‹ Le comte Joseph de Maistre: sa vie, ses écrits, ses doctrinesChapitre 6 sur 31 · PREFACE ^I · texte numérisé non relu

PREFACE ^I

sistance ; à la pousser jusqu'au bout il leur eût fallu abdiquer au profit du droit, c'est-à-dire du pouvoir vraiment légitime qu'ils avaient renversé ou dont ils détenaient la place. Ils se sont donc défendus mollement, alors même qu'ils ont semblé vigoureux, contre la Révolution leur mère; et celle-ci les a finalement dévorés, donnant ainsi raison, plusieurs fois en un demi-siècle, à l'homme de génie qui avait su voir de loin les effets dans les causes et les conséquences dans les principes.

Les situations, depuis le temps où il écrivait, se sont d'ailleurs singulièrement éclaircies. Les princes et les peuples ont pu voir plus clairement que jamais ce qu'on gagne à écarter de la vie sociale l'influence de l'Église et à supprimer cette haute magistrature morale, cette grande justice de paix qui défendait les uns contre l'insurrection et les autres contre la tyrannie ; et il a bien fallu reconnaître que le livre du Pape avait eu raison dans l'ordre politique comme dans l'ordre théologique. Les gouvernements qui s'étaient placés à mi-côte et voulaient être à la fois conservateurs et révolutionnaires ont glissé sur une pente qu'il faut ou descendre ou remonter tout entière. Sous nos yeux, la Révolution

Page 1