C SOUFFRE PÀTIEIIIIENT SI TU NE PEUX MIEUX FAIRE
» idnEiteiiT, LiifGfe lit ^oUi là> tdfaks à tdîi itfviti^iilik. »
On trouTe cet apologue dans le poème de Juan Ruiz de Hita. (Voyez Sanchez. — Poesias anteriùres alsiglo xv, str. 1386 à 1395).
. Les quatrains de Tarchiprétre sont d'une viyacité singulière; mais les détails diffèrent de ceux donnés par den Juan Manuel^ et offrent beaucoup inoins dé vraisemblance. D'abord^ c'est un savetier qui couïpe là queue du renard pour en faire, on ne sait trop comme, une chaussure légère; puis, u il chirurgien qui arrache une partie de la mâchoire pour guérir lesmaui de dents i puis, une vieille qui s'empare d'un oeil pour délivrer les jeunes filles des pâles couleurs; puis un médecin qui coupe une oreille pour rendre l'ouïe à ses malades; le dénouemant est le même dans les deux fables espagnoles; la moralité toutefois est moins complète chez lûan Huit de Hita que chez don Juan Manuel; cite se résuoie dans ce quatrain assez insignifiant :
Dëbe catar el orne côn sesoet coii medida Lo que faser quisiere, que haya del salida, Afate due fascr cosa qdel ^a retràida Quanoo teme ser preso ante busqué gucrida.
DE GB QUI ADVINT AU ROI ABEN-ABIT, DE SÉVIIXE, ATBG i«à
REINE RAMATIGA, SA FEUME.
Le comte Lucanor s'entretenait un jour a\ec son conseiller : « Patronio, lui dit-il, un homme que j'ai souvent obligé à mes dépens se conduit envers moi d'une façon singulière ; quand je lui accorde ce qu'il me demande, il témoigne de la reconnaissance; mais si je lui refuse ensuite autre chose, il se fâche, et me donne à entendre qu'il n'a plus souvenir de ce que j'ai fait pour lui. Comment donc faut-il agir avec un pareil ingrat? Vous avez un si bon jugement que je voudrais savoir ce que vous en pensez ?
— » Seigneur comte, répondit Patronio, la chose n'est pas nouvelle : ou je me trompe fort, ou votre cas est tout justement celui du roi Aben-Abit, de Séville, avec la reine Ramayiga, sa femme.
— » Racontez-moi cela, dit le comte Lucanor ; et Patronio reprit ainsi :
EXEMPLE ZXX. 349
D Le roi Aben-Àbit aimait Ramayiga par-dessus toutes choses. C'était une femme remplie de vertus et dont les Mores racontent des merveilles. Elle n'avait qu'un seul défaut : elle était capricieuse. Un jour du mois de février, il neigea par extraordinaire à Cordoue, lieu de sa résidence; Ramayiga, voyant cela, se mit à pleurer. Le Roi lui demanda pourquoi elle pleurait. «Je pleure, répondit-elle, parce qu'on ne me fera jamais habiter un pays où je puisse jouir d'un si beau spectacle tous les ans. » Aben-Abit, désirant la satisfaire, et ne pouvant faire neiger conune il l'aurait voulu, imagina de planter des amandiers sur toute la montagne de Cordoue, afin qu'à défaut de la neige , qui tombe rarement dans un pays si chaud, ces arbres couvrissent la terre d'un tapis de fleurs blanches au mois de février. Il espérait ainsi faire passer l'envie de Ramayiga ; mais il se trompait : un caprice ne s'en va que pour faire place à un autre. La Reine habitait un appartement qui donnait sur la rivière. Elle aperçut de là une femme occupée à pétrir une terre molle avec ses pieds, pour en faire des briques ; et aussitôt de pleurer. Le Roi lui demanda pourquoi elle pleurait. «Je pleure, dit-elle, parce que je ne suis pas libre de faire ce que je veux, pas même de piétiner dans le limon, comme cette femme. » Abcn-Abil, désirant lui être agréable, fit
a|^ LE co^pB LU|;JU^qB.
