‹ Le comte LucanorChapitre 33 sur 64 · NE JUGEZ PAS TROP TOT; QUI NB VEUT SB MÊPRBHDIB · texte numérisé non relu

NE JUGEZ PAS TROP TOT; QUI NB VEUT SB MÊPRBHDIB

» lorsqu'il n'a pu tout voir, Dorr au moins tout entsîideb.»

Cet exemple, qui peint si vivement la foi héroïque des vieux Castillans^ est celui qu'on ne trouve dans aucune édition imprimée du comte Lucanor, et qui est tiré pour la première fois du manuscrit de la bibliothèque nationale de Madrid. Ce n'était pas assez d'en donner la traduction, le texte entier est reproduit plus loiû. (Voir rJjppuiciicen^S).

DE CE QUrADVINT A UN RENARD, QUI , SE HEtOUYAMT SURPRIS PAR LE JOUR, FIT LE MORT DANS LA RUE.

Le comte Lucanor s'entretenait un jour avec son conseiller : « Patronio,lui dit-il, un de mes parents est seigneur d'une si petite terre qu'il lui est impossible de se défendre, et ses voisins, qui se sentent plus forts que lui, ne cherchent que des prétextes pour l'attaquer ; ce sont chaque jour de nouvelles tracasseries ; il en est si fatigué qu'il aime mieux risquer tout que de les endurer plus longtemps. Quant à moi, je voudrais autant que lui-même le voir hors d'embarras ; mais comment faire ? Je n'ose le conseiller. Dites-moi donc, je vous prie, quel serait, selon vous, le meilleur parti à prendre?

— » Seigneur comte Lucanor, répondit Patronio, s'il m'était permis de vous raconter ce qui advint à un renard qui fît le mort, peut-être seriez-vous

EXEMPLE XUX. 345

moins eh peine pour donner un bon conseil à \otre

parent.

— » Parlez, dit le comte, je vous écoute.

» Seigneur comte Lucanor, poursuivit Patronio, un renard avait pénétré pendant la nuit dans un poulailler ; il y demeura si longtemps que le jour le surprit ; comment faire retraite ? Tout le monde était sur pied, et les poules n'avaient garde de se taire. Ne sachant que devenir, il se glissa furtivement dans la rue et s'y étendit comme s'il était mort ; les premiers passants qui l'aperçurent s'éloignèrent avec dégoût, persuadés que ce n'était véritablement qu'un cadavre ; mais bientôt il en vint un qui tira des ciseaux de sa poche et coupa quelque peu du poil de la tête, en disant qu'il n'y avait rien de meilleur pour guérir les enfants de la coqueluche ; d'autres arrivèrent ensuite qui attribuèrent la même vertu soit au poil du dos, soit aii poil des côtés ou de la queue ; enfin, il en vint tant et avec tant d'idées différentes, que le pauvre renard fut entièrement tondu ; mais il ne bougea point. « Que m'importe, se disait-il, la perte de ma fourure! l'hiver prochain me la rendra. »

» Par malheur, tout n'était pas fini. « Bon! fit un passant, je vais prendre un ongle de sa patte ; c'est excellent pour la guérison des panaris, et il arra*

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fcha l'origte. — Quels fcMcs blâlîfc§ et pôBs! dit tm autre , il n'y a rien qui vaille cela pour le mal de dents. » El il lès atracha un à un : jiigez si le mort dut souffrir; cëjpendâhl, il eut la force de tester iimhobile. Enfln^ lin passant, plus tnal avisé ienicorej s'ai^ rtta près dé lui et s' armant d'iin cotiteauj dit toiit bas : a U faut que j'emporte son cœur ; c'est parfait pour les palpitations. » En entendant ces mots, te renard, qui savait que le cdeut* ne repousse pas, pensa qu'il valait mieux risquer quelque chose que de tout perdre; il ressuscita au plus vite, se débattit et s'échappa.

» Et vbusj seigneur comte Lucànpr; si j'ai un avis à vous dortner, c'est d'engager votre parent à Supporter, tant qu'il le pourra sans déshonneur, les tracasseries de ses voisins, puisque Dieu lui a refusé les moyens de se défendre. On n'a pas à rougir quand on n'est pas de force à combattre et qu'on souffre sans se plaindre ; il n'y a de honte que pour celui qui ne sait ni souffrir ni résister ; mais si les choses en viennent à ce point que votre parent soit menacé d'une ruine certaine ou du déshonneur , alors son devoir est de tout risquer plutôt que de se laisser faire ; car, voyez-vous, il vaut mille fois mieux cdûrir quelque chance que ce soit, même celle de la taiort, eU défendant son droit et sOb honneur, que

de conserver son bien et sa vie au prix de tous les sacrifices et de toutes les humiliations. »

Le comte goûta beaucoup le conseil de Patronio, et don Juan, estimant aussi que l'exemple était bon à retenir, le fit écrire dans fcé livre avec deux vers qui disent ceci :

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