‹ Le comte LucanorChapitre 45 sur 64 · BN DÉPIT DES MÉCHANTS ET MALGRÉ LES INGRATS · texte numérisé non relu

BN DÉPIT DES MÉCHANTS ET MALGRÉ LES INGRATS

» FAIS TOUJOURS POl'R LE MIEUX ; UN BIENFAIT NE MEURT PAS. »

Celte histoire tient du merveilleux; c'est Tesprit chevaleresque au plus haut degré d'enthousiasme^ tel que les Croisades L'avaient fait. Aprùs tout, de si généreux sacrifices, quelque surprenants qu'ils soient, n'ont rien d'invraisemblable, et l'on doit préférer l'exagération du dévouement au stoïcisme non moins exagéré qui s'appelait sagesse à Athènes et héroïsme à Rome.

Un autre rapprochement saisit encore la pensée du lecteur. La fille de don Garcia de Azagra est considérée comme veuve dès que le comte don Rodrigues le Francy son mari, est atteint du mal qui le force à passer en Terre-Sainte, et elle épouse immédiatement le roi de Navarre. La lèpre, regardée alors comme un châtiment de Dieu, était une cause de dissolution du mariage , tandis que le vassal ne se croyait relevé par aucune cause semblable de ce qu'il devait à son maître et seigneur. La fidélité promise reposait sur un serment d'allégeance que l'honneur féodal mettait au-dessus môme du sacrement administré par TEglise.

Les noms des trois chevaliers célébrés par don Juan Manuel figurent avec éclat dans les annales de l'Espagne ; leurs héritiers ont su les faire arriver purs à la postérité; je les ai écrits comme Argote de Molina, qui a dû rectifier l'orthographe des manuscrits dans son NMliaire. Un seul nom diffère essentiellement, c'est celui du troisième chevalier; le manuscrit du xiv* siècle l'appelle don Gutier Royz de Bla« guiello, tandis que le recueil du comte Lucanor, imprimé par les soins d'Argote de Molina, le nomme don Gutierre Rodriguex de Languerella.

EXEiMPLE XLV.

DB CE QUI ADVINT A UN HOMME QUI s' ÉTAIT DONNÉ

Page 1