r^iftplacer Teau d|} graod b^in de pprdq^^ {^ $le rp^nce 4^ fose, et, ai| Jieji d'un ^iinon gfQSsier| tt
y fi^ i^ter <^f4ï®> gi'ïg^Df*!^» bepjoip, inijsc. 0^ réuni^ à tqiitc^ les épices Iqs plus d^lic^^es |es meilleurs parfi|ips qui spient ^u fnpnde. Pas un brin dç paille n'entra dans ce m^lapge ; on n'y pit que dj^ capnes à ^ucre. pès que le b^in fut rempli de toutes ces choses délicieuses çt qu'on eut composé un limon tel quiç vous pouvez l'imaginer, le Roi dit à Ramay^S^ ^^ ^ déchausser et de faire autant de briques qu'il lui plairait. Cela ne l'epipêcha point d'avoir bientôt un autre caprice et de pleurer de plus belle. Aben-Abit voulut connaître le sujet de ses larmes, a Et cpmn^ent ne pleurerais-je p^, rppliqua-t-elle, quand le Roi ne songe jamais à me fairfï le moindre plaisir! » Le Roi, hors de lui, et désespérant de jamais la contenter, s'écria en arabe : « Ehu alena^ifc aten; » ce qui signifie : Quoi! pas même le jour du limon ! Il voulait dire par là qup, si elle avait effacé de ^ i^iéqnoire tout ce qu'il avait accordé à ses caprices, elle devait au moins ^ souvenir du limon précieux qu'il avait fait préparer pour elle.
» Et vous, seigneur comtçLucanor, puisque votre homme ne tient compte que de vos refus, je vous engage à ne pas vou^ gêper pom lui : ç^ gérait vous
ruiner en pure perte. Mais j'ai encore un autre conseil à vous donner, c'est de ne pas imiter sa conduite ; si quelqu'un, après vous avoir rendu service, vous refuse quelque chose, il ne faut pas oublier le service reçu . »
Le comte Lucanor approuva fort ce conseil ; il le suivit et s'en trouva bien. Don Juan Manuel, estimant aussi que l'exemple était bon à retenir, le fit écrire dans ce livre avec deux vers qui disent ceci :
a LAISSE LA, POUR TON BIEN, L'HOMME TROP EXIGEANT » QUI DEMANDE SANS GESSE ET N'EST JAMAIS CONTENT. 1
Les mots arabes ne sont pas cités exactement dans le tç^xte espagnol; les noms des personnages varient aussi dans les manuscrits et dans les éditions imprimées. D'abord, c'est Aben- Abit et Ramayiga, puis Haben-Abit et la Romayga, enfin Ben- Avit et Roinaquia; il est permis de supposer qne les uns ne sont pas plus vrais que les autres; car la galanterie ingénieuse qui inspira la plantation des amandiers est attribuée par l'histoire au calife Abd-el-Rahman III, roi de Cordoue de l'an 912 à l'an 961, qui voulut satisfaire un caprice de sa femme ou maîtresse Azahra (la fleur) ^ c'est pour elle qu'il fit bâtir le fameux palais d'Azahra près Cordoue. (Voir VHistoire pittoresque de l'Espagne, par M. Laval lée^ p. 194. — Voir aussi VHistoire de l'Afrique et de l'Espagne sous la domination des Arabes, parCardonne. Paris 1765, 1. 1, p. 33Ô).
DU JUGEIfENT QUE RENDIT UN CARDINAL DANS UN PROCES ENTRE LES PRÊTRES ET LES FRÊRBS MINEURS DE PARIS.
Le comte Lucanor s'entretenait un jour avec son conseiller : « Patronio, lui dit-il, j'ai un ami, etnous avons formé ensemble un projet qui doit nous procurer honneur et profit. Je pourrais exécuter le projet tout seul ; mais je ne voudrais rien entreprendre jusqu'à ce que mon ami fût arrivé ; et comme Dieu vous a donné beaucoup de jugement, je vous prie de me dire si j'ai raison.
