XIV PREFACE
Et la France, nous le reconnaissons à des signes grandissants, commence à comprendre qu'il s'agit pour elle de périr ou de revenir à l'antique alliance de la nation et de la royauté. Lasse des expédients sans lendemain, elle s'aperçoit, vaguement encore, qu'il lui manque un principe; et elle a peur de l'abîme visible et prochain où la poussent ses pilotes officiels, poussés eux-mêmes par la fatalité de leur situation et par les impérieuses exigences des gens à leur suite. Elle commence, dans son péril et dans sa nuit, à entrevoir le salut et la lumière. Son cri de détresse a déjà l'accent d'un cri d'espérance.
Dans cette crise des âmes et de la société, nous avons, nous hommes de principe et défenseurs de la monarchie nationale, le droit d'envisager l'avenir avec cette confiance qui n'abandonna jamais Joseph de Maistre, même aux plus mauvais jours. Nous avons surtout le devoir de préparer cet avenir tel que nos prières le demandent à Celui qui seul peut nous le donner.
La tentation du découragement, toujours lâche et funeste, serait aujourd'hui simplement absurde ; et pour y succomber, il faut, en vérité, fermer les yeux
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à la lumière. A ceux-là d'être découragés qui n'ont point d'issue à offrir au pays et ne voient point de terre promise au delà de la mer Rouge. A ceux-là de croire que la fin de la France est venue, et que sa glorieuse histoire aura pour dénouement définitif, en ce siècle même, ou une anarchie incurable, ou une Terreur qui ne laissera rien subsister après elle, puis un démembrement qui effacera son nom de la carte de l'Europe. Mais nous, à qui chaque page des annales contemporaines apporte une confirmation de notre foi politique, nous qui voyons tous les jours nos rangs se grossir de tant de bons citoyens dont nous saluons la venue comme un acte de loyauté et de courage, nous dont le prince est désormais sans compétiteur avouable et dont le principe demeure seul vivant en face de la Révolution antichrétienne et antisociale, nous ne serions ni français ni raisonnables si nous laissions la tentation du découragement effleurer nos âmes et si nous ne protestions pas au nom du bon sens et du patriotisme quand le mot d'impossibilité bourdonne à nos oreilles. Que d'autres disent : la royauté est impossible, donc la France périra. A nous de dire, en hommes de sens et de cœur, en citoyens qui trouvent encore dans leur patrie de quoi ne pas désespérer d'elle : La France ne périra pas ; mais pour ne pas périr il lui faut la royauté ; la royauté est donc possible puisqu'elle est nécessaire. Ce fut, pendant
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vingt ans, le raisonnement de Joseph de Maistre ; il était bon alors, et Tévénement le justifia, quoique toutes les apparences fussent contre lui. Il est meilleur aujourd'hui, parce que le parti de la royauté est, sans comparaison aucune, plus vivant et plus fort en 1882 qu'en 1796 ou en 1812, meilleur surtout parce que la nécessité de son triomphe pour le salut du pays éclate avec une tout autre évidence.
La royauté est nécessaire parce que, seule en France, elle est l'autorité. Là où le droit n'est pas, la force peut se trouver, l'autorité jamais. Mais la force ne suffit pas à fonder des choses stables, parce qu'elle est instable elle-même, et qu'elle se rencontre aujourd'hui dans un camp, demain dans le camp opposé. Nous assistons, depuis près d'un siècle, à ses déplacements périodiques. Et c'est pourquoi, tout le monde le sent, V autorité n'est aujourd'hui nulle part, et nulle part aussi le respect que l'autorité peut seule commander et obtenir ; c'est pourquoi les pouvoirs publics reposent sur un sable mouvant, disons mieux, sur la plus mobile des mers : c'est pourquoi à chaque instant l'édifice craque et périodiquement s'efi'ondre. La France a la vie singulièrement dure d'avoir pu jusqu'ici résister à un tel régime. Mais il n'y a pas de tempérament si fort qui puisse y résister toujours, et les mieux constitués finissent par en mourir. II e.st