenta Dominus: veram ReUgionem, Religionis amorem, multiplicem rerum cognitionem, ordinis dignitatem et amœnissimum in congressu cum primi ordinis hominibus sermo-

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