— » Seigneur comte Lucanor, répondit Patronio, pour que vous puissiez suivre en cette occasion ce que je crois être votre intérêt, je veux vous conter ce qui advint aux chanoines de la cathédrale et auxFrères Mineurs de Paris. »
Le comte lui demanda ce que c'était.
« Seigneur comte, reprit Patronio, les chanoi-
£X£MPL£ XXXI. 353
nés prétendaient qu'étant à la tête de l'Ëglise, ils devaient sonner les heures, et les Frères Mineurs soutenaient de leur côté que puisqu'ils étaient obligés de se lever les premiers pour étudier et pour chanter matines, c'était à eux de sonner sans attendre personne. Là-dessus il y eut un grand procès qui coûta beaucoup aux deux parties en paroles d'avocats et en frais d'écritures. Ce procès traîna pendant un temps infini à la cour de Rome. Enfin arriva un pape qui recommanda l'afTaire à im cardinal, et qui le chargea expressément de l'en débarrasser, d'une manière ou d'une autre. Le cardinal se fît apporter les pièces du procès ; il y en avait tant, que c'était pour effrayer le plus intrépide; quand on les eut réunies toutes sous les yeux du juge, celui-ci se mit à les examiner et prit jour pour l'arrêt; les parties Vinrent au jour indiqué, et après avoir fait brûler toute la procédure en leur présence : « Mes amis, leur dit le cardinal, votre querelle a duré bien longtemps et vous a coûté bien cher ; je ne veux pas la prolonger davantage ; voici donc ma sentence : les premiers levés sonneront les premiers. »
» Et vous, seigneur comte Lucanor, si le projet dont vous m'avez parlé est avantageux pour vous et pour votre ami, et si vous êtes en mesure de le faire réussir par vous-même, je vous conseille do vous
mettre à l'œuvre sans différer d'un seul moment; car bien souvent les choses les plus sûres manquent pour avoir trop traîné, et lorsqu'on se décide enfin à les faire, l'instant favorable est passé. »
Le comte approuva fort le conseil ; il le suivit et s'en trouva bien. Don Juan Manuel, estimant aussi que la leçon était bonne à retenir, la fit écrire dans ce livre avec deux vers qui disent ceci :
« SI TU PEUX aujourd'hui FAIRE UN PROFIT CERTAIN^ » DE PEUR DE LE MANQUEB, N'ATTENDS PAS A DEMAIN. »
L'exemple tiré du procès des chanoines de la cathédrale de Paris et des Frères Mineurs qui se disputaient le privilège de sonner les premiers à l'heure des matines^ appartient à ce genre d'anecdotes que l'archiprètre de Hita et le curé de Meudon aimaient à jeter dans leurs dissertations facétieuses. La sentence rendue par le cardinal ressemble à un jugement de Salomon ou à un trait de satire. En donnant gain de cause à ceux qui se lèveront les premiers^ le prélat n'a-t-il pas voulu condamner tacitement les chanoines ou lancer un défi à leur paresse? Si tel est le sens caché de ces paroles : les premiers levés sonneront les premiers, Tauteur du Comte Luc^nor n'y a pas mis tant de malice; son seul but a été de démontrer qu'il faut être diligent à bien faire, et ne jamais attendre quand il s'agit de saisir l'occasion, car l'occasion n'attend pas. C'est une vérité pratique qu'il a éclairée d'un conseil moral.
DE CE QUI ADVINT A UN ROI A\^C DES IMPOSTEURS QUI PRÉTENDAIENT FABRIQUER UNE ÉTOFFE MER- VEILLEUSE.
Le comte Liicanor s'entretenait un jour avec son conseiller : « Patronio, lui dit-il, un homme est venu me proposer une affîiire de grande importance, et m'a donné à entendre que je pourrais en tirer beaucoup de profit ; mais en même temps, il m'a recommande de ne livrer son secret à personne, et il n'a pas craint de me dire que si j'en parlais à qui que ce fût au monde, je mettrais en péril tout mon bien et jusqu'à ma vie. Or, comme je sais que celuilà serait bien habile qui pourrait vous faire prendre Te change sur ses intentions, je vous prie de me dire ce qu'il vous en semble :
— » Seigneur comte, répondit Patronio, pour que
TOUS sachiez ce qui, suivant moi, convient le mieux à vos intérêts, je voudrais vous faire connaître ce qui advint à un Roi avec trois imposteurs.
