PREFACE TU
mais^ de vouloir bâtir une société sans Dieu, sup« primant ainsi Vautorité sans laquelle il n'y a plus d'autorités. Et la société sans Dieu est devenue bien vite une société contre Dieu, parce que Dieu ne se laisse pas oublier et que, si on ne le traite pas en souverain, on se condamne à le traiter en ennemi.
La folie a été cette prétention d'édifier absolument à neuf la constitution et les institutions, sans s'inquiéter de rattacher le présent au passé, bien plus, en prenant des pi'écautions infinies pour isoler celui-là de celui-ci et pour que le nouvel édifice, dépourvu de toute base religieuse, le fût aussi de toute basç historique. Et, comme s'il n'était point encore assez en l'air, on en fit une construction purement abstraite, destinée non point aux Français du XVIII* et du xix* siècle, mais à l'homme en général, — et à quel homme ? à un homme artificiel et imaginaire, à celui que le sensualisme, alors régnant et renaissant aujourd'hui, venait de fabriquer à sa mode par les mains de Gondillac et de l'Encyclopédie.
Joseph de Maistre nous a véritablement donné cette philosophie de la Révolution; je veux dire qu'il en a mis à nu le principe, dégagé la loi, annoncé les suites, — œuvre qui, après quatre-vingtdix années d'expérience, ne demande peut-être aujourd'hui que des yeux et de la bonne foi, mais œuvre pour laquelle il fallait du génie quand le re-