‹ Le comte Joseph de Maistre: sa vie, ses écrits, ses doctrinesChapitre 5 sur 31 · PREFACE IX · texte numérisé non relu

PREFACE IX

^ des Causes accidentelles, susceptibles d'être écartées ou neutralisées par des combinaisons plus prévoyantes. La cause dont elle est l'effet appartient à l'essence même de la Révolution. Compter que cette cause, tout en demeurant debout dans les institutions et dans les idées, cessera de produire son effet, c'est le plus chimérique des rêves. Se flatter de l'enchaîner, ou 'de l'affaiblir, ou d'en modifier la direction, c'est méconnaître entièrement sa force prodigieuse et son caractère inflexible.

En effet, tous les gouvernements issus de la Révolution sont tenus de se proclamer légitimes sous peine de se condamner eux-mêmes. Mais quel est le principe de la légitimité révolutionnaire? Rien autre chose que la souveraineté inaliénable du peuple, c'est-à-dire le droit pour une nation de chasser ceux qui la gouvernent toutes les fois qu'il lui en prend fantaisie. Et qu'est-ce ici qu'une nation ? En fait, c'est, le plus souvent, toute bande qui réussit à jeter le gouvernement par terre ; en théorie, c'est la majorité des citoyens exprimant ses préférences par un vote. Donc l'autorité qu'on appelle constituée n'a aucun droit, puisqu'à chaque heure elle peut être légitimement destituée; donc le droit n'existe pas, puisque, à prendre les choses au mieux, il consiste tout entier dans la force numérique, c*est-à-dire dans une force matérielle. Comme cette force fait tout droit, elle

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fait aussi toute justice, toute morale et tout devoir, c^est-â-dire qu'il n'y a ni devoir, ni morale, ni justice. Et comme toutes ces choses, s'Q y avait nn Dieu, existeraient et courberaient sous elles la souveraineté du nombre, la Révolution ne peut tolérer qu'il y ait un Dieu ; elle est essentiellement athée, parce que Dieu est essentiellement anti-révolutionnaire. A la volonté de Dieu qui est par elle-même sainteté, régie et sagesse, qui consacre et limite dans la famille l'autorité domestique, dans l'État l'autorité politique, elle substitue la volonté de l'homme qui, affranchie de tout frein et de tout contrôle, est caprice et violence. Cette révolte, cette négation est son principe; cette instabilité, cette anarchie tyrannique, cette perpétuelle remise en question de tout l'organisme social est son caractère nécessaire.

Parmi les gouvernements d'origine révolutionnaire plusieurs ont essayé d'échapper à cette logique implacable, de rendre à Dieu une petite place dans la vie sociale, de prendre vis-à-vis de la religion une attitude bienveillante et de faire dater de leur avènement une légitimité nouvelle. Issus de la souveraineté de l'insurrection, ils sentaient l'impossibilité de vivre avec le principe qui les avait fait naître , et ils auraient bien voulu s'en défaire. Mais leur effort a été vain, comme on devait le prévoir. Car leur résistance ne pouvait être qu'une demi-ré-

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