— » Et qu'est-ce que c'est? demanda le comte Lucanor.
— » Seigneur comte, poursuivit Patronio, trois imposteurs se présentèrent à un Roi comme d'habiles fabricants d'étofles; ils lui confièrent qu'ils savaient faire un tissu d'espèce merveilleuse, qui était visible à tout homme de naissance légitime, et invisible à tout autre. Le Roi fut enchanté de cela; U pensa qu'au moyen de cette étoffe il pourrait grossir considérablement son trésor;, car, chez les Mores, on n'hérite du bien de son père qu'autant ^qu'on en est véritablement le fils ; il ordonna donc qu'un palais fût mis à la disposition des trois maîtres tisserands, pour qu'ils pussent travailler à leur guise. Avant d'y entrer, ceux-ci lui dirent qu'ils désiraient être enfermés jusqu'à ce que leur ouvrage fût terminé, afin de le convaincre qu'il n'y avait aucune supercherie dans leur fait. Cette proposition fut acceptée et ne laissa aucun doute au Roi. Les trois étrangers, amplement munis d'or, d'argent, de soie et de toutes les matières précieuses qu'ils avaient demandées pour leur travail, se rendirent au palais et s'y mirent sous clef; là ils dressèrent leur métier, et
donnèrentàentendreque du matin au soir ils jouaient de la navette.
» Au bout de quelques jours, un d'eux alla dire au Roi que le tissu commençait à couvrir la trame, et que c'était la plus belle chose du monde; il indiqua les fîgures et les sujets déjà ébauchés ; puis il ajouta que s'il lui plaisait d'y jeter un coup d'oeil, il pouvait venir, mais à la condition de n'être accompagné de personne. Qu'on juge de la joie du Roi. Voulant néanmoins faire l'épreuve sans retard et sans risque, il envoya un de ses courtisans qui devait lui rapporter ce qu'il avait vu et lui faire connaître si on le trompait ou non. Dès que ce courtisan eut entendu les discours des trois maîtres tisserands et l'explication qu'ils donnaient de chaque dessin, il n'eut garde d'avouer qu'il n'avait vu l' étoffe. Un autre courtisan fut expédié et fit le même rapport, et il en fut ainsi de tous ceux qui suivirent ; pas un n'osa déclarer qu'il n'avait rien vu ; le Roi se décida donc à tenter l'aventure. Lorsqu'il mit le pied dans le palais, les trois maîtres étaient au travail ; ils se parlaient entre eux et disaient : Ceci est tel sujet, cela est tel dessin. Voici pour telle broderie, voilà pour telle couleur. Leurs mains, leurs yeux, leurs paroles étaient dans le plus parfait accord, comme s'il n'y avait qu'une seule et même chose devant
358 LE COMTE LUGANOE.
eux ; le Roi, en les entendant discourir de la sorte, et en voyant qu'il ne voyait pas ce que tous les autres avaient vu, sentit un froid mortel. H tint pour certain que si le tissu merveilleux restait invisible à ses regards, c'est qu'il n'était pas fils du Roi qu'il croyait être son père, et craignant de perdre la couronne, s'il avouait qu'il n'apercevait rien, il se mit à s'extasier sur la magnificence de l'étofle, en ayant grand soin de répéter tous les détails que les maîtres avaient donnés. De retour dans son palais, et au milieu de ses courtisans, il recommença de plus belle à vanter le chef-d'œuvre. Cependant, une inquiétude secrète ne lui laissait pas un moment de repos, et deux ou trois jours après, il dépêcha sort grand alguasil vers les tisserands ; les trois fourbes recommencèrent leur jeu ; ils décrivirent point par point tout ce que le Roi avait décrit. Le grand alguasil eut beau ouvrir les yeux, il ne vit rien, et fut forcé de conclure que sa mère avait failli ; mais réfléchissant que, si on le savait, il perdrait sa charge, il vanta l'étoffe autant et plus que le Roi. Revenu au palais, il dit qu'il avait vu le travail des trois maîtres, et qu'il rie connaissait rien de plus magnifique ni de plus parfait sulr la terre.
» Lé Roi, persuadé qu'en effet son lilguasil avait vu ce (}ue lui n'avait pas pu voir, se trouva ùrt peii
EXEMPLE XXllI. 359
plus triste qu'auparavant ; comment douter encore de son malheur? Ne lui était-il pas clairement démontré qu'il n'était pas fils du Roi son père ; il se remit donc à célébrer la beauté singulière de l'étoffe et le rare talent des maîtres qui savaient faire de tels chefs-d'œuvre. Il ne laissa pas cependant que de tenter une nouvelle épreuve ; son favori fut envoyé chez les tisserands ; mais il revint comme le Roi, comme l'aguasil et comme tous ceux qui avaient été envoyés étaient revenus ; la même crainte lui fit porter le même témoignage.
» Arriva un jour de grande fête ; toute la cour engagea le Roi à se parer de l'étoffe merveilleuse , les tisserands l'apportèrent au palais soigneusement enveloppée dans la toile la plus fine et feignant de la dérouler ils demandèrent au Roi quels vêtements il voulait. Celui-ci leur fit connaître ses intentions, et aussitôt ils s'occupèrent à prendre des mesures, à tailler et à coudre ; puis ils réclamèrent l'honneur d'habiller le prince eux-mêmes et firent semblant d'ajuster chaque pièce sans que le Roi osât dire qu'il n'en voyait aucune. Dès qu'il se crut paré des pieds à la tête, il monta à cheval, et sortit du palais pour se faire voir par la ville ; bien lui prit que ce fût au printemps. La vertu de l'étoffe était déjà connue de tout le monde ; aussi en voyant ainsi venir le Roi la
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foule se donnait-elle Tair de l'admirer ; chacun supposait 8on voisin moins aveugle que lui-même étirai* gnait en se trahissant par un seul mot d'être déshonoré et ruiné.
x> Le secret était si bien gardé qu'il n'aurait jamais été découvert sans un nègre qui était palfrenier du Roi ; cet homme, n'ayant rien à perdre, s'approcha et dit : « Seigneur, peu m'importe que je sois fils de celui-ci ou de celui-là ; mais je vous déclare, et rien n'est plus vrai, que vous êtes tout nu. «Le Roi le rebuta avec dédain. «Bon ! répondit-il, si ta mère avait été plus vertueuse , tu y verrais mieux. » ; maisle charme était rompu. Un homme qui avait entendu le nègre n'hésita pas à dire comme lui ; un second, un troisième parlèrent de même, tant qu'enfin il n'y eut qu'une voix dans la ville entière, et que le Roi, dégagé de la crainte qui l'empêchait de découvrir la vérité, comprit qu'il avait été dupe d'une fourberie. n ordonnna d'arrêter les trois fripons ; mais il n'était plus temps ; ils avaient levé le pied non sans emporter avec eux tout ce qu'ils avaient pu attraper pour la fabrication de leur étoffe fabuleuse.
x> Et vous, seigneur Lucanor, puisque Thomme dont vous me parlez vous défend de communiquer son secret à ceux qui ont votre confiance, soyez sûr qu^il veut vous jouer. Comment, en effet, lui qui est
étranger à votre maison, pourrait-il prendre le même intérêt à sa prospérité que ceux qui vous sont attachés à titre de serviteurs ou d'amis, et dont le dévouement est fondé sur la reconnaissance. »
Le comte approuva le conseil, il le suivit et s'en trouva bien. Don Juan Manuel, estimant aussi que l'exemple était utile à retenir, le fit écrire dans ce livre avec deux vers qui disent ceci :
« DE TES PLUS SURS AMIS QUI t'ÉLOIGNE AVEC SOIN,